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Platon: La vertu peut-elle s'enseigner ?

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Si tu veux bien réfléchir, Socrate, à l'effet visé par la punition du coupable, la réalité elle-même te montrera que les hommes considèrent la vertu comme une chose qui s'acquiert. Personne, en effet, en punissant un coupable, n'a en vue ni ne prend pour mobile le fait même de la faute commise, à moins de s'abandonner comme une bête féroce à une vengeance dénuée de raison : celui qui a souci de punir intelligemment ne frappe pas à cause du passé - car ce qui est fait est fait - mais en prévision de l'avenir, afin que ni le coupable ni les témoins de sa punition ne soient tentés de recommencer. Penser ainsi, c'est penser que la vertu peut s'enseigner, s'il est vrai que le châtiment a pour fin l'intimidation. PlatonCe texte s'insère dans une argumentation plus générale visant à prouver que la vertu s'acquiert. Cela signifie qu'on ne naît pas vertueux ou que la vertu n'est pas innée, mais qu'on devient vertueux ou que la vertu s'apprend, donc s'enseigne (dernier mot de l'extrait). La première phrase du texte pose cette thèse et la dernière la reprend. Le corps du texte a pour but de l'argumenter en l'étayant par un exemple : celui de la justice, plus précisément du châtiment réservé au coupable. L'ensemble se présente donc sous une forme démonstrative : énoncé de la thèse, démonstration, et reprise de la thèse à partir de l'exemple choisi (le châtiment).

« Le châtiment dans l'éducation pose en réalité le problème de la responsabilité, à deux niveaux. Du côté del'éducateur tout d'abord. De quel droit s'autorise-t-on à châtier autrui, et quand doit-on considérer que lesfrontières de la domination et de l'humiliation ont été franchies ? Du côté de la personne considérée commecoupable de l'autre : la punir, c'est postuler qu'elle a été libre, libre d'avoir agi autrement et libre de s'amender, enprogressant vers le mieux. Mais si elle est libre, en quoi le châtiment est-il susceptible de l'influencer ? [I. Il n'y a pas d'éducation digne de ce nom sans châtiment] [1. Montrer la faute et intimider pour faire progresser] La punition constitue pour l'éducateur un moyen de grossir la faute commise et d'intimider le coupable afin qu'il nerecommence pas, donc qu'il progresse. Elle fixe des barrières ou des lois et définit le domaine de ce qui estmoralement acceptable ou irrecevable. Elle donne des points de repère et permet à l'individu, par exemple à l'enfant,de s'orienter. [2. Sans châtiment, l'idée même d'éducation n'aurait plus de sens] Si le châtiment, au moins sous la forme élémentaire de la réprobation, n'existait pas, alors tout serait permis et toutse vaudrait. Toute norme du bien et du mal disparaîtrait. Cette forme politique et morale d'anarchie nous ramèneraitrapidement à l'état de nature défini par Hobbes comme la « guerre de chacun contre chacun » et le « droit de toussur toute chose ». Si l'on ne risque pas d'être puni, c'est la porte ouverte à la licence. Chacun redevient, commel'explique bien Platon, une « bête féroce ». [3. Le châtiment postule la liberté et la responsabilité du coupable] Châtier un individu, c'est le considérer comme responsable de ses actes, c'est-à-dire comme leur auteur et commecelui qui doit en répondre devant autrui. Car pourquoi punir celui qui ne sait pas ce qu'il fait ? Punir, c'est postuler lecoupable capable de comprendre le bien fondé du châtiment, et de s'amender. C'est le respecter (au sens kantien).En ce sens, c'est l'éduquer, à se servir droitement de sa raison pratique comprise comme faculté de distinguer lebien du mal, et à tirer profit de ses fautes pour devenir meilleur. Les parents punissant l'enfant lui font ainsipromettre de « ne plus recommencer ».Mais si le coupable est libre et responsable, pourquoi le châtier ? Au nom de quoi prétend-on lui présenter un bien etun mal « en soi », et peut-on vraiment intervenir de l'extérieur dans un cheminement (l'éducation) qui doit avanttout être personnel ? [II. Le chemin vers l'éducation doit avant tout être personnel] [1. La crainte ne suscite pas l'obéissance] Rousseau l'a montré contre Hobbes : la force ne fait jamais droit si elle ne transforme l'obéissance en devoir. Celasignifie que la crainte du châtiment n'a en tant que telle aucune valeur éducative. Pour être suivie d'effet, lapunition doit montrer la légitimité de la voie à emprunter et doit être intériorisée par le « coupable ». S'il encomprend le bien-fondé, alors il pourra progresser. Dans le cas contraire, le châtiment sera assimilé à une pureinjustice et fomentera la rébellion. C'est la faille de tout régime despotique ou dictatorial : qu'il châtie tant qu'ilvoudra, jamais il ne fera considérer comme légitimes les normes qu'il revendique. [2. Châtier, c'est vouloir imposer à autrui ses propres valeurs] Quelle que soit la légitimité de ses motivations, celui qui punit se présente toujours à l'autre comme le détenteurd'un savoir moral dont l'autre serait dépourvu. Or. si ces normes ne sont pas interrogées, elles ne peuventconstituer le fondement d'une éducation authentique. Elles valent tout au plus comme des préjugés auxquelsl'opinion ambiante dit qu'il est bon de se conformer. Mais elles n'ont aucune valeur éducative pour celui qui entendpenser par lui-même, devenir autonome. [3. Le châtiment comme bride à la liberté] En retraçant la « généalogie de la morale », Nietzsche montre bien comment le monde des valeurs dites intangiblesde « bien » et de « mal » (pauvreté, chasteté, idéaux ascétiques...) cache en réalité la volonté de domination d'unecatégorie de personnes (les prêtres) sur les autres. À l'aide d'une arme redoutable : la culpabilisation, ilss'asservissent les consciences des plus forts et assurent leur pouvoir. Or rien n'est plus contraire à cette affirmationde soi que doit revendiquer la véritable éducation. [Conclusion] Le châtiment pourrait éventuellement désigner le moyen d'une éducation véritable s'il existait des normes fixes dubien et du mal et si celui qui châtie était toujours certain de les détenir. Mais cette certitude cache souvent unevolonté de domination, incompatible avec le respect dû à l'autre être autonome. Pourtant, c'est bien ce respect qui »

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