Devoir de Philosophie

Peut-on opposer le devoir à la liberté ?

Publié le 24/02/2005

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Lui-même s'il était chef donnerait donc exactement les mêmes ordres. Ceci éclaire l'idée chère à Rousseau de volonté générale. La volonté générale n'est plus ici le caprice contingent d'une majorité électorale, mais l'expression pure et simple des exigences de la raison universelle. Dès lors le chef n'est plus de droit divin et s'il est un tyran qui trahit les exigences de la raison, le peuple a le droit, mieux le devoir, de lui demander de renoncer à son poste. Le devoir n'émane que de moi "Il y a au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu", dit Rousseau. Le devoir n'est donc pas une obligation extérieure, mais émane de ma propre conscience qui me dicte ce qui est bien et ce qui est juste. Si je décide moi-même ce que je dois faire, ce qui est le propre de tout individu autonome et responsable, alors je suis libre. « L'impulsion du seul appétit, dit Rousseau, est esclavage, et l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. » Le même raisonnement qui fait qu'obéir à la loi morale n'est obéir qu'à soi-même fait qu'obéir à la loi civile est être libre. La liberté politique, en effet, ne consiste pas à faire tout ce que l'on veut, selon quoi, à l'époque des Grecs, seul le roi des Perses était libre, mais à être citoyen d'une république, c'est-à-dire avoir le droit de poser les lois, et le devoir d'y obéir.
Angle d’analyse : Les inventeurs du régime républicain, les grecs, eurent à défendre leurs cités contre une invasion par l’Empire perse. De cette guerre, la bataille des Thermopyles est demeurées célèbre : trois cents spartiates, pour n’avoir pas fui, périrent en tentant de stopper pendant deux jours l’avancée de dizaines de milliers de soldats ennemis. Sur le lieu de leur mort, leur épitaphe était : « Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts d’obéir à ses lois. « Ils ont montré ainsi que le sens du devoir peut-être plus fort que la volonté de vivre ; on peut célébrer leur gloire et leur amour de la liberté, mais on peut déplorer qu’un prétendu devoir les ait envoyés à une mort certaine. S’ils avaient eu le choix, peut-on penser, ils auraient probablement préféré vivre ; le devoir a eu raison de leur bon sens, et de leur libre choix. La contrainte du devoir s’oppose-t-elle ainsi toujours à la liberté ? On a vu que la liberté est très complexe à définir en tant que telle (sans qu’elle ne soit qu’illusion). Il s’agira donc ici, à travers l’articulation au devoir, de redéfinir tout au long du développement le concept de liberté pour en découvrir l’essence. De plus, la question (« peut-on «) nous interroge sur la question de la légitimité d’une telle opposition. Il faudra donc voir si cette opposition est ou non fondée en raison, si donc elle correspond réellement à une définition et de la liberté et du devoir conforme à leur essence. Problématique : Peut-on, en droit, opposer la liberté au devoir, autrement dit, le devoir exclut-il nécessairement la liberté ? Tout se passe comme si le sens commun considérait que, là où il y a devoir, il ne peut y avoir de quelconque liberté, et réciproquement. Or, une telle opposition est-elle légitime ? Ne peut-on pas, à travers une redéfinition des deux concepts, les faire coexister, voire mettre à jour leur interdépendance ?


« comme une contrainte imposée de l'extérieur, que nous avons cependant intériorisée.

Suivre ses penchantsc'est suivre sa propre nature, c'est très exactement faire ce que l'on veut, puisque nous sommes la source denos penchants.À l'épanouissement des penchants s'oppose la contrainte des lois morales.

Dans ces situations où devoir etbonheur s'opposent, la loi morale est limitative de la liberté, puisqu'elle tend à nous empêcher de faire ce quenous voulons.

S'affranchir de la pression de toute loi pour ne suivre que l'anarchie des penchants et desdésirs, c'est le vrai bonheur, qui coïncide avec la vraie liberté.L'homme libre se veut amoral : refusant de se soumettre à la contrainte du devoir, mais aussi refusant de voiren lui-même l'origine de la loi morale, il ne reconnaît comme s'appliquant à lui que la loi du bonheur maximum.La plus grande liberté, semble-t-il, est finalement la licence du tyran qui assouvit toutes ses passions contretous les autres, s'assurant l'impunité totale que lui offre aux yeux de la justice et de la morale, selon Platon,l'anneau de Gygès qui rendait invisible.

[Le devoir est la condition de possibilité de la liberté.

Respecter son devoir, c'est se respecter soi-même et respecter autrui.

Le devoir est nécessaire à la survie de l'humanité.] J'accomplis librement mon devoirC'est une tentative au plus haut point condamnable que de vouloir tirer de ce qui se fait les lois de ce que jedois faire ou de vouloir les y réduire», dit Kant dans Critique de la raison pure.

La pression sociale ne sauraiten aucun cas me dicter mon devoir.

Je trouve celui-ci plutôt à l'intérieur de moi-même, librement, commeimpératif catégorique, comme loi universelle de la raison.Kant a souligné l'importance de l'autonomie morale : je suis soumis àune loi dont je suis moi-même le législateur et tous les hommes, sujetsraisonnables, se trouvent soumis à la même loi.

«Agis toujours de tellesorte que tu considères ta volonté raisonnable comme instituant unelégislation universelle.» Le devoir est une loi de la raison. «Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans tapersonne que dans la personne de tout autre toujours en même tempscomme une fin et jamais simplement comme un moyen.» Kant,Fondements de la métaphysique des moeurs (1785). • L'impératif catégorique de Kant est distinct du commandementchristique quant à son fondement.

En effet le commandement d'amourdu Christ vient de l'extérieur et est fondé sur un commandementantérieur qui prescrit l'obéissance inconditionnelle au Christ.

L'impératifkantien vient, lui, de la raison.

C'est en nous-mêmes que nous letrouvons, comme une structure de notre propre esprit, qui fonde notremoralité.• Que ce soit un «impératif» ne signifie pas que nous soyons contraintsà nous y plier, mais il est en nous comme une règle selon laquelle nouspouvons mesurer si nos actions sont morales ou non (d'où la «mauvaise conscience»).• Il se distingue aussi par sa portée.

En effet, traiter les autres «comme une fin» ne signifie pasnécessairement les «aimer».

C'est à la fois moins exigeant, car il s'agit «seulement» de les respecter, enreconnaissant en eux la dignité humaine.

Mais c'est aussi plus exigeant, car il faut maintenir le respect mêmequand on n'aime pas! C'est là que le «devoir» est ressenti comme tel. La société idéale apparaît alors comme une république d'hommes libres dont l'harmonie résulte de ce quechacun pose pour lui-même ainsi que pour les autres des règles universellement valables.

Dans cette sociétédémocratique le subordonné obéira au chef sans renier l'autonomie de la conscience parce que ce que sonchef lui commande est ce que sa propre raison (qui est la raison universelle) lui dicte.

Lui-même s'il était chefdonnerait donc exactement les mêmes ordres.

Ceci éclaire l'idée chère à Rousseau de volonté générale.

Lavolonté générale n'est plus ici le caprice contingent d'une majorité électorale, mais l'expression pure et simpledes exigences de la raison universelle.

Dès lors le chef n'est plus de droit divin et s'il est un tyran qui trahit lesexigences de la raison, le peuple a le droit, mieux le devoir, de lui demander de renoncer à son poste. Le devoir n'émane que de moi"Il y a au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu", dit Rousseau.

Le devoir n'est donc pas uneobligation extérieure, mais émane de ma propre conscience qui me dicte ce qui est bien et ce qui est juste.

Si. »

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