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Peut-on satisfaire le désir par l'imagination ?

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  l'imagination pourrait bien être impuissante à calmer le désir en raison précisément de sa puissance à le ressusciter ! User de son imagination pour répondre au désir ne correspond-il pas alors à une affaire morale de prise en charge ?   Développement :   [ I) OUI ] L'imagination répond adéquatement au désir.           [ A) parce que ] le désir préfère l'imaginaire. lorsque nous éprouvons du désir pour une personne, nous lui attribuons souvent des qualités parfaitement imaginaires, si bien que l'amour semble inséparable de l'imagination. La présence de l'être aimé contribue en effet moins au développement du désir que son absence. L'imagination lui invente alors mille perfections : elle accomplit une étonnante opération de « cristallisation » selon l'expression de Stendhal : un banal rameau d'arbre, jeté dans les mines de sel de Salzbourg ( Autriche ), en est retiré 3 mois après, couvert de cristallisations brillantes. De même, l'objet aimé, grâce au travail de l'imagination, cristallise autour de lui un ensemble de souvenirs et de rêves. Que serait la passion sans cette cristallisation de l'imagination, qui véritablement l'engendre ou la recrée ? A peu près rien, peut-être un pur néant affectif !... : « Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opération de l'esprit qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections » ( Stendhal, De l'amour ).

« [ B) parce que ] Imagination et désir ont le même mouvement.Imagination et désir ont le même mouvement d'expansion indéfinie, voire infinie. Aussi peut-on, à la suite de Platon, lescomparer à la punition des Danaïdes. D'après la mythologie grecque, ces soeurs furent condamnées à remplir d'eau un tonneausans fond. De même que leur tâche est sans fin, de même, la satisfaction complète du désir est impossible : il imaginera toujoursun objet plus parfait. Il ne peut donc jamais être contenté par la réalité : cette dernière est toujours plus pauvre quel'imaginaire. Comme le fait remarquer Rousseau dans la Nouvelle Héloïse : l'imagination est cette force qui fait apparaître des biens inexistants auxquels le désir aspire. La jouissance cesse quand la possession de l'objet du désir est effective. [ Transition ] Mais sans possession effective de l'objet, la jouissance de l'homme à travers de le désir n'est-elle pas vaine ou illusoire dans la mesure ou le désir le place dans la recherche d'un objet toujours idéal, parfait, jamais vraiment possédé, mêmepar l'imagination ? Pour satisfaire le désir, ne faut-il pas l'éteindre par la concrétisation de sa fin. Ne faut-il pas pour celaprendre en charge, voire même restreindre, moralement l'imagination expansive ? [ III) OUI, mais ] Nos désirs peuvent être réfrénés par notre imagination. [ A) parce que ] L'imagination est le meilleur moyen de « colmater » le désir.Le premier remède au malheur que nous prépare cette spirale du désir est de mettre un frein à notre imagination. C'est lasolution adoptée par Descartes dans sa « morale provisoire » du Discours de la méthode. En forçant l'imagination à restreindre son développement en l'empêchant de se figurer des objets impossibles à atteindre, nous pouvons mettre un terme à l'expansiondu désir. En désirant seulement ce qui est en notre pouvoir, nous rendons possible notre satisfaction. En somme, nous« colmatons » le tonneau des Danaïdes.Bien plus, ou peut utiliser les ressources de l'imagination pour détourner le désir de son aspiration première. A la satisfactionqu'il vise, on en substitue une autre que l'imagination doit lui présenter comme équivalente. Dans le processus de« sublimation », par exemple, le désir se détourne de son objectif originellement sexuel et croit trouver son assouvissementdans un travail socialement valorisé. L'éducation de l'imagination met ici fin à la fuite en avant du désir.Mais n'est-ce pas risqué d'utiliser l'imagination sachant que sans elle, nous ne serions jamais soumis au désir ? [ B) parce que ] L'imagination libère l'homme de son désir. Sans l'imagination, nous resterions toujours rivés au pur et simple besoin. Tout comme les animaux, nous trouverions aisémentnotre satisfaction : l'imagination nous prive donc d'une félicité immédiate. Mais de la sorte, elle nous libère aussi de l'instinct.elle est l'instrument de notre asservissement au désir, mais l'instinct n'est-il pas un maître encore plus implacable ?Ceci dit, l'imagination fournit aussi à l'homme, dans l'invention technique par exemple, les moyens de se libérer des désirsqu'elle fait naître par ailleurs. En élaborant les moyens d'une satisfaction réelle, elle limite, au moins en partie, le pouvoir dudésir. Conclusion : Bien que l'imagination sert et alimente, dans sa spirale sans fin, le désir et même la passion, elle est la puissance appropriéepour pouvoir en contre-coup les contrecarrer. Certes, l'imagination entraîne le désir dans une perpétuelle renaissance,précisément parce qu'elle est en dehors de la réalité. Mais le désir, lui-même d'essence irréelle, entraîne l'homme dans uneinadaptation à la réalité. C'est donc seulement l'imagination, disciplinée et éduquée, qui est la force requise pour pouvoiramener l'homme dans le sens de la réalité ; en le mettant en confrontation à la réalité, le désir s'estompe, n'a plus lieu d'êtresoit parce que l'objet imaginé est inaccessible dans le réel, soit parce que la concrétisation de la fin du désir produit lasatisfaction de celui-ci : la satisfaction met alors un terme à ce désir.L'imagination reste donc le moyen de l'extinction, sur laquelle l'homme peut agir et maîtriser, avant d'être son supportprivilégié. »

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