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Ethiopie-Erythrée : les dividendes de la paix

Publié le 17/01/2022

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12 décembre 2000 Principal bénéficiaire des crédits de la Banque mondiale en Afrique subsaharienne au milieu des années 1990, l'Ethiopie a été mise en quarantaine par les institutions financières internationales durant sa guerre avec l'Erythrée (1998-2000). Mais avec le cessez-le-feu signé en juin 2000 et l'accord de paix paraphé le 12 décembre dernier, les deux pays vont pouvoir renouer progressivement avec les financements internationaux. Ceux-ci vont se focaliser, dans un premier temps, sur les problèmes humains et sociaux générés par la guerre (démobilisation, réinsertion des blessés et infirmes de guerre, contrôle de l'expansion du sida parmi les troupes, aides aux populations déplacées à l'intérieur de leur pays en raison de la guerre) et sur les gros travaux de réhabilitation des infrastructures détruites. DÉMOBILISATION Un programme d'urgence d'un montant de 18 millions de dollars, destiné aux zones les plus affectées par la guerre, a déjà été mis en place à la mi-2000 en Erythrée. La coopération italienne en financera l'essentiel (15 millions de dollars), mais hormis une modeste contribution de 100 000 dollars du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le gouvernement d'Asmara peine à réunir les 3 millions de dollars manquants. Un second programme d'un montant de 287 millions de dollars se consacrera à la reconstruction des routes et des infrastructures du secteur énergétique, tout en finançant l'achat de semences, engrais et instruments agricoles pour les paysans érythréens. De son côté, l'Union européenne pourrait débloquer un crédit de 20 millions d'euros pour la construction de lignes électriques à haute tension, qui a déjà été approuvé début 2000, mais qui avait été gelé à cause du conflit. Une autre enveloppe européenne de 56 millions d'euros pourrait être mise à la disposition d'Asmara afin de financer ses importations, à condition toutefois que le gouvernement érythréen s'engage à ce que les fonds générés soient utilisés pour financer des projets pour les communautés locales (petit élevage, pêche, réfection de barrages). Pour l'Ethiopie, la Banque mondiale a prévu environ 800 millions de dollars de crédits pour les deux années à venir, dont 170 millions pour financer la démobilisation de 150 000 militaires ainsi que leur réinsertion : 59 000 soldats éthiopiens, dont 17 000 mutilés de guerre, doivent être démobilisés dès le milieu de l'année 2001 ; 90 000 autres le seront par la suite, en fonction de l'évolution des relations avec l'Erythrée. Un autre crédit d'urgence de 230 millions de dollars servira à déminer des zones frontalières, à réinstaller des déplacés intérieurs (364 000 personnes), à venir en aide aux 75 000 déportés et aux 56 000 familles ayant perdu leurs moyens d'existence suite à la guerre et à reconstruire certains des édifices publics détruits durant ce conflit (côté éthiopien, ces pertes sont évaluées au total à 200 millions de dollars). Tandis qu'un autre prêt de 50 millions de dollars permettra l'achat d'engrais destinés aux récoltes 2001 et 2002. DETTE EXTÉRIEURE La Commission européenne, fortement encouragée en ce sens par l'Italie, envisage de redémarrer en Ethiopie des projets gelés pendant la guerre, telle la reconstruction de la route Kombolcha-Mille, pour laquelle le Fonds européen de développement (FED) avait accordé 25 millions d'euros en février 2000, qui n'ont toujours pas été déboursés. L'engagement de l'Ethiopie à réduire ses dépenses militaires de 13,4 % du produit intérieur brut (PIB) l'an dernier à 5 % en 2003 a encouragé le Fonds monétaire international (FMI) à reprendre ses discussions financières avec Addis-Abeba. Le conflit militaire n'a fait qu'aggraver la dette extérieure des deux belligérants. Celle de l'Erythrée, qui était nulle à l'indépendance en 1993, est passée de 142 millions de dollars à 225 millions entre 1998 et 1999. Tandis que le stock de la dette extérieure éthiopienne, même s'il s'est légèrement tassé en 1998 (vu le gel