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Peut-on critiquer la démocratie ?

Publié le 13/03/2004

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Ce d'autant moins que, dans l'histoire moderne, les régimes totalitaires - de quelque bord qu'ils soient - sont contestés ou renversés au nom d'une aspiration à la démocratie qui, dans le vocabulaire de l'époque, prend l'aspect d'une panacée. Qui oserait en effet critiquer le mouvement même d'un peuple vers sa libération? Qui - sinon le philosophe?

I. Avantages classiques de la démocratie

On se réfère dans cette partie aux analyses les plus canoniques de la démocratie «moderne«: ce qui peut se déduire du Contrat social (même si l'ouvrage ne constitue pas à strictement parler une théorie de la démocratie en elle-même) et Tocqueville.

* La démocratie affirme que le pouvoir appartient au «peuple« (démos) souverain.

* Tous les citoyens y sont donc égaux par principe (pas d'inégalités de naissance, de race, etc.): en droits comme en devoirs.

* Le «peuple« est appelé à faire connaître son avis: droit de vote pour tous (même si, historiquement, cela n'a pas été très rapide).

* Les élus sont responsables devant le peuple.

Pour traiter ce sujet, il conviendra d'abord de définir ce qu'est la « démocratie «. On pourra alors se demander si c'est l'idée de démocratie et les valeurs qui la fondent qui sont critiquables ou bien si ce sont seulement les réalisations concrètes de cette idée. On pourrait éventuellement réfléchir aussi sur le sens du « peut-on « : est-ce une possibilité théorique ? une possibilité logique (par exemple défendre la démocratie tout en la critiquant) ? ou enfin une possibilité juridique (que permettrait la démocratie elle-même) ?  

Introduction

  • I. La démocratie, meilleur régime politique?

1. Qu'est-ce que la démocratie? 2. Deux niveaux de critique de la démocratie. 3. La démocratie, régime en son principe idéal.

  • II. Le peuple peut-il connaître et aimer le bien commun? (La critique platonicienne de la démocratie.)

1. La démocratie, tyrannie de l'ignorance? 2. Réhabilitation de la démocratie. 3. La démocratie affaiblit-elle l'amour du bien public?

  • III. Le bien commun existe-t-il? (La critique marxiste de la démocratie.)

1. Qu'est-ce que le bien commun? 2. Le bien commun est une illusion: la critique marxiste de la démocratie bourgeoise. 3. Tentative de réhabilitation de l'idée de bien commun. Conclusion

« Pour traiter ce sujet, il conviendra d'abord de définir ce qu'est la « démocratie ».

On pourra alors se demander si c'est l'idée de démocratie et les valeurs quila fondent qui sont critiquables ou bien si ce sont seulement les réalisations concrètes de cette idée.

On pourrait éventuellement réfléchir aussi sur le sensdu « peut-on » : est-ce une possibilité théorique ? une possibilité logique (par exemple défendre la démocratie tout en la critiquant) ? ou enfin une possibilitéjuridique (que permettrait la démocratie elle-même) ? 1.

L'idéal démocratique La démo cratie se définit comme l'« État politique d ans leque l la souveraineté appartient à la totalité des c itoyens , sa ns distinction de naissance, defortune ou de capacité » (Lalande).

Elle po stule donc l'égalité e n droit de tous les cit oyens, et s e fonde sur la volonté géné rale. 2.

Critique de l'idéologie démocratique « Les idéologies démocratiques : souveraineté du peuple, volonté générale, solidarisme, etc., sont, par essence et par définition, unitaires et autoritaires.Elles reposent sur une fiction commode pour les gouvernants tout en flattant la paresse d'esprit des gouvernés » (G.

Palante, Les Antinomies entrel'individu et la société, 1913, p.

194).On peut en effet sur cette base porter contre l'idéologie démocratique plusieurs critiques. a) Une pseudo-volonté générale La prétendue « volonté générale » sur laquelle se fonde la démocratie « n'est pas autre chose qu'une entité verbale » (P alante, id.).

Elle n'est au mieux quela volonté d'une majorité de citoyens, au pire celle de l'oligarchie dirigeante.

