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Travailler rend-il libre ?

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Comme le souligne Hannah Arendt dans "Condition de l'homme moderne", le travail industriel exige du corps humain l'adoption d'un rythme nouveau et l'apprentissage de certains gestes artificiels. C'est l'homme qui doit désormais s'adapter à son outil et non l'inverse. C. Enfin, la parcellisation du travail introduite par le fordisme ôte au travailleur la possibilité de se reconnaître comme l'auteur d'une oeuvre. C'est ce que Marx met en évidence, dans "Manuscrits de 1844", lorsqu'il dénonce la séparation radicale introduite par l'industrie entre le travail intellectuel de conception et le travail manuel de production. Au début du XX ième, Taylor invente « l'organisation scientifique du travail », qui vise à augmenter la productivité en rationalisant le travail. Le travail est divisé de telle sorte que chacun n'effectue plus qu'une parcelle de l'objet. Le travailleur répète toujours les mêmes gestes. Aucune habilité de métier n'est plus nécessaire, les tâches simplifiées peuvent être exécutées sans formation. Ce qui entraîne pour l'ouvrier une activité dénuée de sens et ennuyeuse, simple moyen de gagner sa vie.

« l'auteur d'une oeuvre. C'est ce que Marx met en évidence, dans "Manuscrits de 1844", lorsqu'il dénonce laséparation radicale introduite par l'industrie entre le travail intellectuel de conception et le travail manuel de production. Au début du XX ième, Taylor invente « l'organisation scientifique du travail », qui vise à augmenter la productivitéen rationalisant le travail. Le travail est divisé de telle sorte que chacun n'effectue plus qu'une parcelle de l'objet. Letravailleur répète toujours les mêmes gestes. Aucune habilité de métier n'est plus nécessaire, les tâches simplifiéespeuvent être exécutées sans formation. Ce qui entraîne pour l'ouvrier une activité dénuée de sens et ennuyeuse,simple moyen de gagner sa vie. L'idée d'aliénation semble particulièrement adéquate pour désigner ces phénomènes.La « rationalisation » du travail, est critiquée comme déraisonnable d'un point de vue humain.D'autre part, au nom de l'égalité entre les hommes, il est possible de reprocher à la rationalisation du travaild'accentuer la division entre travail intellectuel et travail manuel et entre tâches de commandement et tâchesd'exécution. En effet, l'organisation de la fabrication du produit doit être pensée entièrement à l'avance et laproduction décomposée en un certain nombre de gestes : ce travail préalable de conception n'est pas le fait deceux qui exécuteront le travail. De plus, l'exécution d'une tâche dépendant de l'exécution d'une autre, les rythmesde production doivent être strictement respectés et donc contrôlés.Il faut distinguer ici « exploitation » et « aliénation ». Ce ne sont pas des termes équivalents : le mot « exploitation» désigne la réalité économique d'un travail non payé, au moins en partie. Le mot « aliénation » renvoie à unesituation où le travailleur ne se « reconnaît » plus dans son travail. Il ne s'agit plus seulement de la dimensionéconomique. La dénonciation se fait en fonction d'une certaine idée de ce que devrait représenter le travail pourl'homme : permettre la réalisation de l'individu en étant la manifestation, l'extériorisation de lui-même. La critique del'aliénation fait référence à une « essence » de l'humanité, dont le travail est censé accomplir la réalisation. Cettecritique suppose donc un point de vue « philosophique », en quoi elle se distingue de la problématique plus «économique » qui analyse l'exploitation du travail.Cette réflexion sur l'aliénation implique en effet que le travail, non seulement comme rapport à la nature, mais aussicomme rapport à autrui, met en jeu la définition et la réalisation de l'humanité.La production capitaliste entraîne d ‘abord l'appauvrissement continu de toute une partie de la population : «L'ouvrier s'appauvrit à mesure qu'il produit la richesse, à mesure que sa production gagne en puissance et envolume. » Mais ce n'est là encore que l'aspect le plus extérieur, et en quelque sorte quantitatif, du phénomène. Enréalité, l'ouvrier se perd lui-même dan le processus de production. « Plus il crée de