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Toute croyance est-elle une illusion ?

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illusion

La croyance est  comme originellement opposée au savoir et fatalement entachée et même confondue avec l’illusion au point de créer le concept de croyance-illusion. Elle a été réhabilitée dans un second moment car l’illusion est seulement incluse dans la croyance; non seulement elle est nécessaire à la connaissance mais surtout à l’action de l’homme et donc à sa vie. La seule croyance légitime, qui refuse un relativisme désabusé et des excès fanatiques, est la foi rationnelle en la raison: je peux croire et peut-être même dois croire en ce qui n’est pas connaissable. Ainsi, toute croyance n’est pas absurde, toute croyance n’est pas irrationnelle ni une illusion. Néanmoins, par sa nature même de croyance, la croyance ne saurait théoriquement se détacher complètement de l’illusion car ce qui est connu n’est pas cru mais reconnu. Par contre, pratiquement, la croyance parvient à exclure l’illusion par un effort de rationalisation: la foi rationnelle et la foi pragmatique sont aussi nécessaires que légitimes. 

Cette équivoque est propre à la nature même de la philosophie en tant qu’amour de la sophia: à la fois savoir et donc recherche théorique, elle se doit de rejeter la croyance qui s’oppose au savoir; mais aussi sagesse et donc recherche pratique, elle se doit d’accepter la croyance qui est à la source du savoir. Le philosophe se doit de rejeter la croyance naïve et illusoire, c’est à dire les préjugés de la doxa, mais il se doit aussi de croire en la raison et en la morale car sa recherche de la vérité prétend à l’absolu. Il doit sortir de la minorité intellectuelle et oser renoncer à ses croyances primitives, sensibles et inconscientes pour accéder à la croyance en la raison, en la moralité et en la liberté.    

            L’homme moderne a tenu la croyance en suspicion, en croyant que la crédulité a pour origine l’ignorance et a pour conséquence l’asservissement. Mais, l’homme post-moderne, qui bricole avec les croyances, ne croit plus en la vérité, ne croit plus au sens, ne croit plus au bonheur, ne croit plus au progrès, ne croit plus en la croyance. Même si ces croyances étaient en partie illusoires, certaines illusions ne doivent-elles pas être cru? Car après tout, comme le disait Kant, «La philosophie n’est qu’une affaire de croyances«.

 

