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Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, L. I, Chap. III.

Publié le 30/03/2014

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« Tous les écrivains qui se sont occupés de politique (et l'histoire est remplie d'exemples qui les appuient) s'accordent à dire que quiconque veut fonder un État et lui donner des lois doit supposer d'avance les hommes 
méchants, et toujours prêts à montrer leur méchanceté toutes les fois qu'ils en trouveront l'occasion. Si ce penchant demeure caché pour un temps, il faut l'attribuer à quelque raison qu'on ne connaît point, et croire qu'il n'a pas eu l'occasion de se montrer ; mais le temps qui, comme on dit, est le père de toute vérité, le met ensuite au grand jour.
 Après l'expulsion des Tarquins, la plus grande union paraissait régner entre le Sénat et le peuple. Les nobles semblaient avoir déposé tout leur orgueil et pris des manières populaires, qui les rendaient supportables même aux derniers des citoyens. Ils jouèrent ce rôle et on n'en devina pas le motif tant que vécurent les Tarquins. La noblesse, qui redoutait ceux-ci, et qui craignait également que le peuple maltraité ne se rangeât de leur parti, se comportait envers lui avec humanité. Mais quand la mort des Tarquins les eut délivrés de cette crainte, ils gardèrent d'autant moins de mesure avec le peuple qu'ils s'étaient plus longtemps contenus, et ils ne laissèrent échapper aucune occasion de le frapper. C'est une preuve de ce que nous avons avancé : que les hommes ne font le bien que forcément ; mais que dès qu'ils ont le choix et la liberté de commettre le mal avec impunité, ils ne manquent de porter partout la turbulence et le désordre.
 C'est ce qui a fait dire que la pauvreté et le besoin rendent les hommes industrieux et que les lois font les gens de bien. Là où le bien vient à régner naturellement et sans la loi, on peut se passer de loi, mais dès que viennent à expirer les mœurs de l'âge d'or, la loi devient nécessaire. Ainsi les grands, après la mort des Tarquins, n'éprouvant plus cette crainte qui les retenait, il fallut chercher une nouvelle institution qui produisît sur eux le même effet que produisaient les Tarquins quand ils existaient. C'est pour cela qu'après bien des troubles, des tumultes et des périls occasionnés par les excès auxquels se portèrent les deux ordres, on en vint, pour la sûreté du dernier, à la création des tribuns, et on leur accorda tant de prérogatives, on les entoura de tant de respects, qu'ils formèrent entre le Sénat et le peuple une barrière qui s'opposa à l'insolence des premiers. «

 

 

 

Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, L. I, Chap. III.

 

Si Machiavel est reconnu comme l’auteur du Prince (1513), Les Discours sont moins souvent retenus. Or pour le dire en raccourci, Les Discours sur la première décade de Tite-Live sont rédigés à la même époque (1513-1516). Dans ces deux œuvres dont la seconde reste inachevée, Machiavel veut  dégager les préceptes de la politique dont la fin est l’État garant de la liberté, de l’ordre et de la tranquillité. Dans cette perspective, il se heurte au problème du fondement de l’État : comment asseoir une institution politique républicaine alors que la plèbe est d’emblée rebelle à un ordre politique ? L’État est salutaire pour le peuple mais celui-ci est méchant, méchanceté qui va à l’encontre de l’instauration d’une Cité. Faut-il alors le tromper en ayant recours à la ruse ? Mais la duplicité n’est pas suffisante. Faut-il alors susciter en lui la peur par le recours à la force, c’est-à-dire à la violence ? Problème épineux : comment contraindre sans se contredire un peuple à devenir libre ? Car pour Machiavel, si le peuple livré à lui-même est insolent à l’égard de l’autorité politique, s’il ne veut pas être contraint, il reste perfectible. En ce sens, la politique a une fonction pédagogique qui doit mettre en place les conditions pour l’incarnation de la liberté. L’hypothèse machiavélienne est qu’il faut fonder un État non contre le mal, mais sur la base du principe que les hommes sont méchants. On ne peut espérer l’instauration d’une institution politique sur la bonté humaine, mais le regard sur l’histoire montre comment certains États ont pu être créé. Il convient donc de s’appuyer sur les données historiques pour mettre en place la logique de la fondation d’une Cité. 

