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Peut-on réduire le vivant à de la simple matière ?

Publié le 17/01/2022

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Le monde matériel obéit à des lois immuables et nécessaires. Dans ce monde régi par le déterminisme le plus strict, le vivant introduit l'indétermination et la spontanéité ; d'une façon toujours imprévisible, il « se nourrit» en effet de la matière pour la transformer à son profit. « Dieu et la Nature ne font rien en vain. » Aristote, Du ciel, ive s. av. J.-C. « La biologie moderne a l'ambition d'interpréter les propriétés de l'organisme par la structure des molécules qui le constituent. » François Jacob, La Logique du vivant, 1970. « Toutes les propriétés de la matière vivante sont, au fond, ou des propriétés connues et déterminées, et alors nous les appelons propriétés physico-chimiques, ou des propriétés inconnues et indéterminées, et alors nous les nommons propriétés vitales.

« public s'en fait. La dignité de l'être humain est une valeur inaliénable : absolue (elle ne dépend d'aucune autre) et universelle (elle concerne tous les êtres humains sans exception).Une expérience qui traite l'être humain comme un moyen est possible, voire nécessaire, dans le champ des sciences humaines (psychologie, sociologie) ; elle est éthiquement et juridiquement interdite en biologie.

Si l'homme, entant que vivant, n'était que de la simple matière, comment ce double interdit pourrait-il se comprendre ?Mais l'homme est loin d'être le seul être vivant sur Terre, et s'il est le seul à mériter le respect – valeur éthique qui ne peut en effet s'adresser qu'à un sujet –, il n'est pas le seul à souffrir.

L'opinion a quelque raison de s'émouvoir àpropos d'expériences de laboratoire qui ont donné de certains ami-.

maux des images de suppliciés• L'analyse pourrait s'arrêter là.

Mais il convient de garder toujours présent à l'esprit le concept central de la question posée : qu'est-ce qu'un vivant ?Cela dit, lorsque nous parlons de vivant, nous englobons sous un même et simple terme un monde immense, qui va de la bactérie à l'homme, en passant par tous les végétaux et tous les animaux.

Monde si hétérogène et si variéqu'il semble raisonnable d'établir quelques distinctions.Le vivant commence avec la cellule.

Nul ne s'offusquera que l'on puisse cultiver de la peau ou manipuler génétiquement un insecte : ce disant, on traite bien le vivant comme de la simple matière.Les problèmes éthiques commencent avec les animaux.

Mais quels animaux ? Les végétariens assimilent les abattoirs à des camps d'extermination, et des ligues de protection des « droits » des animaux voudraient faire interdiretoute expérimentation animale.

Les images de macaques sanglés comme des condamnés à la chaise électrique ne doivent cependant pas nous faire oublier que les animaux les plus utilisés en laboratoire, ceux qui ont été à l'originedes découvertes les plus importantes en génétique ont été Escherischia Coli (une bactérie) et la Drosophile (une mouche).Même si évidemment aucune frontière précise ne peut être tracée, on distinguera les animaux supérieurs et les autres d'une part, les animaux et les hommes d'autre part.La question posée pèche donc par son indétermination : le vivant est un concept commode mais trop extensif.Une autre distinction peut être déduite des deux parties du développement : celle qui sépare le plan théorique de l'étude et de la recherche, d'un côté, et le plan pratique, de l'autre.

Certes, la science biologique, parce queexpérimentale, mêle ces deux plans : sa recherche est aussi une pratique.

Mais on accordera qu'autant une réduction théorique du vivant à de la simple matière n'a rien de scandaleux, autant le Lit de traiter pratiquement certainsvivants comme de la simple matière est impossible pour les raisons éthiques exposées ci-dessus.

Si tous les vivants doivent être étudiés, ils ne peuvent être exploités sans restriction. « La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort.

» Bichat, Recherches physiologiques sur la vie et la mort, 1800. « La vie est l'ensemble des fonctions capables d'utiliser la mort.

