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Liberté et Contingence ?

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Le déterminisme est l'affirmation d'un certain monisme selon lequel l'homme est une partie de la nature et de ce fait soumis à ses lois, sans constituer « un empire dans un empire «, étant bien entendu que la nature elle-même est soumise à une stricte nécessité. Mais si nous supposons maintenant que l'on puisse trouver de la contingence au sein de la nature avant même que d'arriver jusqu'à l'homme, le problème de l'existence de la liberté ne posera plus la moindre difficulté. Il est de ce point de vue intéressant d'étudier deux théories, celle d'Émile Boutroux et celle, plus récente, de Nicolaï Hartmann. La contingence des lois de la nature selon E. Boutroux. —Toutes les sciences postulent le déterminisme, mais il faut donner toute son importance au fait qu'il y a plusieurs sciences : la mécanique, la physique, la physiologie, la psychologie, ne sont chacune possible que dans la mesure où l'on admet un déterminisme mécanique, un déterminisme physique, etc. Mais on peut établir que ces déterminismes multiples ne sont pas réductibles à un déterminisme unique, que si à chaque tranche de l'être correspond un type de détermination, on ne peut pas passer déductivement de l'une à l'autre. Comme l'écrit E. Bréhier, « ... à chacun des degrés de l'être qu'étudient les sciences, mécanique, physique, vital, psychologique, ces lois semblent être des principes qui excluent toute contingence. Mais d'abord il y a autant de lois qu'il y a de degrés d'être, et dans ces degrés, hiérarchisés du moins parfait au plus parfait, le degré supérieur est contingent par rapport au degré inférieur... «. Par une analyse abstraite extrêmement serrée, Boutroux montre comment, lorsqu'on passe d'un étage de l'être à l'étage supérieur, on trouve un « quelque chose « de plus qui ne s'explique pas ou s'explique mal par la législation propre à l'étage inférieur. Nous ne suivrons pas le détail de cette analyse, et nous nous contenterons d'étudier la possibilité du passage de l'organisme à l'homme.

« qu'elle est cependant soumise à une législation interne : la psychologie n'est-elle pas une science et à ce titre, nedoit-elle pas découvrir les lois auxquelles le psychisme est soumis ? On a cru, notamment, pouvoir énoncer une loide « conservation de l'énergie psychique s analogue à la loi physique de la conservation de l'énergie. Mais : « ...plus que tous les autres êtres, la personne humaine a une existence propre, est à elle-même son monde. Plus queles autres êtres, elle peut agir, sans être forcée de faire entrer ses actes dans un système qui la dépasse. La loigénérale de la conservation de l'énergie psychique se morcelle, en quelque sorte, en une multitude de lois distinctesdont chacune est propre à chaque individu... Il y a plus : il semble que, pour un même individu, la loi se subdiviseencore et se résolve en lois de détail propres à chaque phase de la vie psychologique. La loi tend à se rapprocherdu fait. Dès lors, la conservation de l'ensemble ne détermine plus les actes de l'individu : elle en dépend. L'individu,devenu, à lui seul, tout le genre auquel s'applique la loi, en est maître. Il la tourne en instrument... » (op. cit., p.130).En définitive, lorsqu'en montant à travers les divers étages de l'être, on accède à l'étage supérieur, c'est-à-dire aumonde de l'homme, on se trouve en présence d'un être qui n'est plus intégralement déterminé, du fait même qu'il estdéterminant.Liberté et détermination selon M. N. Hartmann. — Le tort de toute doctrine déterministe est non pas d'affirmer queles phénomènes sont soumis à des lois, mais de poser un monisme de la détermination : le déterminisme naturalistese trompe en ce qu'il ramène l'homme à la nature, le déterminisme téléologique se trompe en ce qu'il ramène lanature à l'homme. Une troisième erreur consiste à nier le déterminisme en invoquant le fait du hasard :l'indéterminisme procède d'une fausse interprétation du hasard, qui ne s'identifie pas à l'indétermination. Ce qui estcontingent n'est pas indéterminé, mais en dehors du lien pensable avec telle ou telle détermination préalablementdonnée : est contingent le phénomène qui, se produisant au sein d'une législation, n'est explicable que par uneautre. La liberté humaine ne peut être fondée que par une doctrine qui rejette et l'erreur déterministe et l'erreurindéterministe, car la liberté n'est ni indétermination ni détermination par un seul type de détermination. Elle n'estjustifiable que dans un monde soumis à au moins deux sortes de déterminations, entre lesquelles elle établit unrapport spécifique. Encore faut-il préciser que ces deux sortes de déterminations doivent coexister clans un mêmemonde.a) Or il est exact que le monde est d'une « stratification ontologique » des types de déterminations : il y a un typede déterminations que l'on peut appeler mathématique, définissable comme un système de rapports d'ensembles, degrandeurs, de mesures, au-dessous de laquelle on reconnaîtra un étage de déterminations logiques, au-dessus delaquelle on trouvera les stratifications ontologiques de la matière physique, puis du vivant, puis de la conscience, etenfin de l'esprit. On peut donc dire que chaque étage de la stratification dépend de toute la série des étagesinférieurs, mais non des étages supérieurs. Pour être un vivant, il faut d'abord être un corps physique, pour être unesprit ou une personne morale, il faut d'abord être doué de psychisme. En revanche, la détermination supérieuren'est jamais déterminée par les déterminations inférieures, qui ne jouent vis-à-vis d'elle que le rôle de matière. Il nesuffit pas de se donner les lois de fonctionnement de la matière physique pour connaître les lois du vivant. b) On peut alors énoncer les trois lois qui permettront de comprendre la liberté :1. La loi de la puissance : la détermination supérieure dépend toujours de la détermination inférieure, mais l'inversen'est pas vrai ;2. La loi de la matière : la détermination inférieure est pour la détermination supérieure une pure matière ;3. La loi de la liberté : toute détermination supérieure est libre vis-à-vis des déterminations inférieures.La thèse de N. Hartmann est doublement intéressante : en ce que, d'abord, elle précise avec une grande subtilité lacombinaison de la liberté avec les formes de détermination ; en ce qu'elle fait de la liberté non pas l'apanage del'homme seul, mais la propriété de toute forme de l'être par rapport à toute forme moins complexe. »

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