Devoir de Philosophie

Marthe ROBERT, critique contemporain, écrit: "Les mauvais livres attristent la vie non seulement parce qu'ils prolifèrent, mais parce qu'ils ont toujours quelque côté par où l'on pourrait les avoir écrits." ?

Publié le 06/06/2009

Extrait du document

Introduction Marthe Robert fait à propos des mauvais livres une double constatation : ils prolifèrent, ce qui est attristant, mais ils ont aussi un « côté par où l'on pourrait les avoir écrits «. Elle souligne par là le procédé le plus couramment utilisé pour vendre, l'utilisation de lieux communs. Nous examinerons donc sur quoi se fondent les mauvais livres, et en quoi ils nous sont pourtant proches ; puis nous verrons, par opposition, ce qu'est un bon livre, et ce qu'il apporte à son lecteur. I. Les mauvais livres A. Quantité et qualité 1. Un critère commercial de valeur Ce qui différencie les bons et les mauvais livres est d'abord un critère de qualité : la qualité, si l'on peut dire, d'un mauvais livre est d'ordre commercial. S'il est publié, si un éditeur s'arrête dessus, c'est parce qu'il pense en tirer un profit financier, sans autre considération artistique, esthétique ou littéraire. Cela ne signifie évidemment pas que les bons livres ne se vendent jamais, mais la collection « Harlequin «, qui ne brille guère par ses réussites littéraires — ce n'est d'ailleurs pas son propos —, aura toujours des chiffres de vente incomparablement supérieurs à ceux des éditeurs de poésie ou de philosophie ! 2. La recherche du « best-seller « Pour le commerçant de livres, qui n'a ici de libraire que le nom, ou pour son fabricant, assez peu éditeur, l'idéal est de trouver le « best-seller «, c'est-à-dire le livre qui fait les meilleures ventes. Certains, comme Paul-Loup Sulitzer, se sont spécialisés dans sa fabrication, reprenant les principes déjà largement établis par la littérature dite « de gare «, puisque c'est là qu'elle se vend essentiellement. Là encore, certains ouvrages de qualité, comme L'Amant de Marguerite Duras, atteignent des chiffres de vente records. Mais ce sont des exceptions, que le livre ait obtenu ou non un prix littéraire. Cette recherche de la vente obéit donc à des critères strictement commerciaux, et se valorise par la quantité vendue, et non par la qualité du produit. En ce sens, le livre est ravalé au rang de l'espadrille de plage, dont la fonction n'est que de durer un été.

« 1.

Extension très forteDepuis plusieurs années, la diffusion de ce genre de littérature est en expansion pour de nombreuses raisons : elleest d'abord liée à la crise économique, qui engendre un évident besoin de rêve chez les consommateurs, alimentépar exemple par la multiplication des jeux de loterie ; elle est d'autre part en rapport avec l'américanisation forcenéede notre culture, en particulier par le biais de la télévision, et des séries diffusées à toute heure ; elle est enfinpermise par un prix généralement bas, qui met cette littérature à l'abri de la concurrence des « vrais livres ».

Mêmele livre à 10 francs, qui apparaît aujourd'hui, ne lui fera que peu d'ombre, tant elle s'est ainsi implantée avec force,surtout dans des milieux populaires. 2.

Risque de contagionCeci n'est pas sans risque.

Non seulement l'imaginaire de cette littérature est encore meilleur marché que ses livres,appauvrissant ainsi l'imaginaire du lecteur, en le faisant entrer dans des lieux de plus en plus communs, mais encoreces images toutes faites, prêtes à être consommées, prennent de plus en plus valeur d'exemples, au détriment dutravail, de la rigueur et de l'effort.

Le lecteur lui-même, asservi à ces fausses valeurs de l'aventure, dont il ne voitpas qu'elles sont d'une extrême banalité, risque de croire à des mirages, alors que la société, cette même sociétédont font partie les producteurs de rêves bon marché, ne lui fera aucun cadeau.

