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Perception et attention.

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perception
INTRODUCTION. - Au sens premier et dans l'usage ordinaire, on entende par « perception » et par « percevoir » l'acte de recueillir des sommes dues principalement à titre d'impôts ou, comme dans les transports publics, en paiement d'un service rendu; quant à « percepteur », il ne désigne jamais que le fonctionnaire préposé au recouvrement des impôts. Par analogie, les psychologues appellent bien « perception » la connaissance des objets par l'intermédiaire des sens et font bien de « percevoir » la connaissance des objets par l'intermédiaire des sens et font bien de « percevoir » un synonyme de « voir »; mais ces acceptions restent propres au vocabulaire philosophique : du haut d'une montagne ou du sommet de la Tour Eiffel, on n'a pas une « belle perception », mais une « belle vue »; On ne « perçoit » pas des villages éloignés, mais on les « voit ». « Percevoir », il est vrai, dit plus que « voir » : la « perception » est active, tandis que la « vision » est plus passive. Néanmoins, lorsqu'on veut marquer ce caractère actif de certaines de nos opérations sensorielles, ce n'est pas. de « perception » ou de « percevoir » qu'on parle : on e recours au mol« attention ». A l'exercice, c'est le commandement « attention ! » qui avertit le soldat de se tenir prêt à bien comprendre l'ordre qui va suivre, c'est-à-dire à le bien percevoir. Pour mieux saisir un bruit indistinct, on dit bien : « écoutez »; mais on dit aussi « attention! » « Je n'y' ai pas fait attention » ne signifie pas que je n'ai pas vu ou entendu, mais' seulement que les impressions faites sur moi par les choses ne sont pas transformées en perceptions, c'est-à-dire en connaissance de faits survenus dans mon voisinage. Ces remarques linguistiques nous suggèrent qu'il existe, entre perception et attention, des rapports assez étroits. Nous allons préciser autant que possible leur nature. I. LA PERCEPTION NE SERAIT-ELLE PAS UNE SENSATION TRANSFORMÉE PAR L'ATTENTION ? Il est classique d'opposer perception et sensation : grâce à un complexe processus physio-psychologique provoqué par les excitations physiques provenant d'un objet extérieur, je perçois cet objet, c'est-à-dire le reconnais explicitement ou implicitement comme réel; la sensation, au contraire, se réduirait, si on pouvait l'observer à l'état pur, aux processus psycho-physiologiques qui servent comme de soubassement à la perception, à une impression purement subjective. Dès lors, ne pourrait-on pas expliquer la sensation par défaut d'attention et ainsi réduire la perception à une sensation transformée par l'attention ?

