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Peut-on exercer sa liberté sans prendre de risques ?

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Sartre nomme cette attitude « la mauvaise foi «. La liberté est implacable, c'est pour cela qu'elle est effrayante et risquée. artre: Le quiétisme, c'est l'attitude des gens qui disent : les autres peuvent faire ce que je ne peux pas faire. La doctrine que je vous présente est justement à l'opposé du quiétisme, puisqu'elle déclare : il n'y a de réalité que dans l'action ; elle va plus loin d'ailleurs, puisqu'elle ajoute : l'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure où il se réalise, il n'est donc rien d'autre que l'ensemble de ses actes, rien d'autre que sa vie.D'après ceci, nous pouvons comprendre pourquoi notre doctrine fait horreur à un certain nombre de gens. Car souvent ils n'ont qu'une seule manière de supporter leur misère, c'est de penser : « Les circonstances ont été contre moi, je valais beaucoup mieux que ce que j'ai été ; bien sûr, je n'ai pas eu de grand amour, ou de grande amitié, mais c'est parce que je n'ai pas rencontré un homme ou une femme qui en fussent dignes ; je n'ai pas écrit de très bons livres, c'est parce que je n'ai pas eu de loisirs pour le faire ; je n'ai pas eu d'enfants à qui me dévouer, c'est parce que je n'ai pas trouvé l'homme avec lequel j'aurais pu faire ma vie. Sont restées donc, chez moi, inemployées, et entièrement viables une foule de dispositions, d'inclinations, de possibilités qui me donnent une valeur que la simple série de mes actes ne permet pas d'inférer.Or, en réalité, pour l'existentialiste, il n'y a pas d'amour autre que celui qui se construit, il n'y a pas de possibilité d'amour autre que celle qui se manifeste dans un amour ; il n'y a pas de génie autre que celui qui s'exprime dans des oeuvres d'art : le génie de Proust c'est la totalité des oeuvres de Proust ; le génie de Racine c'est la série de ses tragédies, en dehors de cela il n'y a rien ; pourquoi attribuer à Racine la possibilité d'écrire une nouvelle tragédie, puisque précisément il ne l'a pas écrite ?Un homme s'engage dans sa vie, dessine sa figure, et en dehors de cette figure il n'y a rien. Évidemment, cette pensée peut paraître dure à quelqu'un qui n'a pas réussi sa vie.

Il peut arriver que la liberté se fonde sur l'ignorance, faisant ainsi l'économie du savoir. À travers le risque qu'elle implique, l'épreuve du doute et la notion de responsabilité qui en semblent indissociables, la liberté peut aussi représenter un fardeau dans l'existence. Le jeu est un bon exemple de la liberté qui s'exprime au travers de la prise de risque.

