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Cours: LA VERITE

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I.        ÉVIDENCE ET VERITE.

A. La vérité s'applique aux idées, non aux choses

             Le langage courant confond bien souvent les termes réalité et vérité. Or, il convient de les distinguer soigneusement. Un objet (ce tapis, cette lampe), un être seront qualifiés de « réels «. Cette lampe est réelle, autrement dit elle existe effectivement ; ce n'est pas une fiction de mon imagination. Mais cela n'aurait aucun sens de dire : « Le tapis, cette lampe sont vrais « (ou « faux «). La vérité est une valeur qui concerne exclusivement nos énoncés, nos pensées, nos jugements. Ainsi, par exemple, les jugements : « Cette lampe existe «, « Ce tapis est rouge « peuvent parfaitement être dits « vrais « ou « faux «. La vérité ou la fausseté qualifient donc, non l'objet lui-même, mais la valeur de mon assertion.

             Dans certains cas pourtant, le langage paraît attribuer la vérité ou la fausseté à l'objet : un faux tapis persan, un faux Vermeer, de fausses dents. Mais on désigne ici des objets réels : le faux persan est bien un tapis, le faux Vermeer un vrai Van Meegeren, les fausses dents un vrai dentier ! La fausseté porte ici sur le nom attribué improprement à ces objets, et non sur leur réalité. C'est précisément parce que l'énoncé : « Ce tapis est un tapis persan « est faux qu'il s'agit d'un faux persan.

B. Le vrai est à lui-même sa marque

             Ce point acquis, il faut chercher maintenant quel est le critère de la vérité. Comment reconnaître, caractériser, définir le jugement vrai ? La réponse la plus simple est celle-ci : le jugement vrai se reconnaît à ses caractères intrinsèques, il se révèle vrai par lui-même, il se manifeste par son évidence.

             « La vérité est à elle-même son propre signe « (verum index sui), écrit  Spinoza dans L'Éthique (1677) ; « De même que la lumière se montre soi-même et montre avec soi les ténèbres, ainsi la vérité est à elle-même son critérium et elle est aussi celui de l'erreur «. Cette identification de la vérité et de l'évidence se trouve déjà chez Descartes, qui se fixe comme première règle de n'accepter comme vrai que ce qui se donne clairement et immédiatement pour vrai : « Ayant remarqué qu'il n'y a rien du tout en ceci : je pense, donc je suis, qui m'assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que, pour penser, il faut être, je jugeai que je pouvais prendre pour règle générale, que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies «, écrit-il dans la 4e partie de son Discours de la méthode (1637). Pour Spinoza comme pour Descartes, une idée qui s'impose avec clarté et distinction est une idée vraie, et il n'y a point à chercher au-delà.

  C. Sous l'évidence, les préjugés

             Cette conception de la vérité peut être dangereuse, car l'évidence est mal définie. Nous éprouvons un sentiment d'évidence, une impression d'évidence ; mais devons-nous accorder à cette impression une valeur absolue ? Descartes a bien senti la difficulté puisque, après avoir affirmé que nos idées claires et distinctes sont vraies, il reconnaît « qu'il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont  celles que nous concevons distinctement«... En fait, l'impression vécue de certitude n'est pas suffisante pour caractériser le jugement vrai. Car on peut éprouver un fort sentiment d'évidence et pourtant être dans l'erreur. Dès lors, comment distinguer les fausses évidences et les vraies évidences ? C'est ici qu'un critère objectif serait nécessaire, comme Helvétius (1715-1771) le fait ironiquement observer : « Descartes a logé la vérité à l'hostellerie de l'évidence, mais il a négligé de nous en donner l'adresse. «

             Souvent les passions, les préjugés, les traditions fournissent des contrefaçons d'évidence. Nous avons tendance à tenir pour claires et évidentes les opinions auxquelles nous sommes habitués. En revanche, les idées nouvelles les mieux fondées ont du mal à se faire accepter. Au nom de l'évidence, c'est-à-dire des traditions bien établies et des idées coutumières, les penseurs officiels, installés dans leur conformisme, ont souvent critiqué les grands créateurs d'idées neuves. L'Académie des sciences se moqua de Pasteur, comme les vieux chimistes s'étaient moqués des découvertes de Lavoisier.

 2. LA VERITE EST-ELLE CONFORMITE AU REEL ?

A. L'adéquation de la pensée à l'objet

             Une idée ne serait donc pas qualifiée de « vraie « ou de « fausse « en elle-même, par ses caractéristiques intrinsèques, mais seulement en fonction de sa conformité ou de sa non-conformité à la réalité. Dans les universités médiévales, on définissait la vérité comme « la conformité de notre pensée aux choses « (adequatio rerum et intellectus). L'idée vraie serait une simple copie de la réalité.

             Mais une telle définition est contestable pour une raison très simple : c'est que nous n'avons pas la possibilité de sortir de nous-mêmes, de notre système de représentations, pour confronter la copie et son modèle. Tout ce que nous connaissons, c'est notre pensée, notre image du monde, nos expériences sur le monde. Mais le monde en soi, tel qu'il est indépendamment de nos expériences et de nos représentations, nous échappe nécessairement. Nous n'avons aucun moyen de connaître le modèle en dehors de cette « copie « qu'est notre expérience du monde. Veut-on simplement dire que l'idée vraie est celle qui reproduit l'expérience sensible la plus ingénue ? En ce cas, la définition est mauvaise, car la vérité scientifique n'est pas un reflet dans un miroir. Le jugement vrai transpose et reconstruit ici la réalité à travers tout un réseau de manipulations techniques et d'opérations intellectuelles. Mais si la vérité est opératoire, le critère de la vérité ne sera-t-il pas fourni par le succès pratique de l'opération ?

B. L'idée vraie est l’idée qui réussit

             C'est là le point de vue exposé à la fin du XIXe  siècle par l'Américain William James (1842-1910). Pour ce théoricien du pragmatisme, le seul critère de la vérité est le succès. La pensée étant au service de l'action, les idées ne sont que des outils dont nous nous servons pour agir. L'idée vraie, c'est celle qui paie le mieux, celle qui a le plus de rendement, celle qui est la plus efficace. Malheureusement, le mot utile a pour William James un sens on ne peut plus vague : « Ce qui est vrai, écrit-il, c'est ce qui est avantageux de n'importe quelle manière «. Ainsi, une loi physique est vraie si elle a des applications techniques fécondes, une religion est vraie dès lors qu'elle est consolante, qu'elle apaise les souffrances des hommes. Dieu, ose dire William James, est « une chose dont on se sert «.

             On voit le danger d'une telle doctrine. Il est clair qu'il y a des vérités qui blessent et des mensonges qui consolent. La vérité est ici trop liée à la facilité, tandis qu'il faut souvent du courage, et même une certaine abnégation, pour aboutir au vrai. Qu'une affirmation soit consolante, réconfortante ou rassurante ne la rend pas vraie pour autant, mais parfois même suspecte au point de vue de la vérité. « La foi sauve, dit Nietzsche, donc elle ment. «

C. Seule est vraie la connaissance vérifiée

             La seule définition correcte du vrai est d'ordre opératoire, certes, mais dans un sens moins large que ne le suggère le pragmatisme. Nous dirons que le vrai est ce qui est vérifiable. Certes, en logique pure, en mathématique, triomphe une vérité purement formelle, une vérité qui ignore la réalité. La vérité est ici seulement l'accord de l'esprit avec ses propres conventions. L'énoncé : « La somme des angles d'un triangle vaut deux droits « est vrai (c'est-à-dire non contradictoire) si j'admets les postulats d'Euclide, faux dans le cadre d'une géométrie non euclidienne.

             Mais dans le domaine expérimental, si la définition de la vérité est toujours la non-contradiction, il s'agit de la non-contradiction des preuves expérimentales. Le vrai, c'est ce qui est vérifié par un faisceau de preuves de plus en plus serré. La vérité n'est plus alors un absolu ; elle est relative à l'étendue et à la précision du champ expérimental. Elle dépend de la valeur sans cesse croissante des techniques de vérification. « Le monde scientifique, écrit Bachelard dans Le Nouvel Esprit scientifique (1934), est notre vérification. «

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