En ce sens, on pourrait comparerces livres à une drogue : attractifs, plaisants au début, puis dangereux avec risques d'accoutumance et dedépendance. Transition Face à cette mauvaise littérature, triste et dangereuse, que sont les bons livres, et sur quels critères fonctionnent-ils ? II.

Qu'est-ce qu'un bon livre ? A.

Le rapport au lieu commun 1.

DétournementIl ne faut pas croire que les lieux communs soient réservés aux mauvais livres.

Au contraire, la littérature en fait unusage important, mais dans un sens radicalement différent.

D'une part, elle procède à leur détournement.

Ainsi,lorsque Fabrice del Dongo s'évade, dans La Chartreuse de Parme, de Stendhal, l'auteur emploie un vocabulairehéroïque – nous sommes en plein lieu commun –, mais décrit l'évanouissement du héros supposé.

L'image banale aété détournée, et Fabrice est devenu ridicule, mais humain.

De même, dans Aurélien, d'Aragon, l'héroïne, Bérénice,est d'abord vue par les yeux d'Aurélien, qui « la trouva laide » ! Image inversée donc. 2.

Le principe de surpriseD'autre part, le lieu commun, c'est-à-dire ce qui est le plus attendu, puisque le plus banal, sert à l'auteur àintroduire un principe de surprise : c'est justement parce que le lecteur peut attendre un événement, du fait du lieucommun, qu'il sera surpris d'un déroulement inhabituel.

Ainsi le lecteur de L'Éducation sentimentale, de Flaubert,peut-il attendre que Frédéric suive le trajet d'un Rastignac, le célèbre personnage de Balzac ; or il n'en sera rien,puisque, à la fin du livre, Frédéric conclut avec son ami Deslauriers qu'ils ont manqué leur vie.

C'est ce mêmeprincipe de surprise que l'on retrouve dans le poème de Rimbaud, Vénus Anadyomène, censé décrire la naissance dela déesse : en fait de Vénus, le poète décrit une vieille prostituée, grasse et pommadée, sortant d'un bain d'eausale... 3.

La création de nouveaux lieux communsEnfin, le dernier rapport entretenu avec les lieux communs est leur création.

Car la littérature ne se contente pasd'utiliser des images toutes faites, elle en crée.

Si le héros romantique, solitaire et désolé, peut faire sourireaujourd'hui, ce n'est qu'après la création d'une telle figure, chez des écrivains comme Chateaubriand ou l'AnglaisByron.

Cette création de lieux communs est si forte qu'on parlera aujourd'hui d'un Tartuffe, pour désigner unhypocrite, ou d'un Don Juan pour un séducteur, et qu'on parlera, sans plus même penser à Rabelais, des « moutonsde Panurge », ou à Voltaire, du jardin qu'il faut cultiver.

La littérature opère ainsi un incessant travail surl'imaginaire, en le modifiant, le reformulant, l'inventant.

Et l'on voit bien qu'il ne s'agit plus d'un travail de répétition,fondé sur la réitération à l'infini de procédés identiques, mais bien d'un travail sur la qualité, en profondeur. B.

Le principe de nouveauté 1.

Un nouvel imaginaireCar si le lieu commun joue un rôle important en littérature, c'est essentiellement pour le renouveler, et donc pourinventer de nouvelles figures ou de nouvelles images.

Ce qui préside alors au travail littéraire, hormis le principe desurprise, c'est bien un principe de nouveauté.

Dans cette mesure, on peut considérer qu'un grand écrivain, et unlivre réussi, apporte quelque chose d'inédit.

Ce n'est pas qu'il s'agisse, à chaque fois, de changer d'images ou dethèmes, mais que ce qui fait la qualité d'une oeuvre littéraire est sa cohérence intérieure, et son unicité.

A chaquelivre qu'on ouvre, c'est un monde que l'on découvre : celui de La Recherche du temps perdu, de Proust, n'a rien àvoir avec celui du Voyage au bout de la nuit, de Céline ; mais tous deux ont en commun leur profonde originalité,leur goût de jamais vu, de jamais lu auparavant.. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles