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Pascal et L’IMAGINATION AU POUVOIR

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pascal

Ce texte appartient au « grand siècle » ou siècle rationaliste. Cette période est une mutation profonde dans différents domaines scientifiques et elle est marquée avant tout par la remise en cause des modes de pensées traditionnels (hérités de l’Antiquité ou du Moyen-âge) et par la promotion et l’élévation de la raison ou plus précisément d’un certain usage de la raison (idée d’une méthode à construire et à suivre pour découvrir la vérité) aux dépens des autres facultés de l’homme. Pascal pas moins que Descartes a d’abord centré ses réflexions sur les questions relatives à la méthode (Voir par exemple, sa préface au traité du vide ou son opuscule intitulé De l’art de persuader). Tout comme ses contemporains (Descartes mais aussi Hobbes, Spinoza ou Malebranche) il a cherché à distinguer les domaines de la connaissance ainsi que les facultés de l’esprit à la fois par le type d’activité propre a chacune d’elle (percevoir ce n’est pas comme imaginer ou se souvenir ou encore vouloir) et par la nature des objets auxquels elles se rapportent. Mais contrairement a ses devanciers, Pascal ne croit pas à la toute puissance de la raison, et au fait qu’elle peut dans certains domaines (comme les mathématiques) s’adjoindre l’aide de l’imagination et collaborer en bonne entente avec elle pour parvenir à la vérité. Il développe l’idée dans cet extrait qui appartient au chapitre II des Pensées (dans cette partie qui s’intitule « Vanité », l’auteur montre les apparences, les faux-semblants qui abusent l’homme) que l’imagination égare et manipule la raison, qu’elle s’empare de l’homme, et le rend totalement aveugle et sourd à ce que peut dire la raison. I. L’IMAGINATION AU POUVOIR : \" UNE SECONDE NATURE \" a) L'immense domaine de l'imagination Pascal révèle, tout au long du texte, l'immensité du domaine sur lequel l'imagination a prise. Il le souligne plus particulièrement dans une formule qui résume sa pensée : l'imagination « a établi dans l'homme une seconde nature » (l. 8). Doté au départ d’une nature (que l’on peut aussi appeler son essence) c’est-à-dire de différentes facultés ou capacités, l’homme s’est vu radicalement changé, modifié par l’imagination. Celle-ci a instauré un nouvel aspect, une autre humanité en prenant le dessus sur toutes les autres facultés humaines. Cette formule marque qu’elle est profondément enracinée en lui, qu’elle en est devenue partie intégrante ; l’homme ne peut se passer d'elle, il agit en fonction d'elle. Cette omniprésence de l'imagination est mise en évidence par la diversité des désignations utilisées pour la nommer, pour la caractériser : « cette partie dominante dans l'homme », « cette maîtresse d'erreur et de fausseté » (l.1), « cette superbe puissance » (1.7), « cette faculté imaginante » (1.20). Ces différentes formulations expriment, par ailleurs, la plupart du temps, la force de son emprise : « dominante », « maîtresse », « puissance ». Ce pouvoir et cette supériorité se marquent également par la variété au niveau des procédés de présentation (voir notamment le fait que l’imagination soit souvent en début de phrase et en position de sujet grammatical, l’emploi du présentatif « C’est… » et à plusieurs reprises du démonstratif « cette ») ou par la variété des classes grammaticales employées : - Le simple nom : « imagination » (l.5, l.30) - Différents groupes nominaux plus ou moins étendus : par exemple deux longs groupes de suite à la première ligne ou encore « sages imaginaires » (l.16), « L’imagination des faibles » (l.24) - L’omniprésence du pronom « Elle » (l.2, 3, 8-9-10, 17…)

« b) Description et analyse du fonctionnement de l’imagination Cette influence totale est encore indiquée par les antithèses ou les jeux d'oppositions qui énumèrent : ou les catégories extrêmes qu'elle influence : « Je ne parle pas des fous, je parle des plus sages » (1.4-5), c’est dire que son emprise touche tout le monde ou les états opposés qu'elle provoque : « Elle a ses heureux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres » (l.9), « Elle a ses fous et ses sages » (1.10-11), confirment son rayonnement. Pascal ne se contente pas de ces généralités. Dans une série de développements, (à partir de la ligne 10 et jusqu’à la fin du passage) il précise, il détaille et récapitule les différents domaines dans lesquels s'exerce l'imagination, en démontrant, à chaque fois, de quelle manière fonctionnent et sont interprétés les comportements humains : l'imagination remplace constamment la vérité par des apparences (voir à ce propos les différents verbes utilisés pour présenter son action : « elle suspend les sens, elle les fait sentir (l.10), emportent la raison (l.34), impose … change (l.34-35), changent (l.35) ») Ce recensement complet et précis des pouvoirs de l’imagination débute à la ligne 9 par une longue énumération qui évoque et regroupe les principales catégories qui composent l’humanité aux travers des grandes valeurs (et leur contraire) habituellement convoitées par les hommes. Pascal commence ce panorama en envisageant les « habiles par imagination », les « sages imaginaires » (1.12 et 16). L'opposition des termes est significative. Grâce à l’imagination, ils s’affirmeront, penseront et paraîtront réellement habiles et sages, parce que leur conviction leur insufflera « hardiesse », « confiance », « gaieté de visage », à noter l'accumulation des termes positifs et leur donnera toutes les apparences de l'habileté et de la sagesse. En un mot quelque soit le domaine observé, que ce soit pour de petites choses de la vie quotidienne comme la peur des précipices (l.30 à 33) mais aussi pour la vie sociale ou la justice, Pascal souligne le rôle essentiel que joue l'imagination. Il dénombre tous les domaines pour lesquels elle « dispense la réputation », c’est-à-dire qu’elle accorde le crédit ou la valeur dans pratiquement toutes les sphères de la vie humaine : « personnes », « ouvrages », « lois », « grands » (l.19-20). c) L’imagination et les autres facultés (sens et sentiments) L'imagination agit sur les sens de l'homme et produit en lui des troubles, des erreurs de perception qui perturbent son jugement. Des lignes 30 à 37, Pascal multiplie les exemples de ces perturbations. Il en montre l'ampleur, en indiquant que même les personnes les plus raisonnables et les plus maîtresses d'elles-mêmes n'en sont pas exemptes, voir l'opposition « le plus grand philosophe du monde » (l.30) / « son imagination prévaudra » (l.32) et les termes hyperboliques qui soulignent et accentuent la panique face au vertige : « pâlir », « suer ». Il dévoile l'étendue de ces phobies : ce sont des superstitions, ou des croyances absurdes mais qui ont cours et sont acceptées par tout un chacun. Par exemple celle qui consiste à donner une valeur négative, d’être un signe ou un présage de malheur à un animal comme le chat noir. Ces associations d’idées, l’homme les fait par ou à cause de son imagination. Voir dans le texte tout le vocabulaire et notamment les verbes d’action ou de mouvement qui sont liés à cette faculté ; à la fin du passage (l.38-39) Pascal indique même que les actes et les comportements humains s’expliquent tous par les effets de l’imagination : « presque toutes les actions des hommes… presque que par ses secousses ». Le texte énumère pêle-mêle les »

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