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Y aura-t-il toujours des injustices ?

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Comment ne pas suspecter cette dualité systématique de signifier quelque chose comme un ordre du duel, d'être entièrement affectée par la lutte corps à corps que se livrent au commencement du texte (au commencement de l'histoire?) la raison et l'animalité? Comment ne pas relier cette série de « contraires » à la pensée du conflit ( Widerstreit, écrit Kant) qui occupe toute la deuxième partie du texte avec (et à partir de) la référence à J.-J. Rousseau? Dernière opposition, d'ailleurs, qu'on se gardera d'omettre : celle du Rousseau « polémiste » (l'auteur des deux Discours, le philosophe du conflit, justement, en guerre contre la société) et du Rousseau « théoricien » (l'auteur du Contrat social et de l'Émile, préoccupé de fonder et de former). Mieux qu'un exemple, Rousseau est ainsi ce penseur qui expose dans son oeuvre, en plein siècle des Lumières, ce qu'il a intériorisé dans sa vie : la violence d'une « lutte des contraires » qui peut prendre la forme de la contradiction. 2. Nous voici introduits au vrai sujet du texte. La vie des philosophes et l'histoire de la philosophie finissent par se réfléchir réciproquement dans une philosophie de l'histoire.

« ». Dieu est en quelque sorte « assujetti » à la logique. Si son esprit comprend et conçoit tout ce qui peut oupourrait exister, il ne crée pas les vérités : il les comprend. La création consiste alors à élire, parmi toutes lespossibilités concevables et calculables, celle qui offre le plus de perfection, compte tenu de la limitation descréatures, de leur imperfection. Le Dieu de Leibniz est avant tout calculateur, logicien. Guidé par leprincipe du meilleur, il porte à l'existence la totalité la plus harmonieuse.Ce qui apparaît aux créatures comme une déficience, comme un mal, comme une imperfection, doit être envérité compris comme l'élément d'un ensemble :«Ainsi il peut se faire que, dans une construction ou une décoration, on ne choisisse pas la pierre la plus belle,ou la plus précieuse, mais celle qui remplit le mieux la place vide. »Il faut donc comprendre non pas que le mal n'existe pas, que l'imperfection n'existe pas, mais qu'ils permettentla beauté de l'ensemble. La créature, l'homme prend la partie pour le tout. Il est nécessaire d'admettre aucontraire qu'« il faut qu'il y ait une raison pour que Dieu permette le mal plutôt que ne le permette pas; or laraison de la volonté divine ne peut être prise que du bien ».« Tout est pour le mieux » ne doit donc pas être compris comme «tout est bien », et la pensée de Leibniz n'arien d'un optimisme béat. Il ne pouvait rien avoir de meilleur qu'un monde où le péché originel existe. «Dieupermet quelques maux, pour que beaucoup de biens ne soient pas empêchés. »Le mal et le péché ne sont donc que des éléments servant la beauté et l'harmonie de l'ensemble. Mais leurcause essentielle est l'imperfection, la limitation des créatures. Leibniz emploie pour l'expliquer l'image dufleuve. Quand un fleuve emporte avec soi des embarcations, la différence de leur vitesse vient de ['inertie desbateaux. « Ici donc, la rapidité vient du fleuve, et la lenteur du fardeau; le positif de la vertu du moteur, leprivatif de l'inertie du mobile. » Les perfections accordées par Dieu sont comparables à ce fleuve, et les mauxà la limitation des êtres créés et finis.Resterait à expliquer en quoi la liberté de l'homme, c'est-à-dire sa capacité de choix, est compatible avecl'omniscience divine. La solution de Leibniz est d'une subtilité logique telle qu'il est difficile de la résumer. Onpourrait dire que nos actions sont prévues, puisqu'elles concourent elles aussi à la perfection de l'ensemble,sans être nécessaires. En toute logique, le contraire de telle action est possible.« Dieu a vu les choses dans la suite idéale des possibles, telles qu'elles allaient être, et parmi elles, l'hommepéchant librement; et en décrétant l'existence de cette suite, il n'a pas changé la nature de la chose, ni n'arendu nécessaire ce qui était contingent. »Notre action est libre, elle n'est en aucun cas nécessaire, c'est-à-dire telle qu'il serait logiquement impossiblede faire autrement. Mais que nos actes soient contingents n'empêche pas Dieu de les prévoir, et donc d'élire,parmi la suite des possibles, celle qui inclut l'acte qui concourra à la plus grande perfection possible del'ensemble. « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » ne signifie donc pas que «tout est pour lemieux dans le meilleur des mondes ». Voltaire a certainement eu raison de s'insurger contre ce qui demeureune justification du mal, mais Leibniz est plus difficile à réfuter qu'à parodier. Ce qui est remarquable dans cedialogue posthume du logicien, de l'inventeur de l'infinitésimale et du défenseur des Calas, c'est que toutethéologie doit se confronter au problème du mal, et qu'aucune solution jamais ne satisfera pleinement : enquoi le mal est-il justifiable? L'injustice fait partie de la nature de l'hommeFreud, dans D'une Conception de l'univers, constate que c'est généralement l'homme sans scrupule qui tireprofit de ses méfaits, «tandis que l'homme de bien reste les mains vides». Critiquant la religion, qui, contrel'évidence, invoque une justice divine, Freud considère que l'injustice constitue une règle dont la justice n'estqu'une exception. On soulignera ce pessimisme de Freud dans l'extrait qui suit: "L'homme n'est point cet être débonnaire, au coeur assoiffé d'amour,dont on dit qu'il se défend quand on l'attaque, mais un être, aucontraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives unebonne somme d'agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n'estpas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi unobjet de tentation. L'homme est, en effet, tenté de satisfaire sonbesoin d'agression aux dépens de son prochain, d'exploiter son travailsans dédommagements, de l'utiliser sexuellement sans sonconsentement, de s'approprier ses biens, de l'humilier, de lui infliger dessouffrances, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus : quiaurait le courage, en face de tousles enseignements de la vie et de l'histoire, de s'inscrire en faux contrecet adage ?Cette tendance à l'agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l'existence chez autrui,constitue le principal facteur de perturbation dans nos rapports avecnotre prochain. C'est elle qui impose à la civilisation tant d'efforts. Parsuite de cette hostilité primaire qui dresse les hommes les uns contreles autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine."Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation (1929), P.U.F. »

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