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« Si Machiavel est reconnu comme l’auteur du Prince (1513), Les Discours sont moins souvent ret enus.

Or pour le dire en raccourci, Les D iscours sur la première décade de Tite-Live sont rédigé s à la m ême époque (1513- 1516).

Dans ces deux œuvres dont la seconde reste inachevée, Machiavel veut dégager les précep tes de la politique dont la fin est l’État garant de la liberté, de l’ordre et de la tranquillité.

Dans cette perspective, il se heurte au problème du fondement de l’État : comment asseoir une institution politique républic aine alors que la plè be est d’emblée rebelle à un ordre politique ? L’État est sal utaire pour le peuple mais celui -ci est méchant, méchanc eté qui va à l’encontre de l’instauration d’une Cité.

Faut -il alors le tromper en a yant recours à la ruse ? Mais la duplicité n’est pas suf fisante.

Faut -il alors su sciter en lui la peur par le recours à la force, c ’est -à -dire à la violence ? Problème épineux : comment contraindre sans se contredire un peuple à devenir libre ? Car pour Ma chiavel, si le peuple livré à lui -même est insolent à l’égard de l’autorité politique, s’il ne veut pas être contraint, il reste perfectible.

En ce sens, la politique a une fonction pédagogique qui doit mettre en place les conditions pour l’incarnation de la liberté.

L’hypothèse machiavélienne est qu’il faut fonder un État non contre le mal, mais sur la base du principe que les hommes sont méchants.

On ne peut espérer l’instauration d’une institution politique sur la bonté humaine, mais le regard sur l’hist oire montre comment certains États ont pu être créé.

Il convient donc de s’appuyer sur les données historiques pour mettre e n place la logique de la fonda tion d’une Cité.

La méchanceté des hommes n’est -elle pas sinon le fondement à tout le moins un paramètre pour créer un État ? En effet, si l’hom me eu été bon et bie nveillant envers son prochai n, l’État serait- il nécessaire ? Q uoiqu’il en soit, pour Machiavel, la politique doit s’ appuyer sur un postulat selon lequel l’homm e est mau vais.

Cette postulation est exhibée comme un fait historique et non sous la forme d’une supposition même si cette mécha nceté peut prêter à discussion.

Mais n’est -ce pas là une pétition de principe, autrement dit poser comme une donnée factuelle ce qui convient de dé -montrer ? Si l’homme est méchant selon l’oc casion ne peut -on pas soutenir l’idée contraire : l’homme serait bon, mais que dans certaines situations il se montrerait malicieux ? Aussi Machiavel présente-t- il à bien y regarder ce constat comme une hypothèse qui orientera le prince, le fondateur d’un État.

Une évidence sans laquelle le prince non seulement ne pourrait pas asseoir son autorité et sa légitimité, mais aussi sans la quelle il ne pourrait conserver s on pouvoir.

Mais à quoi tient cette méchanceté ? E st-elle due à la nature humaine ou provient - t - elle des conditions historiques ? L ’auteur du P rince ne cherche pas à dém ontrer que l’homme commet le mal, il f onde sa réflexion sur un consta t : si l’homme n’est pas méchant par nature, « l’ occas ion », c’ est-à - dire ce que M achiavel app ellera la fortuna déclenche la volonté de faire le mal.

Mais il est un point sur leq uel il faut insister : Machiavel n’aborde pas frontalement la nature humaine comme telle, mais les hommes plongés dans l’ histoire.

Ce qui signifie deux choses : la première est que l’homme n’est pas spontanément sociable, la secon de est qu’il tait l’hypothès e d’une supposée nature humaine avant l’ avènement des institutions politiques.

En effet, contre Aristote, qui pose dans La Politique que l’homme est un « animal politique », c’est -à -dire un être dont la finalité est de vivre au sein d’une Cité ; pour Machiavel, l’homme en son essence n’est ni sociable ni asociale.

On v oit donc la lecture abusive de M achiavel quant il affirme sans ambages que « tous les écrivains auraient supposés le principe de l’homme méchant » .

Out re Aristote, Platon, dans La R épublique montre que l’homme est naturellement. »

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