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Un monde sans justice est-il humain ?

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justice

[Introduction] La justice est l'application de la loi. Mais de quelle loi ? la loi de la nature, la loi humaine ? Peut-on penser que le cosmos porte en soi, indépendamment de l'homme, une justice, ou la justice n'appartient-elle qu'à l'homme, n'a-t-elle de sens qu'érigée par la raison humaine ? [I - Le monde naturel n'est pas dépourvu de justice] Dans le monde naturel où règne la loi biologique, la seule règle est de survivre. Le droit naturel s'identifie ainsi à la puissance d'agir et on peut supposer que le monde possède une justice, celle du « droit du plus fort « comme l'a posée Hobbes. Les jugements de valeur sont inutiles : le droit de chacun est mesuré par sa puissance : tout ce qui est possible est permis. Dans ces conditions, « l'homme est un loup pour l'homme « et chacun vit dans la peur et l'angoisse de la mort. La nature obéit donc à une « justice « naturelle, même si cette justice ne correspond pas à la justice instituée par l'homme. De même, un monde sans justice est humain : dans la vision de Hobbes, ce sont bien des hommes qui sont des loups les uns pour les autres.

■ Mots clés

• monde : ensemble des réalités matérielles qui constitue l'univers, mais aussi le monde humain, les relations entre les hommes.
• justice : pouvoir de faire régner le droit, application de la loi. D'après la définition de Louis-Marie Morfaux, « le mot justice enveloppe trois acceptions fondamentales et connexes « :
- la justice-notion, idée ou conscience du droit naturel ou rationnel (donner à chacun ce qui lui est dû) ;
- la justjse-vertu, conforme à l'équité dans son exercice et qui vise à transformer le droit selon l'exigence morale ;
- la justice-institution, qui régit une société donnée, ou droit positif plus ou moins éloigné du droit naturel.
• humain : propre à l'homme, qui réalise pleinement son essence d'homme.

