Article de presse: Les suites politiques
Publié le 17/01/2022
Extrait du document
13 mai 1968 - Au lendemain de la grande manifestation du 13 mai, Pierre Viansson-Ponté s'interroge sur les responsabilités des uns et des autres et sur l'avenir.
La rue a parlé. La politique reprend ses droits. Il s'agit maintenant pour le premier ministre et le gouvernement, pour la majorité et l'opposition, d'établir un premier bilan des responsabilités encourues aux divers échelons, d'en tirer les conséquences immédiates et de préparer l'avenir. " Dix ans, ça suffit ", criaient certains des manifestants de lundi. On peut se demander si non seulement dans l'opposition, mais même dans la majorité, voire dans le gouvernement, il ne se trouve pas des hommes pour murmurer cette formule, faute de pouvoir, eux aussi, la crier.
On s'est demandé s'il y avait eu au sein du gouvernement des " faucons " décidés à donner la priorité absolue à l'ordre et à la force et des " colombes " prêtes aux concessions et au dialogue, quand il en était encore temps.
Vendredi dernier, le problème s'est situé à l'Elysée, soit que la formule " l'ordre public sera maintenu " lancée par M. Gorse (1)deux jours plus tôt continuât de résumer les instructions données au gouvernement, soit qu'aucun des ministres ne fût parvenu à obtenir que les concessions envisagées puissent être publiquement octroyées sans contrepartie et non négociées (et d'ailleurs avec qui auraient-elles pu l'être ?), soit encore que nul n'ait osé, au cours de la nuit, réveiller le chef de l'Etat.
Ces mêmes concessions, M. Pompidou devait les formuler avec éclat, trois heures après son retour, dans son allocution radiotélévisée de samedi soir. Le premier ministre avait démontré ainsi qu'il était le seul en mesure de fléchir le président de la République, de le faire changer d'avis. Il avait affirmé à la fois son autorité sur l'appareil de l'Etat, son habileté et, paradoxalement, il avait marqué un succès en reculant sur toute la ligne.
Finalement il n'y aurait eu de " faucons " qu'à l'éducation nationale et à l'Elysée, tandis que le gouvernement tout entier et surtout M. Joxe, déchiré, M. Debré, qui se souvenait de certaines pages de son dernier livre (France, quelle jeunesse te faut-il ?), M. Fouchet lui-même, figuraient au nombre des " colombes " (2) .
Débat parlementaire, amnistie, motion de censure... les suites politiques ne sont pas à la mesure du problème et on ne voit guère comment il pourrait en être autrement.
Depuis dix ans, démographes et sociologues ne cessent de prédire : la vague des jeunes arrive. Eh bien ! Elle est arrivée, et elle commence à déferler.
PIERRE VIANSSON-PONTE
Le Monde du 15 mai 1968
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