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Les « Études sur l'hystérie » de FREUD

Publié le 17/09/2006

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Freud, au début, n'avait pas l'intention de devenir praticien, encore moins psychothérapeute. Dans son enfance il s'était complu à s'imaginer sous les traits d'un grand général ou d'un grand homme d'État : Annibal était l'un de ses héros favoris. Plus tard, la science l'attira comme la voie la plus sûre vers le vrai pouvoir et la vraie compréhension qui s'offrît à l'homme intègre, et la médecine lui parut combiner la possibilité d'appliquer ses connaissances scientifiques avec la poursuite des intérêts individuels. Néanmoins, il ne finit par s'adonner à la pratique de la médecine clinique que pour des raisons financières, en partie parce que les travaux de recherches pour lesquels il avait montré beaucoup d'aptitudes ne paraissaient le conduire nulle part en ce qui concernait l'avancement, en partie parce que, semblable à bien d'autres jeunes hommes de son époque et de toutes les autres, il était amoureux, voulait se marier, et avait besoin de plus d'argent qu'il n'en gagnait. Breuer aida Freud, non seulement de ses encouragements et de ses avis mais de son argent. Les deux médecins partagèrent aussi leur expérience; Breuer passa quelques-uns de ses clients à Freud, jusqu'au moment où tous deux travaillèrent en grande partie sur des cas d'hystérie, et décidèrent de mettre en commun leurs découvertes afin de les publier. Tel fut historiquement le début de la psychanalyse; il est donc intéressant d'examiner les propos de Freud au sein de cette première et seule publication commune. Voici une digression d'ordre personnel qui se présente au cours de la discussion par Freud de certains des cas décrits par lui dans l'ouvrage :

« Je n'ai pas toujours été psychothérapeute. Comme d'autres neurologues, je fus habitué à m'en référer aux diagnostics locaux et à établir des pronostics en me servant de l'électrothérapie, c'est pourquoi je m'étonne moi-même de constater que mes observations de malades se lisent comme des romans et qu'elles ne portent pour ainsi dire pas ce cachet sérieux, propre aux écrits des savants. Je m'en console en me disant que cet état de choses est évidemment attribuable à la nature même du sujet traité et non à mon choix personnel. Le diagnostic par localisation, les réactions électriques, importent peu lorsqu'il s'agit d'étudier l'hystérie, tandis qu'un exposé détaillé des processus psychiques, comme celui que l'on a coutume de trouver chez les romanciers, me permet, en n'employant qu'un petit nombre de formules psychologiques, d'acquérir quelques notions du déroulement d'une hystérie. Ces sortes d'observations doivent être jugées comme celles d'ordre psychiatrique, mais présentent sur elles un avantage : le rapport étroit qui existe entre l'histoire de la maladie et les symptômes morbides, rapport que nous recherchons vainement dans les biographies d'autres psychoses. «

 

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« « Toutefois, l' « abréaction » n'est pas l'unique mode de décharge dont peut disposer le mécanisme psychiquenormal d'un individu bien portant quand ce dernier a subi un traumatisme psychique.

Le souvenir, même non abréagi,s'intègre dans le grand complexe des associations, y prend place à côté d'autres incidents pouvant même être encontradiction avec lui, et se trouve corrigé par d'autres représentations.

Après un accident, par exemple, lesouvenir de ce qui l'a suivi, du sauvetage, la notion de la sécurité actuelle, viennent se rattacher au souvenir dudanger couru, à la répétition (atténuée) de la frayeur éprouvée.

Le souvenir d'une humiliation est modifié par unerectification des faits, par un sentiment personnel de dignité, etc.

C'est ainsi que l'être normal réussit, par les effetsde l'association, à faire disparaître l'affect concomitant.A cela, ajoutons encore une atténuation générale des impressions, un effacement des souvenirs, tout ce que nousappelons « oubli » et qui grignote surtout les représentations ayant perdu leur efficience affective.Nos observations prouvent que, parmi les souvenirs, ceux qui ont provoqué l'apparition de phénomènes hystériquesont conservé une extraordinaire fraîcheur et, pendant longtemps, leur pleine valeur émotionnelle.

Il faut cependantsouligner comme un fait remarquable dont il y aura lieu de se servir, que ces souvenirs, contrairement à biend'autres, ne sont pas tenus à la disposition du sujet.

Tout au contraire, la mémoire des malades ne garde nulle tracedes incidents en question ou alors ne les conserve qu'à l'état le plus sommaire.

Ce n'est qu'en interrogeant despatients hypnotisés que ces souvenirs resurgissent, avec toute la vivacité d'événements récents.

