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Peut-on parler en histoire de petites causes et de grands effets

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En histoire, petites causes, grands effets. ANECDOTE: Si le nez de Cléopâtre avait été plus court, écrit Pascal, toute la face de la Terre aurait changé. Que voulait-il dire par là ? Si Marc-Antoine, amoureux de la reine d'Égypte, avait préparé son combat contre Octave au lieu de compter fleurette à la belle, il serait devenu empereur à la place de son rival. En changeant de chef, Rome aurait changé le monde. Ainsi, l'histoire tient-elle à des riens, à des hasards insignifiants que Pascal s'empresse de rallier afin de faire une apologie du Dieu du christianisme. Comment comprendre cette formule pour pouvoir l'accepter ? B. Signification à rejeter. - Si nous comprenons par cause l'antécédent qui produit un événement, la formule « petites causes, grands effets » est évidemment fausse.

« C. Signification à retenir. — La formule « petites causes, grands effets » n'est donc acceptable que si on prend le mot « cause » dans un sens large pour désigner tout antécédent qui conditionne ou occasionne les changementsobservés. a) Le plus souvent la petite cause à laquelle on attribue de grands effets n'est que la condition, c'est-à-dire ce quipermet à la cause de produire son effet. Ainsi c'est le courant électrique qui fait tourner les moteurs, porte àl'incandescence le filament de nos lampes, chauffe les résistances de notre radiateur; en abaissant la manette quiferme le circuit, l'agent ne fait que rendre possible le passage du courant. De même, le servant d'artillerie qui, aucommandement, tire sur la ficelle pour déclencher le percuteur et le percuteur lui-même, qui enflamme l'amorce, nesont pas la cause du coup de canon : si l'obus part, c'est à cause de l'explosion de la charge de poudre; l'explosionde l'amorce, à elle seule, n'aurait produit aucun effet de cet ordre. Il en est de même de l'allumette jetée par lefumeur : en définitive, si les broussailles et les pins brûlent, c'est parce qu'ils sont combustibles; aussi lorsqu'uneville bâtie en bois est dévastée par le feu le matériau de construction est considéré comme la cause principale dusinistre. Si une petite cause paraît parfois produire de grands effets, c'est le plus souvent qu'on prend une conditionpour la cause véritable. b) En histoire et dans les actions humaines en général intervient aussi l'occasion qui peut, elle aussi, être confondueavec la cause. Pas plus que la condition, l'occasion ne produit pas l'effet; elle ne conditionne même pas strictement,comme cette dernière, l'action de la cause véritable. Elle constitue seulement, pour l'agent réfléchi et libre qu'estl'homme, une circonstance favorable à l'action. Deux jeunes gens s'ignoraient : une rencontre fortuite chez des amiscommuns, un renseignement demandé à la sortie d'un cours occasionnent des relations qui aboutiront à cet effetimportant qu'est un mariage. Cette occasion, sans laquelle le mariage n'eût vraisemblablement pas eu lieu, serafacilement considéré comme une cause. Mais il est enfantin de montrer par la méthode de concordance et dedifférence qu'il n'y a pas là un rapport de causalité : ces jeunes gens ont fait bien des rencontres analogues et c'estseulement celle-là qui a abouti à un mariage; la cause véritable est donc en eux-mêmes, dans les qualités qui lesprédestinaient à se plaire. Si le nez de Cléopâtre eut une grande influence sur la marche du monde, c'est par suitede l'occasion qui la mit en face d'Antoine; mais c'est la beauté de Cléopâtre et non cette rencontre qui arrêta lesardeurs conquérantes d'Antoine : aussi ne peut-on pas dire : petite cause, grands effets. ANECDOTE: Si le nez de Cléopâtre avait été plus court, écrit Pascal, toute la face de la Terre aurait changé. Que voulait-il dire par là ? Si Marc-Antoine, amoureux de la reine d'Égypte, avait préparé son combat contre Octave aulieu de compter fleurette à la belle, il serait devenu empereur à la place de son rival. En changeant de chef, Romeaurait changé le monde. Ainsi, l'histoire tient-elle à des riens, à des hasards insignifiants que Pascal s'empresse derallier afin de faire une apologie du Dieu du christianisme. Sans doute, ce sont ces petites causes plus exactement dénommées condition et occasion qui déterminent le coursde l'histoire et en particulier l'individualité de l'homme et son existence : sans ce coup de vent, ma pinède n'eût pasété ravagée par le feu; si je n'avais pas rencontré ce camarade, je ne serais pas officier de marine ou administrateurcolonial; si la jeune fille qui devait être ma mère n'était pas allée à cette réunion, je ne serais pas né ou je serais néautre, ce qui revient au même. Aussi l'individu qui réfléchit aux circonstances qui l'ont fait ce qu'il est, et mêmel'historien qui s'intéresse à l'individuel ne peuvent pas s'empêcher de mettre en relief des circonstances qui, pour lui,ont des conséquences si importantes. Mais le savant proprement dit, dont l'objet propre est le général, lesconsidère comme sans importance pour l'intelligibilité du réel : les mêmes causes produisent toujours les mêmeseffets et des effets qui leur sont proportionnés; le hasard qui a réuni un complexe déterminé de causes, étant pardéfinition inintelligible, reste hors de son domaine. CONCLUSION. — C'est précisément parce qu'elle cherche à expliquer l'individuel et par suite est obligée de recourir à ces « petites causes » que sont les conditions, les occasions ou le hasard que l'histoire diffère des autressciences. Tandis que la physique est le règne de la stricte causalité, la causalité dans le domaine historique neprésente pas cette rigueur; si elle était trop rigoureuse, nous n'aurions plus affaire à . l'histoire : « Toute successionn'est pas historique, il faut encore qu'elle ne s'explique pas intégralement par des lois. Le fait historique est paressence irréductible à Tordre : le hasard est le fondement de l'histoire ». C'est parce qu'elle doit tenir compte duhasard que l'histoire, bien plus que les autres sciences, provoque la réflexion : « petites causes, grands effets ». »

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