» Henri Atlan, Entre le cristal et la fumée, 1979. « La faculté d'un être d'agir selon ses représentations s'appelle la vie.

» Kant, Doctrine du droit, 1797. « La vie apparaît comme un courant qui va d'un germe à un germe par l'intermédiaire d'un organisme développé.

» Bergson, L'Évolution créatrice, 1907. Ce courant, c'est précisément l'élan vital, qui se transmet d'individu à individu, de génération à génération, d'espèce à espèce en s'intensifiant toujours davantage et en créant perpétuellement de nouvelles formes, plus complexesque les précédentes.

« Je suppose que le corps n'est autre chose qu'une statue ou machine de terre [...].

Dieu met au-dedans toutes les pièces qui sont requises pour faire qu'elle marche, qu'elle mange, qu'elle respire...

» Descartes, Traité de l'homme, 1662 (posth.) « Chaque corps organique d'un vivant est une espèce de machine divine, ou d'automate naturel, qui surpasse infiniment tous les automates artificiels.

» Leibniz, La Monadologie, 1721 (posth.) « Lorsque les hirondelles viennent au printemps, elles agissent en cela comme des horloges.

» Descartes, Lettre au Marquis de Newcastle, 1646. « Mettez une machine de chien et une machine de chienne l'une auprès de l'autre, et il en pourra résulter une troisième petite machine, au lieu que deux montres seront auprès l'une de l'autre, toute leur vie, sans jamais faire unetroisième montre.

» Fontenelle, Lettres galantes, 1742. « La pensée du vivant doit tenir du vivant l'idée du vivant.

» Canguilhem, La Connaissance de la vie, 1952. « La vie est [...] la liberté s'insérant dans la nécessité et la tournant à son profit.

» Bergson, L'Énergie spirituelle, 1919. La vie, pour Bergson, tranche radicalement sur la matière.

Le monde matériel obéit à des lois immuables et nécessaires.

Dans ce monde régi par le déterminisme le plus strict, le vivant introduit l'indétermination et la spontanéité; d'une façon toujours imprévisible, il « se nourrit» en effet de la matière pour la transformer à son profit.

« Dieu et la Nature ne font rien en vain.

» Aristote, Du ciel, ive s.

av.

J.-C. « La biologie moderne a l'ambition d'interpréter les propriétés de l'organisme par la structure des molécules qui le constituent.

» François Jacob, La Logique du vivant, 1970. « Toutes les propriétés de la matière vivante sont, au fond, ou des propriétés connues et déterminées, et alors nous les appelons propriétés physico-chimiques, ou des propriétés inconnues et indéterminées, et alors nous lesnommons propriétés vitales.

» Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, 1865. L'élan vital n'est invoqué, selon Claude Bernard, que pour expliquer les phénomènes obscurs et inexplicables, dont la physique et la chimie sont incapables de rendre compte : « quand nous qualifions un phénomène de vital, celaéquivaut à dire que c'est un phénomène dont nous ignorons la cause prochaine ou les conditions ».

« On voit dans les plantes mêmes les choses utiles se produire en vue de la fin, par exemple les feuilles en vue d'abriter le fruit.

» Aristote, Physique, Ive s.

av.

J.-C. Le finalisme postule que la nature ne fait en rien en vain, que tout ce qu'elle produit existe en vue d'une fin.

Ainsi, tous les organes de la plante s'expliquent par le fait qu'ils visent chacun un but précis, qui participe à la survie ou à lareproduction de la plante.

Si la forme des feuilles est adaptée à la protection du fruit, c'est bien que cette protection constitue la « cause finale » (ou la fin) des feuilles.

« Aucun organe de notre corps [...] n'a été créé pour notre usage; mais c'est l'organe qui crée l'usage.

» Lucrèce, De la Nature, nef s.

av.

J.-C.. »

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