« La croyance est nécessaire, non seulement à la connaissance, mais aussi à l'homme lui-même:l'assentiment – je sais tout en croyant- permet de réhabiliter la croyance. Il y a tout d'abord différents degrés de croyance et donc des degrés d'illusion si l'on admet l'égalité strictedes deux concepts: croire qu'il va pleuvoir car on voit au mois de mars des nuages arriver et que la météo l'aannoncé la veille; croire que les ovnis existent alors que je sais que la science contredit toute possibilité d'existenceailleurs que sur la terre… Ces deux exemples soulignent que l'on peut adhérer à une représentation tout en sachantqu'elle est improbable mais aussi parce qu'elle repose sur des données objectives. Mais alors, le phénomène decroyance n'est en lui-même nullement opposé à la raison ou au savoir. Au contraire, Bachelard dans La formation de l'esprit scientifique montre que la croyance est nécessaire à la connaissance car celle-ci repose fondamentalement sur la croyance en la raison. L'inspecteur a des soupçons et fait des suppositions, l'économistefait des prévisions, le chercheur émet des hypothèses, le mathématicien admet des présupposés… Ces croyances ouconjectures sont susceptibles d'être vraies ou d'avoir un certain fondement objectif et sont dans l'attente devérification ou de justification. De plus, la croyance en l'autorité est nécessaire à la transmission du savoir: ledisciple doit accorder du crédit aux documents historiques, il doit faire confiance à son maître. Savoir et croyancene se dissocient pas car le savoir n'exclut pas la croyance et repose même en quelque sorte sur elle. On ne peutsavoir quelque chose sans y croire - je ne peux pas " savoir " que la terre tourne autour du soleil si je n'y " crois "pas- mais encore notre croyance peut être un savoir, par exemple dans le cas des croyances scientifiques. Ainsi,toute connaissance est de l'ordre de la croyance, ou plutôt de la foi doctrinale, car elle croit en des préjugéspositifs pour rechercher le savoir. Peut-on vraiment croire que croire en la raison est une illusion puisque cettecroyance est au fondement du savoir? Pourtant, la faiblesse de la raison est de ne croire qu'en la raison: lacroyance aveugle en la raison est aujourd'hui remise en cause avec la crise du sens de la post-modernité. Lacroyance scientiste que le progrès technique et scientifique apporte l'amélioration sociale et morale est une illusionmoderne dangereuse. La croyance est ensuite la propension de l'esprit à affirmer ce qu'il conçoit, c'est-à-dire la mise enprésence de la réalité immédiatement donnée: croire, c'est concevoir de manière à attribuer l'existence. PourHume , dans son Traité de la nature humaine , le belief est seulement une impression sensible qui a marqué son empreinte sur notre tabula rasa et dont le degré de vivacité est proportionnel à l'habitude, la répétition, l'accoutumance… Ainsi, la croyance est rehaussée dans la mesure où je ne peux pas concevoir sans croire à ce queje conçois: je crois ce que je vois et j'affirme donc mes croyances tout en rejetant les fictions de l'imagination.Mais, cette vision empiriste se double d'une conception sceptique de la croyance: l'enquête critique remet enquestion la nécessité des relations entre les faits et ramène les lois à de simples illusions. En effet, la communicationabusive à d'autres idées associées, par la ressemblance, la contiguïté ou la causalité, trompe la conscience etaltère la vérité. La croyance est génératrice d'illusions et doit donc être à nouveau suspectée dans la mesure oùl'illusion est incluse dans la croyance… La croyance est enfin nécessaire à l'existence -croire, c'est vivre- car elle est propension à l'action etdonc moteur de la vie. Le rôle de l'induction est de produire des actions et d'adapter ses comportements: étantdonné que je «sais» (ou plutôt que je crois) que le feu brûle, je ne vais pas approcher ma main du feu. Mais, cettecroyance n'est-elle pas irrationnelle du fait de l'invalidité logique du raisonnement inductif? Ce sont des raisons etnon des causes, des justifications et non des explications, qui poussent le sujet à donner son assentiment. La foipragmatique est pourtant nécessaire car elle règle la vie et l'action, elle est disposition à l'agir: il s'agit de tenirprovisoirement pour vrai, d'agir comme si on savait, pour agir. Le médecin, par exemple, dont le pronostic estincertain, ne saurait ne pas intervenir, car le principe de prudence ne doit pas être confondu avec le principe deprécaution. D'ailleurs, la croyance peut se révéler une «opinion droite» ( orthodoxa ) du fait de la répétition de l'expérience. La croyance apparaît donc comme un besoin inhérent à la nature humaine, car l'homme est décidémentun «animal métaphysique»: on ne peut pas ne pas croire. La religion, même si elle peut être considérée comme unauto-aveuglement, apaise les craintes primitives de l'homme et regroupe les citoyens dans une communauté sociale. Dans un second temps, la croyance est donc réhabilitée dans la mesure où l'équation croyance-illusion esterronée: l'illusion est incluse dans la croyance mais toute croyance n'est pas forcément une illusion. Même si elledoit encore être suspectée, la croyance en tant que foi doctrinale, mise en présence de la réalité et foipragmatique, peut être rehaussée. Il faut se méfier des croyances, mais la croyance est nécessaire à l'homme, pourvivre, pour agir, et même et surtout pour savoir. Pourtant, la croyance, ou du moins une certaine forme decroyance, peut-elle parvenir à se débarrasser complètement de l'illusion qui l'entache depuis longtemps? Lacroyance peut-elle devenir rationnelle, c'est-à-dire complètement dénuée d'illusion? La croyance ne saurait se débarrasser de l'illusion que par un souci de rationalisation: la foi rationnelle –jesais que je crois- est légitimée du fait que je crois par l'usage de la raison. La croyance est d'abord une foi morale de la raison pratique. La célèbre distinction de Kant, dans le canonde la Critique de la raison pure , entre le croire ( Glauben ) le savoir ( Wissen ) et le penser ( Meinen ), permet de définir la croyance comme un mixte d'insuffisance objective et de suffisance subjective. Théoriquement, l'adhésion au vraiest relative, mais pratiquement elle est absolue, que les fins soient contingentes ou arbitraires (circonstanciel) ouabsolument nécessaires (moralité). Ainsi, je dois tenir pour vraie une loi morale, dont l'impératif est fixé par la raison:volonté de vertu et finalité de bonheur. Je dois abolir le savoir, dans la mesure où la raison ne peut pas toutconnaître, pour faire place à la croyance: on peut croire en ce qui est pensable mais non connaissable, c'est-à-direDieu, la morale ou l'immortalité de l'âme. Il faut donc différencier l'illusion empirique de l'illusion transcendantale. Parconséquent, il est nécessaire que je crois au progrès et à la paix pour qu'à ma conviction profonde réponde unengagement de tout mon être. Comment croire alors que la croyance, en tant que foi morale, puisse être uneillusion? C'est plutôt l'inverse, il serait illusoire et dangereux de ne pas croire en quelque chose. La foi rationnelle est la foi du philosophe. L'existence de Dieu, qui peut apparaître pour le mécréant commeune croyance illusoire, peut être démontrée par le philosophe. Dans le Proslogion , la preuve ontologique de Saint- »

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