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Peut-on parler de sociétés en avance et de sociétés en retard ?

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Prenons un voyageur occidental ordinaire. Plongeons-le dans une région reculée de Chine ou d'Amérique latine. Qu'advient-il ? N'aura-t-il pas l'impression de faire un voyage non seulement dans l'espace mais aussi dans le temps? Comme l'écrit Claude Lévi-Strauss au début de Tristes Tropiques, ce voyageur a le sentiment, en franchissant des milliers de kilomètres, de retrouver des sociétés appartenant à un siècle passé. Alors peut s'affirmer en lui la conviction qu'il existe des peuples en avance et d'autres en retard, qui, eux, peinent à les rejoindre.

« certaines sociétés ne paraît évidente et naturelle que parce qu'elle s'appuie sur une longue histoire et sur la forcesouveraine de l'habitude. La thèse selon laquelle il y aurait des sociétés en avance et des sociétés en retard nous apparaît commeinacceptable d'abord du point de vue de ses conséquences. Les sociétés « en avance » peuvent en effet seprévaloir de cette avance pour dominer les autres sociétés. Elles auraient en effet le devoir d'aider les autressociétés à les rattraper. Cette conception est contestable également du point de vue des principes, car elle nie l'égalité des hommes et ledroit à la différence, ce que contestent les philosophes comme Montaigne (Essais, livre I, « Des cannibales ») qui necroient pas à la supériorité d'une civilisation par rapport à une autre et qui s'ingénient à trouver des supérioritéschez les « sauvages ». Toutefois, les objections simplement éthiques opposées à cette thèse ne sont-elles pas insuffisantes? Le partisande la hiérarchie des sociétés peut aisément répondre qu'il a de l'homme une tout autre idée et qu'il a des valeursmorales différentes. Pour lui, aider les sociétés archaïques à combler leur retard est plus moral que de les laissertelles qu'elles sont, en arguant de l'égalité naturelle entre leshommes. On peut contester d'une façon très différente la hiérarchie couramment acceptée entre les sociétés. Il ne suffit eneffet peut-être pas de montrer qu'elle est condamnable. Il convient surtout de voir si elle n'est pas tout simplementfausse. Opposer les Barbares aux Grecs, les Sauvages aux Civilisés, les « avancés » et les « sous-développés », c'est biensouvent être victime d'une illusion. C'est adopter ce que Platon nomme, du nom d'un oiseau réputé dans l'Antiquitépour son intelligence, « le point de vue de la grue ». Dans le dialogue Le Politique, Socrate le jeune, qu'il convient dedistinguer du maître de Platon, opère une série de distinctions entre les êtres vivants. Parvenu aux hommes, il lesdivise immédiatement en Grecs, d'un côté, et en Barbares, de l'autre. Mais le porte-parole de Platon, l'Étranger, luifait alors cette remarque : « Si j'interrogeais une grue et non un Grec, que me dirait-elle? Elle diviserait les animauxen plaçant à part l'espèce des grues, et en lui opposant tous les autres êtres vivants. Tu fais comme elle. » Demême, celui qui croit à la hiérarchie des sociétés adopte un point de vue qui n'est pas objectif. Il reste tributairedes préjugés du groupe auquel il appartient. Il est victime d'une illusion ethnocentriste. Allons plus loin et contestons la possibilité même d'une hiérarchie objective des sociétés. Comme le note ClaudeLévi-Strauss dans Race et Histoire, il est impossible de prétendre que telle société est supérieure à telle autre. Eneffet, pour juger du retard ou de l'avance d'une société, il faut recourir à un critère. Or, chaque société possèdedes valeurs différentes pour estimer le progrès ou la régression. Ainsi, si la norme du progrès est le développementtechnique et la puissance des machines, c'est l'Occident qui est supérieur. Mais si le signe de l'avancement estl'adaptation à des milieux hostiles, alors la palme du progrès revient aux Inuits ou aux Bédouins. Les critères dejugement étant toujours relatifs à une société donnée, il n'y a aucun sens à parler d'une supériorité absolue de telleou telle société, si ce n'est en adoptant justement le point de vue de ces sociétés. Dire « cette société est plusavancée, plus civilisée ou supérieure », ce n'est rien d'autre que dire : « cette société est la mienne ». Les sociétés nous paraissent assez naturellement hiérarchisées. Comment contester l'existence de communautésarchaïques et de civilisations à la pointe du progrès? Leur avance n'est-elle pas évidente? Adopter ce point de vue, c'est pourtant s'opposer au respect des différences et à l'égalité naturelle des hommes.Mais c'est surtout être victime de l'illusion que sa propre société peut être reconnue supérieure par une normeobjective. C'est ainsi oublier que chaque société crée ses propres valeurs aux yeux desquelles elle sera toujours laplus avancée. »

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