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Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, II, Avant-propos, La Pléiade p. 510 - 511.

Publié le 25/03/2014

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« En réfléchissant sur la marche des choses humaines j'estime que le monde demeure dans le même état où il a été de tout temps; qu'il y a toujours la même somme de bien, la même somme de mal ; mais que ce mal et ce bien ne font que parcourir les divers lieux, les diverses contrées. D'après ce que nous connaissons des anciens empires, on les a tous vus déchoir les uns après les autres à mesure que s'altéraient leurs mœurs. Mais le monde était toujours le même. Il ne différait qu'en ceci: à savoir que la virtù ; qui avait commencé à fleurir en Assyrie émigra ensuite en Médie, et de là en Perse puis s'en vint loger en Italie, dans Rome, et si nul empire n'a succédé à celui de Rome pour conserver la somme de tant de biens, du moins l'a-t-on vue se partager entre celles des nations qui vivaient selon la bonne virtù. Tel fut l'empire des Francs, celui des Turcs, celui du Soudan d'Égypte, aujourd'hui les peuples d'Allemagne ; et avant eux, ces fameux Arabes qui firent de si grandes choses, et conquirent le monde entier après avoir détruit l'Empire romain en Orient. Les peuples de ces différents pays, qui ont remplacé les Romains après les avoir détruits, ont possédé ou possèdent encore les qualités que l'on regrette et qu'on peut louer de juste louange. Ceux qui, nés dans ce pays louent le passé plus que le présent, peuvent bien être dans l'erreur. Mais quiconque est né en Italie et en Grèce, et qui n'est pas devenu ou ultramontain en Italie, ou Turc en Grèce, celui-là a raison de blâmer le temps présent et de louer le temps passé. Les siècles passés leur offrent des sujets d'admiration, et celui où ils vivent ne leur présente rien qui les dédommage de leur extrême misère, et de l'infamie d'un siècle où ils ne voient ni religion, ni lois, ni discipline militaire, et où règnent des vices de toute espèce, et ces vices sont d'autant plus exécrables qu'ils se montrent chez ceux qui siègent pro tribunali, qui commandent à tous, et qui veulent être adorés. «

 

 

Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, II, Avant-propos, La Pléiade p. 510 - 511.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment comprendre que Machiavel refusant toute philosophie de l’histoire puisse se référer constamment aux événements historiques ? Si l’histoire n’a ni sens ni fin comment peut-il voir en l’histoire une source d’enseignement ? Comment tirer des leçons de l’histoire sans supposer qu’il existe un moteur dans l’histoire ? Il ne serait pas abusif de dire que le secrétaire de la Chancellerie de Florence est fasciné par l’histoire. Les Discours sur la première décade de Tite-Live en témoignent d’autant plus que c’est son opus magnum puisque les autres textes ne sont que des opuscules de circonstance. La politique machiavélienne a pour long détour indispensable l’histoire et qui plus est l’histoire romaine pour appréhender les problèmes politiques et leurs solutions. Mais si le Florentin est tout entier pencher sur l’action présente comment comprendre cette passion pour le passé ? Peut-on parler d’une philosophie de l’histoire chez Machiavel alors que le passé est soumis au hasard ? Et pourtant, il ne cesse de nourrir sa réflexion philosophique à partir de l’histoire et de comprendre la naissance et le déclin des principats qu’en s’appuyant sur les événements historiques ! N’y a-t-il pas un hiatus entre la rigueur de l’Histoire de Florence — qui en apparence une apologie des Médicis — et Le Prince ou encore L’Art de la guerre ? On le sait : Machiavel répugne à théoriser, à élaborer toute construction intellectuelle qui n’est que pure fiction et élucubration gratuite sans prise sur le réel. Contre Platon et Aristote, il rejette la spéculation de l’avenir, l’utopisme de la Cité parfaite ou idéale dénoncée comme chimère car cette vue n’est pas pris en considération la nécessité, c’est-à-dire celle de la nature de l’homme qui est constamment changeante et de la nature qui n’est qu’un fleuve dans lequel on ne se baigne jamais deux fois. Chez Machiavel on ne trouvera ni une historiographie chronique ou chronologique ni une histoire apologétique au service des Princes. Machiavel s’inspire de Tite-Live mais aussi d’Hérodote, de Thucydide ou encore de Polybe, c’est-à-dire d’un récit objectif qui repose sur le principe de cause à effet. Or précisément, l’auteur des Discours refuse le lien de nécessité entre la cause et l’effet. Machiavel s’attache au mobilisme : l’histoire n’est qu’une série tragique de faits historiques et les références qu’il propose comme exemples sinon comme modèles n’ont pas de teneur apologétique. 

