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Quelle est la signification et quelle est la valeur du conseil si fréquem¬ment donné : s Pensez par vous-même » ?

Publié le 15/09/2014

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bonne compréhension de l'homme. Il consiste dans la capacité, résultant de la conjonction d'un grand savoir avec un bon sens qui s'élève au niveau d'une haute intelligence, de discerner, dans des affirmations por­tant sur des objets complexes, ce qu'elles contiennent de vérité et ce qui s'y glisse d'erreur.

Cependant, il faut le reconnaître, pour réaliser pleinement la notion de pensée personnelle, il faut être capable de découvrir soi-même  quelque vérité. Mais il n'est pas nécessaire pour être personnel d'élucubrer un nouveau système philosophique ni même de formuler une hypothèse nou­velle sur les galaxies ou sur les éléments de l'atome. Pense personnelle­ment l'élève qui, au lieu de chercher dans des livres la réponse à la ques­tion qui lui est posée ou des idées susceptibles de l'étoffer, réfléchit, fait appel à ses souvenirs et à son expérience. Est personnel le commer­çant ou l'agriculteur qui, également indépendant de la routine et de la pression de la mode, se livre à une étude objective des problèmes qui se posent à lui et les résout d'après ses propres lumières. Cette méthode de pensée pourra conduire les esprits supérieurs à des dé­couvertes 

« 42 lNTRODUCTION tématiquement les penseurs qui ont fait leurs preuves dans le passé ou mênie dans Je présent : c'est leur personnalité qui leur a valu 1 'influence qu'ils exercent et pour se former à la pensée personnelle la modestie et 1a sagesse conseillent de se mettre à leur école.

b) On se ferait encore une grossière illusion si l'on considérait comme penseur personnel celui qui affecte de prendre systématiquement le contre­ pied des idées communément admises par les personnes de bon sens.

Quoiqu'il puisse paraître personnel au vulgaire qu'il déconcerte, quiconque s'abandonne à la manie de la contradiction ou au culte du paradoxe subit l'influence de son milieu, tout comme l'esprit sans envergure qui adopte de conliance les opinions reçues.

Lui aussi est déterminé par l'exemple des autres, et ce n'est pas l'habitude de réagir en sens contraire qui lui donne une véritable personnalité.

c) D"ailleurs il n'est pas nécessaire, pour penser personnellement, de trouver des idées nouvelles que personne n'avait encore formulées.

Si par l'observation des hommes et celle de ma propre vie intérieure je par­ viens à la découverte d'un principe psychologique que je retrouve ensuite chez un auteur qui a profondément pénétré dans ,Je oœur humain, ma pen­ sée reste tout aussi personnelle que si j'étais le premier à obtenir ce résultat.

B.

Interprétation authentique.

-Qui voudra penser par lui-même, com­ mencera donc par bannir toute prétention de se faire remarquer par les autres ou de 1 'emporter sur eux.

C'est d'après elle-même qu'il jugera de Ja valeur de sa pensée et non d'après la ressemblance ou le contraste qu'elle présente avec celle d 'autr.Jli.

a) Pour la grande masse des hommes et en particulier pour les jeunes qui manquent de culture et d'expérience, penser personnellement, c'est a\•ant tout comprendre le sens des formules qu'ils apprennent.

Le psitta­ ,;isme règne en maître chez les jeunes écoliers qui répètent leur leçon sans mettre sous les mots une signification bien précise, mais les élèves des hautes classes n'en sont pas exempts et il sévit encore bien plus tard, surtout lorsque les intérêts ou les passions empêchent l'esprit critique de s'exercer.

On reçoit du professeur ou du manuel des formules toutes faites dont on ne pèse pas la portée; on enregistre les slogans que la radio ou le journal répète pour accrédHer ou discréditer les projets d'un parti politique, et on ne songe pas à comprendre les intentions que cachent les grands mots entendus.

Quiconque prétend penser par lui­ même commencera par bien préciser la signification des mots qu'il entend et qu'il emploie.

Nous aurons fait un grand pas Yers la pensée personnelle quand nous serons capables d'expliquer correctement les termes dans lesquels s'exprime notre savoir.

b) l\'ous n'ayons là, il est vrai, qu'un premier stade.

Penser, en effet, c'est juger.

Aussi ne pouvons-nous nous flatter d'avoir une pensée per­ sonnelle avant de pouvoir po·rter un jugement sur les idées énoncées de­ vant nrms comme sur celles qui nous viennent à 1 'esprit.

Ce pouvoir de juger constitue l'esprit critique.

II ne faut pas le confondre, inutile de le 'dire, avec cet esprit de critique qui porte les envieux à chereher svsté­ matiquement les défauts d'autrui.

J,'esprit critique est impartial, désin­ téressé et même bienveillant, la bienveillance étant nécessaire pour une. »

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