« Ce que nous venons de dire que la perception vaut aussi de l'attention, Elle aussi est intentionnelle et porte sur lesobjets, non sur une représentation que nous en avons dans l'esprit. Dès lors ne pourrait-on pas dire que percevoir «c'est faire attention » et réciproquement : par suite, que la perception est d'autant plus parfaite qu'elle est plusattentive ?On pourrait dès lors introduire dans l'étude de la perception la distinction classique d'une attention spontanée etd'une attention volontaire ou réfléchie. Au niveau inférieur on aurait des perceptions ne mettant en jeu quel'attention spontanée; c'est dans ce sens que nous disons parfois : « Je l'ai bien vu, mais je n'y ai pas fait attention», c'est-à-dire : je ne m'y suis pas arrêté ou je n'y suis pas revenu pour mieux voir et comprendre ce qui se passait.Au niveau supérieur, un retour de l'esprit en vue de compléter l'impression première constituerait l'attentionréfléchie. Par suite, la perception spontanée accéderait au niveau de la perception réfléchie.Quoique plus acceptable peut-être que la première cette hypothèse n'est pas tout à fait satisfaisante. 1. Tout d'abord, on ne peut pas identifier « percevoir » et « faire attention ». Sans doute, nous avons admis qu'iln'y a pas de perception sans quelque attention, mais la réciproque n'est pas vraie : la perception n'accompagne pastoujours l'attention.Il y a en effet une attention expectante qui précède la perception et la prépare. Sans doute, on dit avec raison queces moments d'attente sont remplis d'images ou de souvenirs qu'on appelle des « préperceptions ». Mais, les mots ledisent, ces images ou ces souvenirs diffèrent de la perception. De plus, ils ne remplissent pas totalement même lesminutes de l'attente la plus dense : il reste dans la conscience une certaine impression de vide d'où il résulte qu'onse sent tendu sans trop savoir vers quoi : attention sans perception.De plus, à côté de l'attention perceptive, qui porte sur des objets du monde matériel, il y a une attention que nouspouvons appeler attention réflexive et qui porte sur des objets immatériels, en particulier sur des idées ou desrapports, et qui, par suite, n'est pas perceptive. Quand le le professeur de mathématiques ou le professeur dephilosophie invite ses élèves à « faire attention », c'est pour assurer une bonne « compréhension » et non unebonne « perception. »Ainsi, ayant un champ plus étendu que la perception, l'attention ne peut pas s'identifier avec elle. 2. D'autre part, même en nous confinant dans le domaine de la perception du monde extérieur, nous ne pouvons pasappliquer à la perception la distinction classique d'une forme spontanée et d'une forme réfléchie de l'attention, dumains pas dans le même sens.En effet, par opposition à la perception réfléchie, la perception spontanée se réduit à la donnée brute, par suitereste confuse ou fort pauvre. C'est la réflexion qui, élaborant cette donnée, procure savoir et intelligence. De laperfection spontanée à la perception réfléchie, il s'est fait un progrès immense.Quoique l'emploi des mêmes mots puissent nous taire croire à un progrès du même genre, il en est tout autrementdans le domaine de l'attention. L'idéal de l'attention est dans sa forme spontanée et non dans sa forme réfléchie ouvolontaire. Celle-ci n'est que tension vers l'attention spontanée, effort de démarrage et de mise en train, aprèsquoi, normalement, l'attention captivée se maintiendra sans tension appréciable.Cette réponse nous prépare à faire la critique d'une autre hypothèse d'après laquelle l'attitude perceptive serait lacondition de l'acte perceptif. IV. --- L'ATTENTION NE CONDITIONNERAIT-ELLE PAS LA PERCEPTION ? Toutes nos tentatives de réduire la perception et l'attention à un même fait ont donc échoué : l'acte perceptif nes'identifie pas avec l'attention; celle-ci est tout autre chose que la perception. Qu'est-elle donc ? Une attitude del'esprit et des organes perceptifs grâce à laquelle les opérations de connaissance et en particulier la perceptions'effectuent mieux.Ainsi nous retenons la dernière hypothèse formulée : l'attention conditionne la perception, dont la qualité se mesureà celle de L'attention; à sa qualité, mais non à son intensité.Car, après avoir admis en gros cette hypothèse, nous devons apporter à notre adhésion d'importantes réserves : cen'est pas toute forme d'attention qui améliore la perception. 1. L'attention spontanée assure toujours une perception meilleure : l'esprit étant dispos et se portant de lui-mêmevers l'objet, les fonctions cognitives s'effectuent avec aisance et avec le minimum de ratés. 2. Au contraire l'attention dite réfléchie ou volontaire, dans la mesure même de l'effort de la réflexion ou de latension du vouloir cause fréquemment des erreurs de perception et même des maladresses, comme nous entémoigne La Fontaine : "Le trop d'attention qu'on a pour un dangerFait souvent qu'on y tombe." CoNcLusioN. — Le rapport entre la perception et l'attention est donc bien .moins étroit que nous l'avaient fait croire des façons courantes de parler. Non seulement la perception est tout autre chose que l'attention, maisencore elle est souvent troublée par elle.Il est vrai qu'on n'a affaire, alors, qu'à une mauvaise attention, à une attention crispée dont la raideur oul'impatience empêche le jeu naturel des facultés et des organes. La force de la tension de l'esprit et des senstrompe sur la valeur de leur activité. Une attention détendue est bien préférable et bien meilleure. Nous pouvonsdonc dire en terminant : meilleure est l'attention, meilleure sera la perception. »

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