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Penser, est-ce dire "non" ?

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C'est cette ambivalence qui constitue le contenu de la question.Or, il est dit ici que « penser, c'est dire non «, à savoir nier, refuser, dire que ne pas... Il y a un paradoxe en cet énoncé. Exercer une activité intellectuelle, ce serait, avant tout, refuser, ne pas adhérer, exercer un pouvoir de négation, ne pas affirmer. Pourquoi donc cette liaison étonnante du jugement et de l'activité de la négation ? Il faudra éclairer cette paradoxale liaison.

* Attachons-nous à cet énoncé plus ou moins énigmatique. De l'affirmation (dire oui) ou de la négation (dire non), laquelle est première et décisive ? Réfléchir, ne serait-ce pas mettre à distance un « oui « primitif, une « crédulité « ? Penser, n'est-ce pas, alors, douter ?

 

 

* "dire": exprimer, communiquer.

* "non": adverbe de négation.

"dire non": refuser, nier.

 

Penser et être libre, c'est pouvoir dire non : le refus de la crédulité et le cloute.

• Quelle sera notre conclusion ? Liberté et pouvoir de négation sont liés. Être libre, c'est dire « non «.

« l'expérience de la négation est ici décisive. Penser, c'est dire non, mettre à distance les évidences trompeuses,dépasser l'immédiat, échapper aux vertiges de l'immédiateté, se dégager des divers dogmatismes et donc manifesterainsi l'activité de penser, dégager l'authentique jugement dans son initiative spirituelle. Quel exemple donner ? Ledoute cartésien consiste bien à « dire non », à mettre à distance les illusions, et, en cette mise à distance, àinstaurer la réflexion et la pensée. Le doute méthodique, qui se caractérise par la mise à l'épreuve de tout ce qu'ona admis antérieurement afin d'établir la vérité sur des bases inébranlables, permet de rompre le contact et de faireainsi l'expérience du cogito. Le doute est un effort pour dégager la force du jugement et de la pensée à travers lenon, la « négativité ». Ébranlant le dogmatisme des sens, puis d'autres formes de dogmatismes plus générales,disant ainsi non aux diverses « crédulités » ou illusions, Descartes fait l'expérience de la pensée. Penser, c'est direnon : « Je suppose donc que toutes les choses que je vois sont fausses ; je me persuade que rien n'a jamais été detout ce que ma mémoire remplie de mensonges me représente ; je pense n'avoir aucun sens, je crois que le corps, lafigure, l'étendue, le mouvement et le lieu ne sont que des fictions de mon esprit. Qu'est-ce donc qui pourra êtreestimé véritable ? Peut-être rien autre chose, sinon qu'il n'y a rien au monde de certain [...]. Mais il y a un je nesais quel trompeur très puissant et très rusé, qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n'y a doncpoint de doute que je suis, s'il me trompe ; et qu'il me trompe tant qu'il voudra, il ne saurait faire que je sois rien,tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu'après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examinétoutes choses, enfin qu'il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : je suis, j'existe, estnécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. » (Descartes,Méditations métaphysiques, Méditation seconde). Dans le doute, Descartes expérimente l'existence de la pensée. Lecogito (le je pense) apparaît comme la première évidence au sein même de l'acte de douter (de dire non). Dans larésistance à l'égard des données, Descartes prend conscience du moi, de la personne : cogito, ergo sum. « Dire non» est la condition de toute affirmation de la pensée.Nous avons donné l'exemple de Descartes, mais celui de Nietzsche serait tout aussi valable : ce philosophe renverseles valeurs établies et il dit non. Il procède d'abord à une critique de l'esprit moderne. Avant d'affirmer, il nie.N'y a-t-il pas, toutefois, une certaine ambiguïté en ces analyses ? Penser, n'est-ce pas d'abord, fondamentalement,affirmer ? B. Penser, c'est dire oui (antithèse). D'un strict point de vue cartésien, remarquons que notre thèse n'est pas si évidente, que penser, c'est peut-êtredire oui. Mais au-delà de la perspective cartésienne, ne peut-on noter un lien très fort entre la pensée etl'affirmation ? Penser, n'est-ce pas d'abord dire oui, affirmer, mettre à distance le « non », le « négatif » ? « Direnon » a-t-il vraiment la valeur d'un instrument spirituel, permet-il de penser ?Revenons sur la démarche cartésienne. Si nous poussons le doute jusqu'au bout, nous remarquons qu'il suppose unedouble affirmation : l'existence du cogito, mais, surtout, l'affirmation de Dieu. Tout comme si une affirmationpremière, fondamentale, soutenait toute la pensée de Descartes. Penser, ce n'est pas tellement « dire non » quedécouvrir ce Dieu qui fonde la science et donne sens à mon esprit fini. Penser, c'est moins dire non qu'affirmer :saisir le cogito, saisir Dieu. Quant au doute, il est certes un instrument, mais un instrument qui s'efface devant lasuprême affirmation. Lorsque je considère que je doute, dit Descartes, l'idée d'un être complet se présente à monesprit avec clarté et « je ne pense pas que l'esprit humain puisse rien connaître avec plus d'évidence et decertitude. » (Quatrième Méditation). Donc, penser, ce n'est pas tant nier que découvrir la suprême affirmation sous-tendant toute pensée : découvrir Dieu qui fonde le cogito et toute vérité.Mais, nous dira-t-on, ceci est vrai pour Descartes : en vérité, de Platon à Saint-Augustin et Spinoza, qu'est-ce quepenser, pour le philosophe, sinon dire oui à l'Infini, à Dieu, à l'Idée, à cet Éternel qui meut notre intelligence ? Aufond, la négativité est quasi superficielle. Penser, c'est méditer et s'ouvrir directement à l'Infini. D'une manièregénérale, penser, réfléchir, c'est affirmer, c'est créer, non point soumettre le jugement à la négation, au non, audoute, mais s'ouvrir à l'affirmation pure qui enveloppe toute pensée. Ainsi, Spinoza ouvre-t-il l'Éthique ave Dieu,cette Substance infinie : penser, c'est affirmer Dieu, cet être absolument infini, cette Substance constituée par uneinfinité d'attributs.Car, d'une manière générale, le « non » est destructeur. Il nie, plus qu'il ne crée. Il détruit, plus qu'il n'édifie. Penser,ce n'est pas dire non, mais s'ouvrir à l'Infini, à la Joie, à la Puissance affirmative. En rester à l'élément négatif, cen'est pas vraiment penser. Les grands penseurs, de Descartes à Spinoza et Nietzsche, valorisent l'affirmation :penser, c'est affirmer, créer, vouloir. Nietzsche est peut-être davantage affirmatif qu'il n'y paraît au premier abord.Néanmoins, il y a dans l'opposition qui est nôtre entre une thèse valorisant le « non » et le doute, et une antithèseattachée à l'affirmation pure, au « oui », quelque chose de peu satisfaisant pour l'esprit. Ne pourrait-on tenter deréconcilier deux types d'approche opposés ? »

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