« Introduction Un monde sans justice, ce peut être un monde où règne l'injustice. Ce monde-là semble bien être le nôtre et celui de toutes les sociétés humaines : là où ily a des lois et des interdits, il y a toujours aussi des hommes pour les transgresser. Or l'injustice n'est pas forcément inhumaine : tant que des hommessont là pour la dénoncer, elle n'ôte pas tout sens moral à l'existence. Elle raffermirait même plutôt l'exigence de justice et souderait les hommes dans uncommun sentiment de révolte. Le monde sans justice qui irait jusqu'à compromettre l'humanité de l'homme serait donc plutôt celui où la référence même àl'idée de justice serait effacée des esprits, où les hommes ne s'indigneraient même plus de l'injustice. Les hommes peuvent-ils se passer de l'idée dejustice ? Ou bien en ont-ils besoin pour appartenir à une communauté civilisée ? 1. Un monde sans justice est inhumain A. En quoi consiste l'oubli de la justice ? Si la justice désigne l'ordre qui doit régner entre les hommes pour le bien commun et l'harmonie du groupe, il va de soi que la considération exclusive del'intérêt individuel est incompatible avec le souci de justice. Les égoïsmes individuels ne peuvent que s'affronter et mettre en péril le lien social lui-même.Un monde sans souci de justice glisse inévitablement vers la violence généralisée. L'effacement du sens de l'intérêt général accompagne nécessairement leprogrès de l'individualisme et entraîne tout aussi inévitablement le recul de la civilisation. B. Le droit peut-il remédier à l'effacement de l'exigence de justice dans les consciences ? L'organisation juridique impose par la contrainte un ordre de justice : la force publique vient ainsi au secours de la justice quand son sentiment s'efface desconsciences. Mais encore faut-il que l'appareil juridique (plus généralement étatique) soit lui-même animé par un esprit de justice. S'il n'est qu'uninstrument au service des intérêts d'un groupe, il ne rend pas la société plus humaine, moins dominée par les égoïsmes individuels ou collectifs. Dans unetelle société, la justice n'est plus qu'un mot. Peut-on espérer que, dans une nation dont les mœurs se corrompent au point d'avoir besoin que la justice soitimposée par la contrainte de l'État, les gouvernants échappent à cette corruption ? Quand la société a besoin du politique pour rester juste, n'est-il pas déjàtrop tard ? 2. Le monde doit se libérer de l'exigence de justice pour être humain A. Critique de l'idée de justice Tout le monde parle de la justice mais personne n'est capable de dire vraiment en quoi elle consiste. En ce domaine, ce qui est vrai pour un peuple, ne l'estpas pour un autre. Les normes de justice sont donc des inventions purement conventionnelles qu'on inculque aux hommes dès leur plus jeune âge. Au lieude vivre selon sa nature, chacun apprend à se comporter en fonction des exigences du groupe. Les impératifs de la vie sociale viennent entraver la libertéindividuelle : une vie soumise à l'idéal de justice ou aux lois qui s'en inspirent est une vie servile, engoncée, moribonde. Toutefois la soumission à l'idéal dejustice ne protège-t-elle pas les hommes de leur intempérance, du déchaînement de leurs passions égoïstes ? B. L'exigence de justice est-elle vraiment un verrou contre la violence ? L'exemple de la création artistique paraît témoigner du contraire. L'artiste n'est créateur que s'il parvient à ne pas produire ce qu'on attend de lui, s'il trouveen lui une spontanéité tout à fait étrangère au souci moral du groupe. En tant que créateur, l'artiste n'est pas humain, il ne se soucie pas de justice. Ce qu'ilfait, il ne le fait pas parce qu'il sent que cela doit être fait mais parce qu'il suit un élan créateur qui n'a rien à voir avec des pulsions agressives dangereusespour autrui. L'art nous apprend à renouer avec l'innocence et à renoncer à juger le monde. V ivre par-delà le Juste et l'Injuste ne revient peut-être donc pas àse livrer à une vie d'excès et de démesure. L'humanité du monde gagnerait en vitalité, en créativité, à oser se passer du souci de justice. Nous allons voir àprésent que non seulement l'humain gagne à dépasser l'exigence de justice, mais qu'il n'y a d'humanité et de civilisation qu'au prix d'un renoncement àcette exigence. 3. Nous avons besoin de juges pour nous débarrasser de l'exigence de justice A. L'idéal de justice conduit à l'injustice D'où vient la violence ? Elle n'est pas naturelle et n'est pas étrangère à l'idéal de justice qui prétend s'y opposer. Toute violence est injuste et l'injustice esttoujours ressentie comme une violence. C'est donc toujours par référence à un idéal de justice que les hommes éprouvent comme violent ce qu'ils subissentou perçoivent. C'est à condition de vouloir la justice que l'injustice révolte et incite à devenir à son tour injuste avec plus ou moins de mesure (vengeanceou réparation). La violence est donc engendrée, et non pas contenue, par l'aspiration à la justice. A u contraire, celui qui a renoncé à juger le monde, n'ytrouvant ni Bien ni Mal, ne s'indigne de rien. Il n'éprouve aucun ressentiment vis-à-vis de ce qui est qualifié d'injuste. Cette sagesse revient à accepter lemonde tel qu'il se présente, sans le soumettre à une quelconque norme de justice. B. Le renoncement à l'idéal de justice, condition d'humanité La civilisation suppose non seulement que les hommes renoncent à faire justice par eux-mêmes mais aussi qu'ils se déchargent complètement du soin dejuger. C'est aux dieux, en règle générale, que les sociétés humaines remettaient le soin d'apprécier le Juste et de rendre justice. Dans nos sociétéslaïcisées, la personne du juge s'est substituée à la figure divine mais sa fonction est la même : détourner les hommes du jugement de leurs propres affaires.Puisque malgré tout, les hommes ne peuvent s'empêcher d'imaginer le Bien et le Mal, et de juger en conséquence, il est plus prudent pour un État de seconformer à l'idée que son peuple se fait de la justice afin de ne pas susciter en lui l'indignation. L'État civilisé est celui dont le peuple attend précisémentnon pas qu'il réalise la justice mais qu'il le libère de son désir de justice en évitant, par ses décisions, de susciter le sentiment d'injustice. Conclusion Si l'État ou le droit doivent être justes, ce n'est donc pas pour satisfaire notre amour de la justice mais pour au contraire nous en libérer. La tâche de toutesociété civilisée est d'obtenir de ses membres qu'ils dépassent leur soif de justice. Ayons donc des juges afin de ne plus avoir à juger par nous-mêmes etde pouvoir accepter humainement la vie. »

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