« Or, poursuit Sartre , si l'on est athée, et athée de façon cohérente, il faut poser qu'il y a « au mois un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant d'être défini par aucun concept, et cet être c'est l'homme. » L'homme existe d'abord et se définit ensuite. Il n'est pas un exemplaire d'une norme ou d'une nature préexistante, ilse fabrique lui-même au cours de l'histoire. La première signification de la liberté est cette capacité humaine à sedéfinir par soi-même. Un objet technique, voire un objet naturel, une pierre, ne sont rien d'autre que ce que leurdéfinition préalable nous dit qu'ils sont. L'homme, à l'inverse, parce qu'en lui « l'existence précède l'essence » a reçu cet étrange privilège de se fabriquer lui-même. Mais « si vraiment l'existence précède l'essence, l'homme est responsable de ce qu'il est ». Sur chacun de nous pèse la responsabilité pleine et entière de nos actes et choix. Nous ne pouvons nous retrancher derrière aucune« nature » qui nous définirait et limiterait notre possibilité d'agir et de nous faire. Pire : « Nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de tous les hommes ». En effet, en posant tel ou tel choix politique, affectif, etc. j'en affirme la valeur, et la valeur pour la totalité de l'humanité. Cette liberté, nous nous la masquons la plupart du temps, car elle est terriblement difficile à assumer. Il vaut lapeine de citer le passage où Sartre résume et sa position philosophique et son athéisme, et décrit l'angoisse qui peut nous atteindre quand nous comprenons notre liberté. « Dostoïevsky avait écrit : « Si Dieu n'existait pas, tout serait permis ». C'est là le point de départ de l'existentialisme [...]. Autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est libéré. Si, d'autrepart, Dieu n'existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notreconduite. Ainsi, nous n'avons ni devant nous, ni derrière nous, dans le domaine lumineux des valeurs, desjustifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuse. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme estcondamné à être libre. » Etre condamné à la liberté signifie être totalement libre et par suite responsable, devant les autres et devant soi-même, d'une conduite qui n'est guidée par aucune valeur prédonnée. Nul Dieu, nulle Eglise, nul credo ne peuventdéfinir à l'avance notre conduite ni la justifier. A chaque fois, dans chaque situation concrète, nous avons à nousengager, à choisir, à agir, sans qu'aucune ligne de conduite ne soit fixée à l'avance. C'est pourquoi, aussi exaltante que soit notre liberté, elle sonne comme une condamnation, et produit de l'angoisse,cette angoisse que Sartre décrira dans « La Nausée ». Ainsi nous tentons de nous défaire de cette responsabilité. C'est alors une conduite que Sartre qualifie de « mauvaise foi ». « L'Etre & le Néant » en donne un exemple cocasse. Soit une jeune femme qui se rend à un rendez-vous galant. Elle sait pertinemment à quoi elle s'attend, mais elle refuse de céder ou de rompre immédiatement. Elle refuse en unsens de faire usage de sa liberté. Par suite, dit Sartre dans une description qui est un morceau d'anthologie, elle abandonnera sa main, mais « comme si » elle ne s'en apercevait pas, ce qui est à la fois une façon d'accepter l'invitation et de la dénier : une façon de se démettre de sa capacité de choix. Cet exemple d'ordre intime peut seredoubler de l'exemple politique de Garcin dans « Huis-clos » : celui-ci refuse de reconnaître qu'il a agi de la dernière des façons possibles dans l'ordre politique en cédant à la lâcheté. Sartre ne nie pas le conditionnement social ou historique. A l'inverse celui-ci forme des « situations ». Mais s'il est donné à tout homme d'agir en situation, dans des conditions données, sociales, historiques, familiales, celles-ci nedéfinissent en rien un déterminisme qui aliénerait notre liberté. En déclarant « nous n'avons jamais été aussi libres que sous l'occupation allemande », Sartre n'est pas seulement provocant. Il entend aussi signifier que la liberté d'action et de choix, aussi douloureuse et difficile soit-elle, est toujours entière. La « condamnation » à la liberté signifie que nous sommes responsables d'une conduite qui n'est guidée et justifiée par aucune valeur préétablie, aucune norme, aucun destin. L'homme est essentiellement un projet, il se définit parses actes, sans qu'aucune excuse ne vaille. Nous avons à assumer l'angoisse d'une telle liberté, au lieu de sombrerdans la mauvaise foi. À la différence des choses (la carafe d'eau, le coupe-papier...) qui ont été pensées avant d'être réalisées, l'hommen'a pas d'essence prédéfinie, il existe d'abord ; ce qu'il est, il le devient chaque jour par l'ensemble des choix qu'ilopère. Nous sommes toujours contraints de nous déterminer, sans cesse contraints de choisir: « L'homme est libre,note-t-il, parce qu'il peut toujours choisir d'accepter son sort avec résignation ou de se révolter contre lui. »Ainsi la liberté s'accompagne-t-elle d'un véritable sentiment d'angoisse. Que ferai-je? Je n'en sais rien précisémentparce que je suis libre. Si j'étais bête, machine ou chose, je ne redouterais rien parce que la nature ou quelqueautre concepteur aurait prévu les choses à l'avance pour moi. Mais je suis libre et de cette liberté naissentl'angoisse, le risque de la liberté.Les hommes aimeraient très souvent feindre de ne pas être libres, faire comme s'ils étaient déterminés à la manièredes choses. Sartre nomme cette attitude « la mauvaise foi ». La liberté est implacable, c'est pour cela qu'elle esteffrayante et risquée. artre: Le quiétisme, c'est l'attitude des gens qui disent : les autres peuvent faire ce que je ne peux pas faire. La »

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