des crédits internationaux), n'en demeure pas moins à un niveau très élevé (9,2 milliards de dollars en 1999), avec des remboursements annuels en forte hausse (de 33 millions de dollars en 1998 à 160 millions en 1999). L'économie des deux anciens belligérants mettra des années à se relever du conflit. L'Erythrée a vu son taux de croissance plonger de 8 % en 1997 à 3 % en 1999 et son déficit budgétaire exploser de 5,5 % du PIB en 1997 à 35,1 % en 1999 en raison des pertes de revenus portuaires - lorsque ses installations ont cessé d'être utilisées par l'Ethiopie - et de la charge importante représentée par les 1,1 million de déplacés intérieurs ayant fui les zones de guerre. Ce problème des déplacés intérieurs est d'une plus grande acuité en Erythrée, car le pays est petit et la pénétration des troupes éthiopiennes, lors du conflit, y a accéléré les mouvements de populations. Aussi, les autorités érythréennes ont-elles réclamé une aide humanitaire de 183 millions de dollars en juin 2000 et ont estimé à 800 millions de dollars leurs besoins pour reconstruire leur pays. Pourtant, deux ans auparavant Asmara n'hésitait pas à dépenser pour s'armer : 90 millions de dollars en achats d'armes russes et au moins 150 millions de dollars pour des armes et munitions provenant d'autres pays d'Europe de l'Est. Côté éthiopien, les dépenses d'armement auraient dépassé les 500 millions de dollars. La guerre a également chassé les réformes économiques libérales des préoccupations du gouvernement éthiopien. Dans le même temps, la famine due à la sécheresse a sévi dans le sud du pays. Les termes du commerce extérieur ont connu une forte dégradation (baisse des prix du café et du volume de ses exportations, hausse des prix du pétrole importé), alors que les financements des donateurs se raréfiaient. Le déficit fiscal s'est donc mis à grimper, passant de 3,6 % du PIB en 1998 à 6,9 % en 1999 et dépassant les 11 % l'an dernier, tandis que les réserves en devises sont tombées à deux mois d'importation. Néanmoins, la croissance économique est demeurée à 4,6 % l'an dernier (contre une moyenne de 6 % par an entre 1992 et 1999), « ironiquement », note un récent document interne de la Banque mondiale, « en résultat des dépenses militaires » et du fait de la croissance agricole dans les zones non affectées par la sécheresse. TARIFS PORTUAIRES Les liens économiques antérieurs entre l'Erythrée et l'Ethiopie, mais également les relations respectives que ces deux pays entretenaient avec leurs voisins, ont été durablement chamboulées. Malgré la paix, l'heure n'est pas à la normalisation politique et économique entre Asmara et Addis-Abeba. Les échanges commerciaux qui existaient entre ces deux pays avant 1998 ont cessé. L'Erythrée a vu ses activités portuaires s'effondrer du fait de l'arrêt de l'utilisation du port d'Assab pour l'import-export éthiopien. L'Ethiopie a réorienté tout son commerce sur le port de Djibouti, ce qui lui pose maintenant un sérieux problème. La gestion de ce port a été confiée, l'an dernier, à la société privée qui gère celui de Dubaï. Par souci de rentabilité économique, cette dernière a décidé d'augmenter les tarifs portuaires de Djibouti d'environ 30 %, en début d'année. Se sentant étranglée par le surenchérissement du coût de transit de son commerce, l'Ethiopie a refusé cette hausse, ce qui a jeté un froid dans ses relations avec le gouvernement djiboutien. Le gouvernement éthiopien cherche donc à diversifier ses corridors commerciaux. Ainsi, Addis- Abeba s'est rapproché du Kenya (avec l'idée d'utiliser éventuellement le port kenyan de Mombasa pour certains de ses approvisionnements) et des autorités du Somaliland (nord-ouest de la Somalie), dont l'indépendance autoproclamée n'est reconnue par aucun pays. Une partie des approvisionnements éthiopiens en vrac (notamment l'aide alimentaire) passe déjà par le port de Berbera, au Somaliland. Devenu allié du Soudan pour mieux isoler l'Erythrée, l'Ethiopie envisage aussi d'utiliser Port-Soudan comme nouveau débouché maritime ; par ailleurs, l'ambitieux projet d'une ligne de chemin de fer reliant ce port soudanais à Addis-Abeba est à l'étude.