marchandises, plus l'ouvrierdevient lui-même une marchandise vile. La dévalorisation des hommes augmente en raison de la valorisation directedes objets. Le travail ne produit pas seulement des marchandises, il se produit lui-même et il produit l'ouvrier commedes marchandises dans la mesure même où il produit des marchandises en général. »L'ouvrier se perd comme homme et devient chose dans l'acte économique de production. Cette aliénation seprésente sous un double aspect, que Marx caractérise brièvement comme suit :« 1. Le rapport entre l'ouvrier et les produits du travail comme objet étranger et comme objet qui le domine. Cerapport est en même temps son lien avec le monde environnant sensible, avec les objets de la nature, mondesensible hostile à l'ouvrier.2. Le rapport du travail avec l'acte de production à l'intérieur du travail. C'est la relation de l'ouvrier avec sonactivité propre comme avec une activité étrangère, qui ne lui appartient pas, une activité qui est souffrance, uneforce qui est impuissance, une procréation qui est castration. » C'est donc à la fois le rapport du travailleur avec leproduit de son travail et son rapport avec ce travail lui-même qui portent la marque de l'aliénation. Le premier ad'ailleurs pour corollaire un rapport aliéné à la nature.Précisons. L'ouvrier est d'abord aliéné par rapport à son produit. Celui-ci lui échappe. Aussitôt qu'il est créé, l'ouvrieren est dépossédé : « L'objet que le travail produit, le produit du travail, vient s'opposer au travail comme s'ils'agissait d'un être étranger, comme si le produit était une puissance indépendante du producteur. » L'ouvrier neperd pas seulement son produit, mais son produit se présente en face de lui comme une puissance hostile :transformé en capital, il devient l'instrument d'exploitation de sa force de travail. Plus le capital s'accroît du fruit deson travail, et plus il se pose face à l'ouvrier en maître, plus l'ouvrier doit en passer par ses conditions, car, une foisque le capital domine le système économique tout entier ou presque tout entier, l'ouvrier ne peut plus vivre qu'en selouant à lui. Le produit du travail devient ainsi, en face de l'ouvrier, objet, il se tient en face de lui comme une chosequi ne lui appartient pas et à laquelle il se trouve opposé comme sujet.Situation contradictoire tant du capital, qui ne peut subsister comme capital qu'en accroissant la misère de l'ouvrier,que de l'ouvrier, qui ne peut subsister comme ouvrier qu'en accroissant le capital. Richesse et misère à la fois. Et larichesse croît dans la même proportion que la misère : « Certes, le travail produit des merveilles pour les riches, maispour le travailleur il produit le dépouillement. Il produit la beauté, mais pour l'ouvrier c'est l'infirmité. Il remplacel'ouvrier par les machines, mais il rejette une partie des ouvriers vers un travail barbare et transforme l'autre moitiéen machines. Il produit l'esprit, mais pour l'ouvrier il produit l'absurdité, le crétinisme. »L'ouvrier n'est pas moins aliéné, en un second lieu, dans l'acte même de la production. C'est même là qu'est la causede son aliénation par rapport à son produit. « Premièrement, dit Marx, le travail est extérieur à l'ouvrier, cad iln'appartient pas à son être ; par conséquent, il ne s'affirme pas dans son travail, bien au contraire, il s'y renie ; loind'y être heureux, il s'y sent malheureux ; il n'y développe aucune énergie libre, ni physique, ni morale, mais y mortifieson corps et y ruine son esprit. Et c'est pourquoi l'ouvrier ne se sent chez lui que lorsqu'il a quitté son travail ;quand il travaille, il ne se sent pas ‘à la maison' ».Un tel travail, l'homme ne peut pas l'accomplir librement ou spontanément, il faut qu'il y soit contraint : « Son travailpar conséquent n'est pas volontaire mais forcé ; c'est du travail forcé. Il n'est donc pas la satisfaction d'un besoin,mais un moyen pour satisfaire des besoins extérieurs à lui-même. Que le travail soit parfaitement étranger à l'ouvriernous est clairement démontré par le fait qu'on fuit devant le travail comme devant la peste, quand il n'existe pas decontrainte physique ou autre. Le travail extérieur, le travail dans lequel l'homme sort de lui-même, est un sacrifice »

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