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l'imagination est-elle le refuge de la liberté ?

Publié le 26/11/2005

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matériaux » Voici maintenant, le « bilan-conclusion » de tout le passage : tous les matériaux de la pensée, c'est-à-dire toutes les diverses matières nécessaires à sa construction, tous les éléments constitutifs de l'activité mentale de l'homme s'originent dans la sensibilité interne ou externe, dans le fait de recevoir des excitations, dans le fait d'être doué de sensations internes (celles de notre corps) ou externes (renvoyant à l'ensemble du monde). L'esprit - le principe de la pensée - et la volonté - la mise en oeuvre des moyens appropriés à un résultat - ont pour fonction, pour rôle caractéristique de combiner, c'est-à-dire d'arranger et de disposer ces matières des sens. Dès lors, pensée et choix libre sont plus limités qu'on ne croit, puisque toute connaissance dérive de l'expérience sensible. Ainsi, pour construire des connaissances, l'esprit s'alimente toujours dans l'impression sensible. La position empiriste de Hume affirme que l'expérience sensible est la mère de toutes choses. L'imagination est source de satisfactions Même si les produits de l'imagination sont des chimère, ils offrent à l'esprit de grandes satisfactions substitutives. Pour Freud, elle permet à l'homme de trouver dans un monde imaginaire tout ce que le monde réel lui refuse. FREUD: Tout cela invitait à entreprendre, à partir de là, l'analyse de la création littéraire et artistique en général. On s'aperçut que le royaume de l'imagination [Phantasie] était une « réserve qui avait été ménagée lors du passage, ressenti comme douloureux, du principe de plaisir au principe de réalité, afin de fournir un substitut à des satisfactions pulsionnelles auxquelles on avait dû renoncer dans la vie réelle. A l'instar du névrosé, l'artiste s'était retiré de la réalité insatisfaisante dans ce monde imaginaire [Phantasiewelt], mais, à la différence du névrosé, il savait trouver le chemin qui permettait d'en sortir et de reprendre pied dans la réalité.

« contemporain, dit que l'esprit scientifique doit « prolonger le réel par l'imaginaire, et éprouver ensuite ce halo d'imaginaire qui complète le réel ».Le réel est récupéré au profit d'un dessein spirituel : l'imagination témoigne alors de cet effort singulier de la pensée humaine, qui ne peut comprendre que ce qu'elle peut reconstruire par ses propres moyens.

Ce n'est plus seulementcompléter ou reproduire le réel, que de créer des « mondes imaginaires » ou des fictions.

C'est le densifier, lui donner une épaisseur qu'il n'avait pas.

C'est en cela que l'imagination est le signe même de notre liberté et autorise àconcevoir un progrès incessant de la pensée humaine. [L'imagination appartient autant à l'homme librequ'à celui qui est emprisonné.

Elle n'est donc pas un refuge,mais une illusion.

Être libre, c'est pouvoir parler, se mouvoir, agir sur le monde.] L'imagination ne remplace pas la liberté concrèteSi l'imagination était vraiment un refuge, les hommes qui sont privés de liberté accepteraient plus facilement leur condition.

C'est plutôt le contraire qui se produit.

Les esclaves se révoltent, les peuples tyrannisés se soulèvent.L'imagination ne suffit pas à satisfaire le désir de liberté des hommes.Celui qui vit dans l'illusion n'est pas libreL'homme est libre mm parce qu'il détermine consciemment et volontairement son existence.

C'est aussi parce qu'il peut agir sur le milieu naturel qu'il s'en affranchit peu à peu.

L'imagination, «cette maîtresse d'erreur et de fausseté», ditPascal (Pensées), aliène l'homme, le prive de tout moyen réel lui permettant de conduire sa vie et de modifier son environnement.L'imagination déforme la réalité L'imagination est la plus grande puissance d'erreur qui se puisse trouver en l'homme, et dont il ne peut se défaire.

Si elle était toujours fausse, il suffirait d'en prendre le contre-pied pourtrouver la vérité, mais nous ne savons jamais si ce qu'elle nous représente est réel ou irréel.

N'étant pas la règle infaillible du mensonge, elle ne peut l'être de la vérité.

Elle représente le vraiet le faux avec la même indifférence.

Sa puissance de persuasion est infinie, même auprès des hommes les plus sages et les plus raisonnables.