La prétendue volonté générale ne peut en effet ni gouverner ni légiférerdirectement : il y a donc délégation d'une partie de la souveraineté populaire à des représentants (députés, président, etc.), qui exercent la réalité dupouvoir entre chaque consultation du peuple. b) Une majorité opprimant une minorité Dans ces conditions la prétendue volonté générale se réduit au fait qu'une partie des citoyens impose sa loi à tous les autres. c) La tyrannie de l'ignorance et des préjugés L'avis de la majorité ou même de la totalité des citoyens ne prouve pas la valeur ou la justesse de quoi que ce soit.

Or, si la volonté était réellementgénérale, c'est-à-dire si, chose tout à fait impossible, elle était celle d'absolument tous les citoyens, il n'y aurait aucun inconvénient à ce que ses décretsfussent même aberrants, puisqu'ils seraient acceptés par tous.

Mais comme la volonté générale n'est pas et ne peut pas être réellement et absolumentgénérale, le régime démocratique risque d'être celui de la foule ignorante imposant la tyrannie de son ignorance et de ses préjugés, que peuvent exploitertous les démagogues.

Tel est l'argument fondamental de Platon pour rejeter le régime démocratique. d) La haine de toute personnalité indépendante Par ailleurs, observe Palante, « l'homme qui a une volonté à lui ne se reconnaît jamais dans la prétendue volonté générale.

Et peu lui importe au fond que legroupe qui l'opprime soit une foule ou une oligarchie.

Foule et oligarchie en effet se ressemblent en un point : leur commune haine de toute personnalitéindépendante » (id., pp.

194-195). e) La réduction de la liberté individuelle à la liberté politique De plus, « l'idéologie démocratique tend à résorber toutes les libertés dans la liberté dite politique.

Mais la liberté politique n 'est pas du tout la même choseque la liberté individuelle » (Palante, id.). f) Un risque de désordre et d'inefficacité Enfin, dans une autre perspective que la défense de l'individu, la démocratie a été critiquée, essentiellement par les théoriciens politiques partisans d'unÉtat fort, voire totalitaire, comme étant, en raison de l'opposition permanente des partis, potentiellement inefficace et source de désordre, de « guerreintestine » (cf.

Platon, République, 549 c-d). 2.

Une critique, non une condamnation Les critiques adressées à la démocratie ne signifient nullement qu'elle doit être rejetée, mais plutôt qu'il convient de pallier dans la limite du possible sesdéfauts.

Ainsi la démocratie doit : Se f onder moins sur le my the de la volonté générale que sur le res pect absolu de l'individu.

C 'est pourquoi il faut faire rep oser la démocratie non sur cetteseule volonté générale, comme le voulait Rousseau, mais sur l'affirmation des droits de l'homme, droits qui ne soient pas seulement des droits théoriquesd'une abstraite personne humaine mais aussi des droits réels de l'individu concret.

Aussi est-il souhaitable que les démocraties posent en préambule deleur constitution une Déclaration universelle des droits de l'homme, à rencontre de laquelle ne puisse aller aucune autorité, pas même la volonté générale.

V eiller à n'être pas une démocratie uniquement formelle, où seule la classe possédante est en réa lité la classe dirigeante (c'est en ce s ens que Ma rxestimait que la « démocratie bourgeoise » n'est en fait que le gouvernement de la classe bourgeoise).

V eiller non seulement à maintenir la sé paration des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, mais aussi, dans la mesure du poss ible, à développer descontre-pouvoirs face à la puissance étatique, et le contrôle de la classe politique par la société civile. Conclusion La démocratie, comme la plupart des autres systèmes politiques, ne réduit par l'antinomie entre l'individu et l'État et est ainsi loin d'être un système parfait.C ependant, appuyée sur le respect des droits de l'homme (et non sur une dangereuse mystique de la volonté générale), la démocratie reste sans doute, endehors des systèmes utopiques dont la quête n'a jusqu'ici débouché que sur des totalitarismes, le meilleur système politique existant pour les sociétésmodernes.

Il est en effet celui qui garantit aux individus le plus grand espace de liberté, et constitue, pour reprendre les termes de K.

Popper, une sociétéouverte, qui « seule nous fournit un cadre institutionnel permettant d'effectuer des réformes sans violence, c'est-à-dire d'employer la raison dans ledomaine politique » (La société ouverte et ses ennemis, 1962, I, p.

11).. »

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