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L'inégalité est elle injuste?

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Au livre V, Glaucon, qui est l'un de ses principaux interlocuteurs, demande à Socrate si une cité aussi parfaite que celle qu'il a décrite peut exister dans la réalité. Avec beaucoup de prudence, car il sait ce que sa réponse peut avoir de ridicule et de scandaleux, Socrate répond qu'une seule réforme est nécessaire à qui veut changer radicalement la société:  il suffit que se conjuguent le pouvoir politique et la philosophie. Socrate déclare : « Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités, ou que ceux qu'on appelle aujourd'hui rois et souverains ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes ; tant que la puissance politique et la philosophie ne se rencontreront pas dans le même sujet ; tant que les nombreuses natures qui poursuivent actuellement l'un ou l'autre de ces buts de façon exclusive ne seront pas mises dans l'impossibilité d'agir ainsi, il n'y aura de cesse, mon cher Glaucon, aux maux des cités, ni, ce me semble, à ceux du genre humain, et jamais la cité que nous avons décrite tantôt ne sera réalisée, autant qu'elle peut l'être, et ne verra la lumière du jour. Voilà ce que j'hésitais depuis longtemps à dire, prévoyant combien ces paroles heurteraient l'opinion commune. Il est en effet difficile de concevoir qu'il n'y ait pas de bonheur possible autrement, pour l'Etat et pour les particuliers. « Socrate va s'attacher à justifier une proposition qui, aux yeux de ses interlocuteurs, ne peut être reçue que comme un insoutenable paradoxe. Pour ce faire, il entreprend de construire une définition de la philosophie. En ce sens, la « République « est autant un traité de la philosophie qu'un traité de la politique. Par là même se marque combien, aux yeux de Platon, sont indissociables ces deux dimensions : celle du savoir et celle du pouvoir. Encore faut-il s'entendre sur ce que sont les « vrais philosophes «.

« Rousseau, qui pourtant défend l'égalité parmi les hommes comme principepolitique absolu, ne nie pas qu'il existe des inégalités naturelles: la différenced'âge, la santé, la force du corps, les capacités intellectuelles... Cesinégalités ne sont injustes que dans la mesure où elles concernent l'homme.L'ordre naturel, quant à lui, n'est ni juste ni injuste. Dire qu'il est injuste quemon voisin soit plus grand que moi est une ineptie. " [...] il est aisé de voir qu'entre les différences qui distinguent les hommes,plusieurs passent pour naturelles qui sont uniquement l'ouvrage de l'habitudeet des divers genres de vie que les hommes adoptent dans la société.Ainsi un tempérament robuste ou délicat, la force ou la faiblesse qui endépend, viennent souvent plus de la manière dure ou efféminée dont on a étéélevé, que de la constitution primitive des corps. Il en est de même desforces de l'esprit, et non seulement l'éducation met de la différence entre lesesprits cultivés et ceux qui ne le sont pas, mais elle augmente celle qui setrouve entre les premiers à proportion de la culture ; car qu'un géant et unnain marchent sur la même route, chaque pas qu'ils feront l'un et l'autredonnera un nouvel avantage au géant. Or, si l'on compare la diversitéprodigieuse d'éducations et de genres de vie qui règnent dans les différentsordres de l'état civil avec la simplicité et l'uniformité de la vie animale etsauvage, où tous se nourrissent des mêmes aliments, vivent de la mêmemanière et font exactement les mêmes choses, on comprendra combien la différence d'homme à homme doit être moindre dans l'état de nature que dans celui de société, et combienl'inégalité naturelle doit augmenter dans l'espèce humaine par l'inégalité d'institution. "Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (1754) Propositions pour orienter votre recherche1.• Les inégalités sociales ne trouvent pas leur origine dans la nature mais bien dans la société : milieu social,éducation.• Rousseau constate, explique, introduit des exemples et tire les conséquences de la véritable source desdifférences entre les hommes. - Il constate les inégalités physiques et intellectuelles entre les hommes.— Il explique que ces inégalités sont dues à l'éducation.• Il montre que plus on est cultivé plus on s'éloigne de celui qui ne l'est pas (métaphore du géant et du nain).• Il en conclut que :• Lorsque l'on vit de la même façon, les différences s'estompent jusqu'à devenir presque invisibles.• A l'inverse, les inégalités s'aggravent lorsque les modes de vie diffèrent. 2. Les inégalités naturelles ont une origine biologique. Elles sont dues à l'hérédité, elles sont innées (on naît avec).Par contre, les inégalités sociales ont pour origine le milieu dans lequel on vit. Elles sont donc transmises etacquises, surtout par l'éducation. Par exemple, pauvreté, nationalité ne sont pas héréditaires. La couleur des yeuxet de la peau est héréditaire.3. Cherchez la définition d'« incompatible ». Demandez-vous si le progrès des sociétés s'accompagne d'un progrèsmoral qui réduirait les inégalités.Justice et progrès ne s'excluent-ils pas? Ce a quoi le texte s'oppose Rousseau conteste, dans cet extrait du Discours sur l'origine de l'inégalité, le préjugé selon lequel la nature estinégalitaire et instaure des différences de constitution entre les hommes, aussi bien sur le plan physiquequ'intellectuel.L'opinion commune affirme, en effet, que la nature a fait les uns plus robustes, les autres plus fragiles, les uns moinsintelligents, les autres plus rusés, etc. Les sophistes grecs de l'Antiquité s'appuyaient d'ailleurs sur ces différencesnaturelles pour poser que seuls les plus forts doivent commander aux plus faibles. Ainsi, pour eux, l'inégalité desdroits civils devait trouver sa justification dans l'inégalité que la nature avait instituée entre les hommes. Dans ledialogue qu'il a intitulé Gorgias, Platon nous présente même le sophiste Calliclès soutenant, face à Socrate, la thèsesuivante : la véritable justiceest celle qui respecte les inégalités naturelles ; il est donc juste que les plus forts dominent les plus faibles etdeviennent les chefs dans une cité puisqu'ils sont, par nature, les plus forts.Rousseau s'oppose totalement à cette idée et inverse la perspective précédente : l'inégalité civile ne peut être,selon lui, légitimée par une prétendue inégalité naturelle puisque, dans l'état de nature, « l'uniformité de la vieanimale et sauvage, où tous se nourrissent des mêmes aliments, vivent de la même façon et font exactement lesmêmes choses », rend minimes les différences d'homme à homme.L'auteur déduit de cette constatation la loi selon laquelle l'inégalité naturelle augmente, dans l'espèce humaine, enproportion de l'inégalité d'institution, c'est-à-dire à mesure que les différences culturelles augmentent entre leshommes. »

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