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Saint Augustin Les Confessions. Livre XI, chap. xiv

Publié le 11/02/2011

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augustin

 

Dégager l'intérêt philosophique de ce texte à partir de son étude ordonnée. « Qu'est-ce en effet que le temps ? Qui serait capable de l'expliquer facilement et brièvement? Qui peut le concevoir, même en pensée, assez nettement pour exprimer par des mots l'idée qu'il s'en fait ? Est-il cependant notion plus familière et plus connue dont nous usions en parlant ? Quand nous parlons, nous comprenons sans doute ce que nous disions; nous comprenons aussi, si nous entendons un autre parler. Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais; mais si on me le demande et que je veuille l'expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne passait, il n'y aurait pas de temps passé; que si rien n'arrivait, il n'y aurait pas de temps à venir; que si rien n'était, il n'y aurait pas de temps présent. Comment donc, ces deux temps, le passé et l'avenir sont-ils, puisque le passé n'est plus et que l'avenir n'est pas encore? Quant au présent, s'il était toujours présent, s'il n'allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait l'éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu'il est aussi, lui qui ne peut être qu'en cessant d'être? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c'est qu'il tend à n'être plus. « Saint Augustin Les Confessions. Livre XI, chap. xiv

 

Quelle est l'idée générale de ce texte? Le temps, apparemment si facile à concevoir, si intimement lié à toute notre expérience, représente, pour qui en fait un examen attentif et approfondi, un mystère et une privation d'être. S'il se dérobe à notre investigation et à nos recherches, c'est que rien de plein ni de réel ne semble se manifester en lui. Dans le temps, j'expérimente le non-être et la vacuité au plus profond de moi-même.   

augustin

« Quelle est la structure du texte? Il se divise nettement en trois parties.

La première (Qu'est-ce...

parler) noussignale que le temps, cette notion familière, est néanmoins difficile à concevoir.

La seconde (Qu'est-ce donc...temps présent) approfondit le premier paragraphe et développe l'idée que le temps, malgré son évidence, nouséchappe cependant, enfin la troisième partie (Comment donc...

n'être plus) explicite la cause réelle de notreembarras devant le temps : il est, en effet, caractérisé, dans ses trois dimensions, par un manque d'être.

Ainsitoute analyse du temps retrouve-t-elle cette vacuité. 2° Étude ordonnée A) Première partie : « Qu'est-ce que...

parler » Dès le début, les formules d'Augustin nous pressent impérativement.

Comme dans toute son œuvre, il questionneavec passion, s'interrogeant sur le vécu temporel de notre existence et s'efforçant d'en comprendre le sens profond.Qu'est ce temps, sur lequel porte le « questionnement » d'Augustin? Il ne se confond évidemment pas avec le milieuhomogène et vide dans lequel se déroulent les événements, ce n'est pas le temps objectif qui sert de cadre àl'expérience, mais la durée concrète qu'expérimente notre moi, le changement perpétuel transformant le présent enpassé.

Comment expliquer cette durée et en rendre compte? Souvenons-nous du sens étymologique d'expliquer.

Ceverbe, qui vient du latin explicare, déployer, signifie ici exposer et déployer : c'est bien ce que va faire Augustin, endéployant le temps dans ses trois dimensions. Il s'agira donc d'expliquer la durée et de s'efforcer de la concevoir, c'est-à-dire d'en former une représentationabstraite.

Notons que concevoir est un verbe aux sens multiples.

Concevoir, c'est former une idée abstraite, maisc'est également comprendre et saisir.

Ici, ce terme est pris en sa double signification.

Le temps peut-il être compriset saisi, même en pensée, c'est-à-dire à travers une expérience intellectuelle et rationnelle? Peut-il être appréhendéà travers des mots et analysé par eux, par la médiation des signes linguistiques? La puissance d'expression verbalede la pensée est-elle donc en mesure de manifester et de rendre compte du vécu intuitif du temps, c'est leproblème que pose Augustin. S'il nous paraît difficile d'exprimer dans des signes verbaux la nature profonde du temps, néanmoins il existe unecertaine évidence de la temporalité dans le discours.

