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Nietzsche: Voix de la conscience

Publié le 23/04/2005

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nietzsche
Pourquoi écoutez-vous la voix de votre conscience ? Qu'est-ce qui vous donne le droit de croire que son jugement est infaillible ? Cette "croyance", n'y a-t-il plus de conscience qui l'examine ? N'avez-vous jamais entendu parler d'une conscience intellectuelle ? D'une conscience qui se tiennent derrière votre "conscience" ? Votre jugement "ceci est bien" a une genèse dans vos instincts, vos penchants et vos répugnances, vos expériences et vos inexpériences ; "comment ce jugement est-il né ?" C'est aussi une question que vous devez vous posez, et, aussitôt après, celle-ci : "qu'est-ce exactement qui me pousse à obéir à ce jugement ?" Car vous pouvez suivre son ordre comme un brave soldat qui entend la voix de son chef. Ou comme une femme qui aime celui qui commande. Ou encore comme un flatteur, un lâche qui a peur de son maître. Ou comme un imbécile qui écoute parce qu'il n'a rien à objecter. En un mot vous pouvez écoutez votre conscience de mille façons différentes. Nietzsche

QUESTIONNAIRE INDICATIF    • Y a-t-il contradiction à écrire « pourquoi écoutez-vous la voix de votre conscience « et « cette croyance, n'y a-t-il plus de conscience qui l'examine « ?  De quelle « conscience « s'agit-il dans la première phrase ?  • Différence entre les deux questions : « comment ce jugement est-il né ? « et « qu'est-ce exactement qui me pousse à obéir à ce jugement ? «  • En quoi cette conscience est-elle « intellectuelle « ?  — Sur quoi portent ces questions ?  — Que pensez-vous de ces questions ? de leur objet ? de leur nature?  • En quoi Nietzsche a-t-il manifestement ici une position originale (et peut-être « renversante «) par rapport à la « tradition philosophique «?  • Quel est l'enjeu de ce texte ?  • En quoi présente-t-il un«intérêt philosophique ?

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« sont pas en mesure non plus de dire ce qu'ils font exactement » [1] . C'est bien une méthode philologique que Nietzsche adopte afin de critiquer la philosophie de ses prédécesseurs.Leurs thèses sont autant de textes auxquelles il se rapporte comme « un vieux philologue qui ne résiste pas au malin plaisir de mettre le doigt sur les mauvaises techniques interprétatives »[2]. La démarche adoptée dans le texte qui nous occupe aujourd'hui est représentative de cette méthode philologique dont Nietzsche était un ferventutilisateur. En effet, notre passage est consacré à une interrogation portant sur le thème de la « conscience »,notion que Nietzsche soumet à un faisceau de questions diverses. D'où vient ce que nous appelons « conscience »,cette voix intérieure dont Rousseau disait qu'elle venait du cœur, qu'elle était infaillible et qu'elle déterminait ce quel'individu pouvait faire justement ? N'y aurait-il pas une conscience que Nietzsche nomme ici « conscienceintellectuelle » qui viendrait réfléchir sur la conscience morale et déterminer de quelle manière celle-ci se constitue,en fonction de quelles influences venues de l'expérience et de l'instinct ? Enfin, n'y aurait-il pas lieu de s'interrogerégalement sur ce qui fait l'autorité de la conscience, la capacité de cette dernière à nous convaincre de la justessede ses prescriptions ? Nous verrons que ces questions sont posées dans notre texte, au sein duquel nous pouvonsdistinguer deux mouvements argumentatifs. Le premier commence aux propylées du passage et va jusqu'à :« "comment ce jugement est-il né ?" » : dans cette première section, Nietzsche s'attache à questionner la valeur de la notion de conscience, en amenant à penser le lecteur qu'il est possible que cette voix à laquelle il attacheinstinctivement un pouvoir d'autorité soit en vérité moins légitime qu'il le pense à dicter son comportement. Quant àla seconde partie du texte, qui commence avec « C'est aussi une question que vous devez vous poser », elles'interroge davantage sur le pouvoir d'autorité de la conscience et invite le lecteur à se demander sur quoi se fondela puissance de conviction attachée à la voix de la conscience. Etudiant ce texte, la question au centre de notre travail sera de montrer de quelle manière Nietzsche adopte unedémarche philologique pour faire la généalogie de la conscience conçue comme boussole de l'action morale. I. La conscience est-elle un jugement infaillible ? Dans la première partie de notre texte, Nietzsche a recours à cette technique philologique qui a pour fonction dedéterminer les sources d'une croyance ou d'une idée comme on cherche à établir les sources d'un texte. Voyonscomment ce texte débute : « Pourquoi écoutez-vous la voix de votre conscience ? Qu'est-ce qui vous donne le droit de croire que sonjugement est infaillible ? ». Nietzsche pose en effet deux questions à proprement parler paradoxales, puisqu'elles remettent en cause ce quenous tenons intuitivement pour certain. En effet, nous pouvons être enclins à considérer la conscience à la manièrede Rousseau, pour qui elle était une voix du cœur, une boussole morale infaillible désignant à l'homme son devoir, luiindiquant à l'inverse ce qu'il ne lui appartient pas de faire. Mais loin de tenir cette croyance en l'infaillibilité de laconscience pour assurée, Nietzsche s'interroge au contraire sur son origine. Il se peut en effet que nousconsidérions pour certain ce qui en vérité est douteux, que nous prenions pour un jugement « infaillible » lesprescriptions d'une voix intérieure qui obéit, à l'inverse de ce que nous sommes portés à croire, à des motifs dontnous n'avons pas « conscience ». Le philosophe/philologue montre précisément dans la suite du texte qu'il y a lieude distinguer entre deux consciences : la conscience morale (cette voix que nous écoutons en pensant qu'elledéfinit l'action morale sans erreur possible) et la conscience intellectuelle (la pensée réflexive qui a pour objet laconscience morale). Cette "croyance", n'y a-t-il plus de conscience qui l'examine ? N'avez-vous jamais entendu parler d'une conscienceintellectuelle ? D'une conscience qui se tiennent derrière votre "conscience" ? Votre jugement "ceci est bien" a unegenèse dans vos instincts, vos penchants et vos répugnances, vos expériences et vos inexpériences ; "commentce jugement est-il né ?" Dans ce passage, Nietzsche introduit précisément l'idée de la possibilité d'une conscience dite intellectuelle quiporterait sur la conscience morale : la première aurait en effet pour objet la seconde, se tiendrait « derrière elle » ets'attacherait à montrer qu'elle obéit elle aussi à des motifs secrets. En effet, lorsque la voix prétendument infailliblede notre conscience nous dit « ceci est bien » (par exemple : « il est bon d'aider quelqu'un dans la détresse »)notre conscience intellectuelle peut s'interroger sur ce qui détermine ce jugement, en faire la genèse. Ce jugement »

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