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« Comment compr endre que Machiavel refusant toute philosophie de l’histoire puisse se référer constamment aux événements historiques ? Si l’histoire n’a ni sens ni fin comment peut -il voir en l’histoire une source d’enseignement ? Comment tirer des leçons de l’histoire sans supposer qu’il existe un moteur dans l’histoire ? Il ne serait pas abusif de dire que le secrétaire de la Chancellerie de Florence e st fasciné par l’histoire.

Les D iscours sur la première décade de Tite -Live en témoigne nt d’au tant plus que c’est son opus magnum puisque les autres textes ne sont que des opuscules de c ir constance.

La politique machiavél ienne a pour long détour indispensable l’histoire et qui plus est l’histoire romaine pour appréhender les problèmes politiques et leurs solutions.

Mais si le Florentin est tout entier pencher sur l’action présente comment comprendre cette passion pour le passé ? Peut -on parler d’une philosophie de l’histoire chez Machiavel alors que le passé est soumis au hasard ? Et pourtant, il ne cesse de nourrir sa réflexion philosophique à partir de l’histoire et de comprendre la naissance et le déclin des principats qu’en s’appuyant sur les événements historiques ! N’y a -t- il pas un hiatus entre la rigueur de l’ Histoire de Florence — qui en apparence une apologie des Médicis — et Le Prince ou encore L’Art de la guerre ? On le sait : Machiavel répugne à théoriser, à élaborer toute construction intellectuelle qui n’est que pure fiction et élucubration gratuite sans prise sur le réel.

Contre Platon et Aristote, il rejette la spéculation de l’a venir, l’utopisme de la Cité parfaite ou idéale dénoncée comme chimère car cette vue n’est pas pris en considération la nécessité, c’est -à -dire celle de la nature de l’homme qui est constamment changeante et de la nature qui n’est qu’un fleuve dans lequel on ne se baigne jamais deux fois.

Chez Machiavel on ne trouvera ni une historiographie chronique ou chronologique ni une histoire apologétique au service des Princes.

Machiavel s’inspire de Tite- Live mais aussi d’Hérodote, de Thucydide ou encore de Polybe, c’est -à -dire d’un récit objectif qui repose sur le principe de cause à effet.

Or précisément , l’auteur des Discours refuse le lien de nécessité entre la cause et l’effet.

Machiavel s’at tache au mobilisme : l’histoire n’est qu’une série tragique de faits historiques et les références qu’il propose comme exemples sinon comme modèles n’ont pas de teneur apologétique.

Son approche se veut sincère et lucide en se situant au -delà de ses amis ou ennemis.

Aussi peut -il louer la virtù de ses adversaires comme il peut blâmer ses alliés.

Et quand il aborde le portrait des grands hommes, il ne tient compte que des effets de leurs actions et non leur intention ou de leur pathos .

Sa lecture objective de l’histoire prend celle -ci comme un fait de nature, sans extrapolat ion, l’histoire est un champ de forces à la fois naturelles et politiques.

M ais ces forces qui relèvent de la f ortuna, du hasard et de la nécessité, ne sont pas des destins puisque la virtù ou mêmes les passions peuvent avoir prise sur le cours de l’histoi re.

Machiavel fait l’économie de l’hypothèse de la providence divine, l’homme n’est donc plus à penser comme créature aux mains de Dieu et le monde n’est pas soumis à la providence divine .

Certes, il ne nie pas la puissance du religieux qui repose sur l’im agination et la croyance superstitieuse.

Le pragmatisme tient lieu de philosophie de l’histoire en rupture avec l’eschatologie théologique et à l’encontre des philosophies de l’ histoire esquissées par ses contemporains (Dante) et de celles à venir.

L’histo ire des hommes est insensée, sans orientation prédéfinie, elle n’a pas pour fin le progrès, le souverain bien ou encore la perfection de l’État.

Il retient de Polybe la vision cyclique des régimes politiques selon des lois générales du passage de l’ordre a u désordre et du désordre à l’ordre, circularité du bien, de la paix vers le mal et la discorde selon la logique : la perfection engendre l’oisiveté, l’inaction le désordre et le désaccord la chute ; et inversement, de la chute naît l’ordre, de l’ordre la perfection, sans eschatologie et sans pessimisme d’autant que l’homme armé de la virtù peut choisir et agi r sur le cours des événements.

Mais comment peut -il conjuguer le cycle polybien avec son pragmatisme qui veut que l’homme peut toujours influer sur l’histoire ? C’est que si une institution au pouvoir — monarchique, aristocratique ou populaire — peut se fonder sur la violence des gouver nants, la dégénérescence est inévitable et sans remède.

Aussi que le prince emprunte la voie du bien ou du mal, de la vertu ou du vice, l’institution politique est irrémédiablement condamnée à disparaître.

Le bien et le mal ont les mêmes effets destructeur s.

C’est pourquoi Machiavel ne propose pas une herméneutique moraliste de l’histoire,. »

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