Elle emporte l'assentiment par surprise et sansdifficulté.

Les plus beaux discours de la rhétorique ne sont pas ceux qui parlent à notre raison mais à notre coeur.

La raison calcule, soupèse, compare, mesure, établit des rapports, mais elle estincapable de "mettre le prix aux choses".

C'est l'imagination qui nous fait estimer, blâmer, aimer ou détester, et non pas la raison dont elle se joue sans efforts.

L'imagination a produit enl'homme une seconde nature : "Elle remplit ses hôtes d'une satisfaction bien autrement pleine et entière que la raison."«Imagination.

— C'est cette partie décevante dans l'homme, cette maîtresse d'erreur et de fausseté, et d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours, car elle serait règle infaillible de véritési elle l'était infaillible du mensonge.

Mais, étant le plus souvent fausse, elle ne donne aucune marque de sa qualité, marquant du même caractère le vrai et le faux».

(Pensées, II, 81)Parmi les facultés de l'homme [voir notion «la conscience»], la raison permet en principe la connaissance objective, mais les hommes cèdent le plus souvent à leur imagination.

Celle-ci estd'autant plus redoutable qu'elle ne se laisse pas reconnaître comme telle.

Pour échapper à l'imagination, il faudrait raisonner, mais comment puis-je distinguer si je raisonne véritablement ousi j'imagine que je raisonne? Manière de dire que les hommes — y compris ceux qui se croient les plus rationnels — s'entretiennent en permanence dans des illusions qu'ils créent eux-mêmes.Dans la lignée de Montaigne, Pascal met donc en évidence la faiblesse de nos facultés de connaître, ce qui explique que pour lui, l'issue soit dans la foi et non dans la raison.Le texte de Pascal est une bonne référence pour mettre en question les pouvoirs de la raison [voir aussi Sextus Empiricus].

Contre l'optimisme de Descartes, confiant dans les progrès à venir dela science, Pascal déclare «Descartes, inutile et incertain ».

C'est un texte qui dit bien la finitude de l'homme, son absence de ressource intérieure puisque ce sont ses propres facultés quil'induisent en erreur.

C'est ce que Pascal appelle la «misère de l'homme sans Dieu».L'imagination corrompt nos perceptionsMettez, dit Montaigne, un philosophe dans «une cage de menus fils de fer clairsemés», suspendez-le «au haut des tours de Notre-Dame de Paris».

Bien qu'étant assuré de ne pas tomber, son imagination lui fera craindre la chute.

En effet, il «ne se saurait garder (s'il n'a accoutumé le métier de recouvreur) que la vue de cette hauteur extrême l'épouvante et ne le transisse» (Essais).L'imagination est la «folle du logis»Pour Descartes, l'imagination est la faculté passive de se représenter des images, au contraire de la raison, qui est active et créatrice. “Et pour rendre cela très manifeste, je remarque premièrement la différence qui est entre l'imagination et la pure intellection ouconception.

Par exemple, lorsque j'imagine un triangle, je ne le conçois pas seulement comme une figure composée et comprise detrois lignes, mais outre cela je considère ces trois lignes comme présentes par la force et l'application intérieure de mon esprit ; etc'est proprement ce que j 'appelle imaginer.

Que si je veux penser à un chiliogone, je conçois bien à la vérité que c'est une figurecomposée de mille côtés, aussi facilement que je conçois qu'un triangle est une figure composée de trois côtés seulement ; mais je nepuis pas imaginer les mille côtés d'un chiliogone, comme je fais les trois d'un triangle, ni, pour ainsi dire, les regarder commeprésents avec les yeux de mon esprit.

Et quoique, suivant la coutume que j'ai de me servir toujours de mon imagination, lorsque jepense aux choses corporelles, il arrive qu'en concevant un chiliogone je me représente confusément quelque figure, toutefois il esttrès évident que cette figure n'est point un chiliogone, puisqu'elle ne diffère nullement de celle que je me représenterais, si jepensais à un myriogone, ou à quelque autre figure de beaucoup de côtés ; et qu'elle ne sert en aucune façon à découvrir lespropriétés qui font la différence du chiliogone d'avec les autres polygones.

