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N'agissons-nous que par intérêt ?

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Elle dérive des sentiments, qui se réfèrent, non pas à l'égoïsme, mais au plaisir et au déplaisir.]

Critique de l'utilitarisme

A. - Il ne faut pas méconnaître que l'utilitarisme représente un progrès par rapport à l'hédonisme pur : « L'intérêt, dit R. LE SENNE (Tr. de Morale générale, p. 392 se distingue du plaisir comme le médiat de l'immédiat; il doit donc accentuer l'orientation de la morale vers le bien universel et lui-même évoluer dans ce sens. « La considération de l'intérêt introduit en effet un élément de réflexion, voire de calcul, dans l'action morale, et contribue ainsi à la rationaliser.

B. - Il est cependant impossible de ramener la valeur morale de nos actes à leur utilité sociale et même de prendre celle-ci pour mesure de cette valeur.

1° D'abord, la rationalisation dont nous venons de parler est bien imparfaite.

L'homme est un être de désirs et de passions. De plus, il est un être égoïste. Aussi, n'agissons-nous qu'en vue de notre intérêt propre. Même lorsque nous accomplissons une bonne action, c'est dans l'espoir d'un certain gain. L'utilité personnelle semble ici être le seul critère et le seul motif de la moralité.

MAIS...

S'il est utile pour chacun de nous, et pour autrui, d'agir selon la morale, il ne s'ensuit pas que l'on n'agisse que par intérêt. Ce que l'on préférable n'est pas un pur et froid calcul égoïste.

« dans la plus grande somme possible de plaisirs considérés ainsi au point de vue de leur qualité comme de leurquantité. Stuart MILL ajoute que, l'intérêt général n'étant que la somme des intérêts particuliers, le critériumutilitaire consiste, non dans le bonheur propre de l'agent individuel, mais dans celui de tous les intéressés,dans « la plus grande somme de bonheur général ». Le droit et la justice, notamment, se ramènent au biensocial, à l'intérêt du plus grand nombre. C'est ainsi également que se justifient même le sacrifice et la vertudésintéressée, car rien n'est plus utile à la société que le dévouement et le désintéressement.Ces théories utilitaires ont été reprises, plus près de nous, en Angleterre, par Henry SIDGWICK (Methods ofEthics, 1875), qui soutient lui aussi un utilitarisme du bien général, le bien étant défini « ce que l'homme désireraisonnablement », et en France par Gustave BELOT (Études de Morale positive, 1907, 2e éd., 1921) quis'efforce d'établir qu'en fait, ou dans l'opinion des hommes, les règles morales ont toujours une utilité socialeet que la moralité s'est développée sous l'influence des exigences de l'intérêt collectif. [Si la morale n'a pas un fondement rationnel, elle n'est pas pour autant au service de nos passions.Elle dérive des sentiments, qui se réfèrent, non pas à l'égoïsme, mais au plaisir et au déplaisir.] Critique de l'utilitarismeA. — Il ne faut pas méconnaître que l'utilitarisme représente un progrès par rapport à l'hédonisme pur : « L'intérêt,dit R. LE SENNE (Tr. de Morale générale, p. 392 se distingue du plaisir comme le médiat de l'immédiat; il doit doncaccentuer l'orientation de la morale vers le bien universel et lui-même évoluer dans ce sens. » La considération del'intérêt introduit en effet un élément de réflexion, voire de calcul, dans l'action morale, et contribue ainsi à larationaliser.B. — Il est cependant impossible de ramener la valeur morale de nos actes à leur utilité sociale et même de prendrecelle-ci pour mesure de cette valeur.1° D'abord, la rationalisation dont nous venons de parler est bien imparfaite. Elle consiste en un simple calcul, enune supputation d'avantages et d'inconvénients. Or, nous sentons bien que la valeur morale se situe sur un planbeaucoup plus élevé que ce calcul utilitaire. Comme l'écrit CICÉRON dans le De Officiis (III, chap. 30), « on ditparfois qu'une chose, qui est très utile, devient moralement bonne; mais c'est qu'alors elle l'est par nature, elle nele devient pas. Car rien ne peut être utile qui ne soit, en même temps, moral; et ce n'est pas parce que la choseest utile qu'elle est morale; c'est au contraire parce qu'elle est morale qu'elle est utile ». Autrement dit, l'utilitarismerenverse l'ordre des valeurs, ou plutôt il détruit toute valeur en la rabattant sur le plan d'un calcul d'intérêts. Ainsique l'observe R. LE SENNE (Ouv. cité, p. 392-393 et 406), il y a là une conception qui est en relation aveccertaines conditions historiques : « Le développement de l'utilitarisme a été lié au développement de la richesse del'Angleterre : c'est une morale de commerçant », une morale « de banquiers pacifistes » qui reste « à la superficiede l'âme humaine en s'enfermant dans la conscience qui perçoit et qui calcule ». Or, ainsi que l'a remarquél'historien BUCHEZ, une telle étroitesse de vues est extrêmement dangereuse du point de vue moral : « Il n'y a pasun abus de la force, pas une injustice, que la théorie de l'utilité n'ait servi à autoriser. »2° Il y a, pour la même raison, à la base de ces théories, un postulat individualiste. La richesse de l'Angleterre était« issue de la productivité individuelle » (LE SENNE, ibid.). Aussi, la plupart de ces théories ramènent-elles l'intérêtsocial à une simple somme d'intérêts privés, supposés harmoniques entre eux. Il y a là une méconnaissance de faitssociologiques certains : d'abord, qu'un tout — et notamment un groupe social — est autre chose que la somme deses parties; et, d'autre part, qu'une société comporte toujours une pluralité de groupes dont les intérêts, de mêmed'ailleurs que les intérêts individuels, peuvent être souvent en conflit.3° Le critère de l'intérêt devient ainsi purement formel. Il ne nous indique pas quel est le groupe dont l'intérêt devrapasser avant celui des autres et déterminera la moralité de l'acte. Ce n'est qu'à condition de valoriser l'intérêt detel ou tel groupe qu'on peut le privilégier par rapport aux autres. Mais il est évident que le principe de cettevalorisation ne peut être emprunté à la simple considération des intérêts, puisque ces intérêts peuvent êtreantagonistes. Cette considération est même incapable de nous fournir une mesure de la valeur morale, tout principede hiérarchisation entre les intérêts des divers groupes faisant défaut si l'on n'introduit pas un jugement de valeur.4° Il est même inexact de prétendre que la moralité s'est développée par suite de considérations utilitaires. Il n'y alà que des justifications après coup et qui sont, comme nous l'avons dit, fonction d'une mentalité très évoluée,propre aux sociétés du XIXe siècle. L'origine des règles morales est ailleurs, dans un état d'esprit mystico-religieuxtout à fait étranger aux préoccupations d'intérêt. L'homme possède on sens moral naturelLe «sens moral» est «pour Hume ce qui nous fait distinguer naturellement le bien du mal, et ce qui peut nouspousser à agir. C'est naturellement que certains actes suscitent notre «assentiment» ou notre «réprobation»: «sigrande que puisse être l'insensibilité d'un homme, il ne peut manquer d'être souvent touché par les images du Bien »

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