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Pouvons-nous accéder à l'intimité avec autrui ?

Publié le 10/02/2011

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Sujet assez vaste, parce qu'il implique une étude psychologique et une étude morale. Sujet délicat, puisqu'il s'agit de ce qu'il y a de plus personnel à chacun. Sujet fort discuté : ne sont pas rares ceux qui prétendent que l'homme est irrémédiablement seul, surtout lorsqu'il a une vie profonde. Pour toutes ces raisons, c'est donc un sujet important, sur lequel il est utile de méditer et de se faire une opinion aussi précise que possible. Comme dissertation d'examen, il a peu de chances d'être choisi. Les candidats se rabattent d'ordinaire en plus grand nombre sur les. questions de cours pour lesquelles ils se croient suffisamment documentés. En revanche une telle question demande une réflexion très forte et très approfondie pour être convenablement traitée. Mais c'est précisément pour cela qu'il faudrait la choisir, même le jour du baccalauréat. D'abord c'est faire preuve de courage; et puis, comme les sujets difficiles ne sont choisis que par les meilleurs élèves, c'est déjà se faire juger comme tel que de les prendre. Il est vrai qu'un tel choix, pour n'être pas trop hasardeux, doit être préparé par l'habitude, prise au cours des études, de ne pas reculer devant la difficulté. Mais c'est justement une habitude excellente, tant au point de vue intellectuel que pour la formation morale.

« tout à fait consciente et voulue.

Même sans aller jusqu'à ces types poussés à l'extrême, on peut dire que chacun,se faisant plus ou moins illusion sur ses véritables qualités et talents, veut se faire passer pour ce qu'il s'imagineêtre. Dans tous ces cas, il est clair que l'homme s'oppose de toutes ses forces à toute pénétration en son intimitéprofonde.

Il ne se communique — ou ne croit se communiquer — qu'à ceux qui le jugent comme il veut être jugé.Sans doute, d'autres peuvent percer à jour les illusions qu'il entretient sur lui : même alors on ne le connaît quepartiellement parce qu'on ne voit que ce qu'il y a de factice.

Et comme de tels cas sont relativement fréquents, onarrive facilement à croire qu'ils sont universels.

Omnis homo mendax. 2.

L'aspect pudeur. On sait que l'analyse de ce sentiment a été très profondément et très finement présentée dans les pages de Sartre,qui sont parmi les meilleures de V Etre et le Néant.

Cette analyse se ramène en quelques mots à ceci : l'homme,étant sujet, veut défendre sa subjectivité, de façon que l'on ne puisse pas se servir de lui comme d'un objet.Inspirons-nous de cette analyse. a) Pudeur physique.

Le regard est en effet, comme le dit Sartre, une prise de possession de ce qu'on regarde, parcequ'il comporte toujours plus ou moins un jugement de valeur sur l'utilité et donc l'usage que l'on peut faire de l'objetregardé.

Nos vêtements, que l'on peut voir, sont sans doute l'objet d'un tel regard, mais ils ne sont pas vraimentnous, et nous ne nous sentons pas possédés, ou nous ne le sommes que partiellement.

C'est au contraire poursoustraire à une telle possession — et le dédain ou le mépris, s'ils se produisent, sont encore une forme depossession — que nous dérobons aux regards notre intimité physique, en n'offrant de nous-mêmes que ce qui est leplus expressif, la physionomie, et donc le plus capable de se défendre. b) Pour la pudeur morale, il en est de même.

Etaler ses pensées les plus secrètes, ses sentiments, sa vie intérieure,c'est mettre tout cela à la disposition d'autrui, qui pourra ensuite en profiter pour nous juger, nous mépriser, nousexploiter ou nous dominer.

C'est alors qu'on n'est plus vraiment un sujet, mais un objet entre les mains d'un autre.Or plus la vie intérieure est profonde, c'est-à-dire plus on est sujet, plus on revendique, et même plus on doitrevendiquer l'indépendance et la maîtrise de son intimité.

De là la répugnance de certaines natures à se confier.

Cepeut être de l'orgueil, c'est-à-dire une volonté de se suffire, mais ce peut être aussi de la dignité, c'est-à-dire lavolonté de ne pas se laisser avilir. Une remarque est à ajouter.

Dans de tels cas l'intimité est encore plus particulièrement difficile à pénétrer, parceque la résistance est plus consciente et résolue.

De plus, alors que chez les âmes vulgaires une telle résistancen'existe pas (ceux qui étalent volontiers tout ce qu'ils pensent et sentent, la plupart du temps ne pensent que desbanalités ou ne sentent que des vanités), au contraire ceux dont la vie intérieure est forte, la protègent avec plusde soin contre toute intrusion indiscrète, de telle sorte que plus l'intimité est vivante et plus il est difficile d'yaccéder. Tout cela nous amène à l'étude directe de notre problème : comment peut-on réussir à pénétrer dans l'intimité desâmes ? II Comment accéder à l'intimité d'autrui? 1.

D'abord une première question ici ne peut être éludée : en a-t-on le droit? La réponse est à chercher dans la nature de l'homme, être libre et indépendant, et cette autonomie est précisémentune condition de son développement.

Elle est donc un droit qu'il faut affirmer d'autant plus qu'il s'agit d'un droitmoral.

De même que le secret d'une lettre est plus inviolable que la possession d'une chose, de même l'intimitéd'autrui est à respecter, non seulement en ce sens qu'on ne peut contraindre quelqu'un à révéler ce qu'il ne veutpas dire, mais que toute démarche qui a pour objet d'amener quelqu'un à se dévoiler est une indélicatesse. Des objections peuvent être présentées.

On pourra se demander s'il n'y a pas d'exceptions.

Le médecin demande àson malade de se dévêtir : de même ne peut-on pas demander des confidences à celui qui a besoin d'être conseillé?Mais dans les deux cas l'initiative vient de celui qui est questionné, non de l'autre, et cette initiative, on n'a le droitde la prendre que si l'on a des raisons positives de penser que celui dont on réclame la confiance éprouve, sans oserl'avouer, le besoin de la donner. Il y a toutefois une inquisition que la société autorise dans le cas d'enquêtes judiciaires.

Mais c'est qu'alors l'accusé,s'il est coupable, a perdu le droit à cette autonomie, puisqu'il en a abusé; et s'il ne l'est pas, c'est à lui de laretrouver, dans l'intérêt même de la société qui a besoin de savoir, en montrant qu'il en est encore digne. 2.

A quelles conditions peut-on y réussir? L'on arrive ainsi à ce qui est le nœud même de la question; et tout ce qui précède n'a fait que préparer le terrainpour que la solution du problème posé apparaisse en pleine clarté.

Toutefois il faut maintenant tenir compte, non. »

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