Que s'il est question de considérer un pentagone, il estbien vrai que je puis concevoir sa figure, aussi bien que celle d'un chiliogone, sans le secours de l'imagination ; mais je la puis aussiimaginer en appliquant l'attention de mon esprit à chacun de ses cinq côtés, et tout ensemble à l'aire, ou à l'espace qu'ils renferment.Ainsi je connais clairement que j'ai besoin d'une particulière contention d'esprit pour imaginer, de laquelle je ne me sers point pourconcevoir; et cette particulière contention d'esprit montre évidemment la différence qui est entre l'imagination et l'intellection ouconception pure.

»Descartes, « Méditations métaphysiques », VI.

Le plus souvent, le texte extrait d'un ouvrage de Descartes est étroitement lié au contexte, mais a aussi sa valeur en lui-même et enest dans une certaine mesure isolable.

C'est le cas ici.

Son dessein essentiel est de prouver l'existence des choses matérielles, mais, comme il le précise dans l'Abrégé desMéditations : .

Dans la Sixième, je distingue l'action de l'entendement d'avec celle de l'imagination ; les marques de cette distinction y sont décrites».

A vrai dire, la facultéd'imaginer est beaucoup plus large et complexe que celle qui définit notre texte et Descartes analyse ailleurs ce que nous appelons imagination reproductrice etimagination créatrice.Ce dont il est question en ce début de la Sixième Méditation, c'est de l'imagination en tant que la faculté de connaître s'applique à notre corps auquel elle est intimementconjointe.

Dans les Réponses aux cinquièmes objections, Descartes écrit à Gassendi : «Les facultés d'entendre et d'imaginer ne sont pas seulement selon le plus et le moins,mais comme deux manières d'agir totalement différentes.» C'est ce qu'il établit sur l'exemple de figures géométriques.

Par l'acte d'imaginer, je ne forme pas seulementl'idée du triangle comme une figure composée de trois lignes qui comprennent ou enferment un espace, mais je me les rends présentes.

Toutefois, si je considère unpolygone à de nombreux côtés, très vite le pouvoir de l'imagination marque ses limites, alors que celui de l'entendement, de l'intellection pure ou conception, ne paraît pasen avoir.

Il peut former une idée claire et distincte du polygone à mille côtés ou chiliogone aussi aisément que celle du triangle.

En revanche, s'il est dans la nature del'imagination de ne pouvoir s'appliquer à des choses corporelles sans s'en faire une image, elle sera la même pour le chiliogone ou le myriogone ou polygone à dix millecôtés, ce qui revient à dire que l'image de l'un et de l'autre sera entièrement confuse.

Et, par conséquent, la représentation imaginative ne pourra, à la différence de laconception, m'apporter la moindre connaissance sur ces figures. Pour Malebranche, elle est «la folle du logis».

Elle brouille les idées claires et distinctes.

Pour Pascal, elle «marque du même caractère le vrai et le faux» et nous induit le plus souvent en erreur.L'imagination est un produit des passionsUne imagination est une idée qui indique davantage l'état présent du corps humain que la nature d'un corps extérieur, non certes distinctement, mais confusément.» Pour Spinoza, l'imagination est une projection subjectivedéterminée par les passions du corps.

Cette idée anticipe la théorie psychanalytique du fantasme comme expression d'un sentiment inconscient.L'homme n'est pas seulement un espritPrivé de tout, plongé dans le plus profond dénuement, l'homme n'a même plus la liberté de penser.

Avant de laisser libre cours à son imagination, il doit construire sa liberté effective.

Pour cela, il lui faut penser à satisfaire ses besoinsvitaux, à tenir compte de la réalité et, primordialement, du fait qu'il a un corps. L'imagination peut sans doute être le refuge de la liberté.

Mais elle ne l'est qu'à partir du moment où l'homme n'est plus entièrement soumis aux nécessités naturelles.

Or, un tel affranchissement n'est possible que si volonté etraison, se détournant des fantasmagories de l'imagination, ont prise sur le réel.

Maintenant, et depuis Kant, on ne peut plus dire que l'imagination est une activité négative de l'esprit dont il faut se méfier par dessus tout.

Créatrice, et donclibératrice, cette activité devient, pour la psychanalyse, un puissant moyen de satisfaire, par le biais de la sublimation, des désirs (d'origine sexuelle) que la réa¬lité ne permet pas de satisfaire.

Avec Bachelard, l'imagination devientcette «fonction de l'irréel qui est psychiquement aussi utile quela fonction du réel» (La Terre et les rêveries de la volonté).. »

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