»D'autres remarques d'ordre général encore, et définitives, à propos de ces études qui renfermaient un abondantmatériel d'observations détaillées qu'il n'est pas nécessaire d'examiner ici, se trouvaient incluses en deux autresdéclarations mémorables, qu'une fois de plus nous citerons dans les termes mêmes où elles furent rédigées :« On peut donc dire que si les représentations devenues pathogènes se maintiennent ainsi dans toute leur fraîcheuret toujours aussi chargées d'émotion, c'est parce que l'usure normale due à une abréaction et à une reproductiondans des états où les associations ne seraient pas gênées leur est interdite".

»En réalité, ce qui ne peut être remémoré ne saurait être laissé derrière soi; voilà une idée que nul écrit scientifiquen'avait jamais exprimée auparavant, bien que Wordsworth en ait eu la conscience intuitive, ainsi qu'en témoigne sonallusion à des « pensées souvent trop profondes pour les larmes ».

Shakespeare aussi, plus de trois cent cinquanteannées auparavant, met dans la bouche de Macbeth cette pressante requête adressée au médecin de l'époque,praticien dont l'impuissance est caractéristique : « Ne peux-tu rien prescrire à cette âme souffrante,Et déraciner le chagrin de sa mémoire;Effacer les ennuis gravés dans sa cervelle,Et, grâce à quelque doux antidote d'oubli,Débarrasser son sein de ce poids dangereuxQui pèse sur le coeur ? » « Si, répondent Freud et Breuer, nous le pouvons.

» Réponse plus chargée d'espoir que celle que le médecin putdonner à Macbeth; mais, ainsi que cela se révéla, réponse hélas tout aussi peu acceptable à ceux qui la reçurent,car elle remplaçait l'absolue incapacité par une intuition menaçante et dangereuse en apparence.

Les deux auteursfournirent la clé de leur thèse en ces termes :« On comprend maintenant pour quelle raison le procédé psychothérapeutique que nous venons de décrire agitefficacement.

Il supprime les effets de la représentation qui n'avait pas été primitivement abréagie, en permettant àl'affect étouffé provoqué par celle-ci de se déverser verbalement; il amène cette représentation à se modifier parvoie associative en l'attirant dans le conscient normal (sous hypnose légère) ou en la supprimant par suggestionmédicale, de la même façon que, dans le somnambulisme, on supprime l'amnésie.»Afin d'apprécier pleinement les histoires de cas proprement dites, il importe de les lire en détail.

Mais ellesdémontrent sans se lasser la remarquable constance avec laquelle l'aspect que prennent les symptômes enapparaissant symbolise à la fois la nature du traumatisme déterminant, et celle de la solution magique du conflit,produite par le traumatisme dans l'esprit du malade.Une des clientes de Freud était victime de crises sévères de névralgies faciales, qu'il avait déjà traitées suivant lesméthodes conventionnelles, et sans résultat, à diverses reprises.

Freud décrit l'intérêt qu'il prit à rechercher si celaaussi pouvait reposer sur une base psychologique. Au moyen de l'hypnose, Freud évoqua la scène traumatisante, enfouie dans l'inconscient de la malade; sur quoi, ellese revit pendant une période où elle nourrissait une grande exaspération à l'égard de son mari.

Elle rapporta laconversation qu'elle avait eue avec lui, ainsi qu'une observation de ce dernier, observation qu'elle avait ressentiecomme une insulte cuisante.

Soudain, elle porta la main à sa joue, poussa un grand cri de douleur, et dit : « C'étaitcomme une gifle en pleine figure.

» Cela mit fin tant à la douleur qu'à la crise, mais non pas aux névralgies.

Il fallutremémorer d'autres circonstances, et finalement Freud dut faire remonter sa patiente à sa première crise denévralgie, soit plus de quinze ans avant qu'elle ne le consultât.

Ici, nulle symbolisation mais ce qu'il appela :« une conversion par simultanéité; il s'agissait d'un spectacle pénible ayant suscité chez elle des remords et quil'avait poussée à chasser d'autres associations.

C'était donc un cas de conflit et de défense.

L'éclosion de lanévralgie à ce moment-là serait inexplicable si l'on refusait d'admettre que la patiente avait alors été atteinte delégères douleurs dentaires ou faciales, ce qui n'était pas invraisemblable puisqu'elle se trouvait justement dans lespremiers mois de sa première grossesse.On s'explique ainsi que cette névralgie soit devenue, par la voie habituelle de la conversion, la marque d'un trouble. »

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