Dès lors, la première question peut ainsi se formuler: commentle temps peut-il se présenter à moi à la fois dans sa simplicité et dans son étrangeté? B) Seconde partie : « Qu'est-ce donc...

temps présent ». Dans cette seconde partie, Augustin reprend, tout d'abord, l'équivoque antérieure.

D'une part, l'extrême évidence dutemps, son caractère de simplicité, et, d'autre part, l'incapacité où nous sommes d'en donner une juste formulation,particulièrement au niveau du dialogue et du discours, de l'inter-communication.

Devant cette aporie, Augustinrecourt à l'intuition et à l'évidence de l'expérience.

Mais, cette évidence de l'expérience, il va, cette fois-ci,davantage la creuser et l'approfondir, en explicitant la réalité concrète des trois dimensions temporelles : passé,futur, présent.

Peut-être cette saisie sera-t-elle en mesure de me faire maîtriser et retrouver la vraie nature dutemps.

Ici, Augustin va tenter d'analyser la temporalité et, tout d'abord, le passé. Car le temps passe, c'est-à-dire s'écoule, s'enfuit et disparaît, il « passe » au passé, il se « déploie » et se déplacede telle sorte qu'il devient un « passé », un « temps passé », dit Augustin.

Qu'est ce passé dont nous parleAugustin? C'est le temps écoulé dans son irréversibilité, la durée révolue se situant par rapport à mon présent.

Ici ilsemble que l'interrogation sur le temps me renvoie à un acte réel jetant sa lumière sur la dimension énigmatique dupassé.

De même en ce qui concerne le temps à venir, le futur, ce qui sera et adviendra, lequel s'alimente en unacte, celui par lequel une réalité est sur le point d'être.

De même en ce qui concerne l'autre dimension du temps, leprésent, cette limite séparant le passé et l'avenir.

Elle aussi trouve sa source dans quelque chose qui est, dans unacte, dans un surgissement d'être et d'existence et, si rien n'était, si rien de réel et d'affirmatif ne se présentait, iln'y aurait pas de présent. La conclusion de ce deuxième paragraphe, c'est que l'intuition concrète semble me renvoyer à un noyau d'être, à unsurgissement positif au sein même des trois dimensions temporelles.

Quelque chose de donné et de réel estapparemment constitutif du temps.

C'est de ce bilan (provisoire) qu'il faut partir pour comprendre les lignessuivantes. C) Troisième partie : « Comment donc...

n'être plus.

» Dans cette troisième partie, Augustin se réfère aux trois dimensions temporelles qu'il vient d'évoquer.

Or ces troisdimensions temporelles sont examinées dans leur relation au verbe être, compris manifestement, dans ce texte, àtravers une signification au moins double.

C'est le verbe être qui va jouer ici un rôle et une fonction essentiels.

Il estd'ailleurs utilisé dix fois en sept lignes.

Dans le texte latin des Confessions, c'est le verbe esse qui figure.

Qu'est-cedonc qu'être! On sait que ce terme peut être utilisé soit comme verbe, soit comme substantif.

Laissons ici lesubstantif de côté pour nous intéresser au verbe.

Or être - comme verbe -peut désigner le fait d'être, c'est-à-dired'avoir une existence, de posséder une réalité actuelle.

Dans ce paragraphe, cette signification joue un rôleimportant et assure une fonction essentielle dans la saisie de l'énigme temporelle.

Mais, à cette significationexistentielle, s'en surajoute une seconde : être, c'est être réel, comme nous le signale le substantif être (êtrecomme substantif = ce qui est réellement).

Il y a donc - dans le verbe être - au moins deux significations, l'une «. »

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