« éthiopiennes, lors du conflit, y a accéléré les mouvements de populations.

Aussi, les autorités érythréennes ont-elles réclamé uneaide humanitaire de 183 millions de dollars en juin 2000 et ont estimé à 800 millions de dollars leurs besoins pour reconstruireleur pays. Pourtant, deux ans auparavant Asmara n'hésitait pas à dépenser pour s'armer : 90 millions de dollars en achats d'armes russeset au moins 150 millions de dollars pour des armes et munitions provenant d'autres pays d'Europe de l'Est.

Côté éthiopien, lesdépenses d'armement auraient dépassé les 500 millions de dollars. La guerre a également chassé les réformes économiques libérales des préoccupations du gouvernement éthiopien.

Dans lemême temps, la famine due à la sécheresse a sévi dans le sud du pays.

Les termes du commerce extérieur ont connu une fortedégradation (baisse des prix du café et du volume de ses exportations, hausse des prix du pétrole importé), alors que lesfinancements des donateurs se raréfiaient.

Le déficit fiscal s'est donc mis à grimper, passant de 3,6 % du PIB en 1998 à 6,9 % en1999 et dépassant les 11 % l'an dernier, tandis que les réserves en devises sont tombées à deux mois d'importation. Néanmoins, la croissance économique est demeurée à 4,6 % l'an dernier (contre une moyenne de 6 % par an entre 1992 et1999), « ironiquement », note un récent document interne de la Banque mondiale, « en résultat des dépenses militaires » et du faitde la croissance agricole dans les zones non affectées par la sécheresse. TARIFS PORTUAIRES Les liens économiques antérieurs entre l'Erythrée et l'Ethiopie, mais également les relations respectives que ces deux paysentretenaient avec leurs voisins, ont été durablement chamboulées. Malgré la paix, l'heure n'est pas à la normalisation politique et économique entre Asmara et Addis-Abeba.

Les échangescommerciaux qui existaient entre ces deux pays avant 1998 ont cessé.

L'Erythrée a vu ses activités portuaires s'effondrer du faitde l'arrêt de l'utilisation du port d'Assab pour l'import-export éthiopien. L'Ethiopie a réorienté tout son commerce sur le port de Djibouti, ce qui lui pose maintenant un sérieux problème.

La gestion dece port a été confiée, l'an dernier, à la société privée qui gère celui de Dubaï.

Par souci de rentabilité économique, cette dernièrea décidé d'augmenter les tarifs portuaires de Djibouti d'environ 30 %, en début d'année.

Se sentant étranglée par lesurenchérissement du coût de transit de son commerce, l'Ethiopie a refusé cette hausse, ce qui a jeté un froid dans ses relationsavec le gouvernement djiboutien. Le gouvernement éthiopien cherche donc à diversifier ses corridors commerciaux.

Ainsi, Addis- Abeba s'est rapproché duKenya (avec l'idée d'utiliser éventuellement le port kenyan de Mombasa pour certains de ses approvisionnements) et desautorités du Somaliland (nord-ouest de la Somalie), dont l'indépendance autoproclamée n'est reconnue par aucun pays.

Unepartie des approvisionnements éthiopiens en vrac (notamment l'aide alimentaire) passe déjà par le port de Berbera, auSomaliland.

Devenu allié du Soudan pour mieux isoler l'Erythrée, l'Ethiopie envisage aussi d'utiliser Port-Soudan comme nouveaudébouché maritime ; par ailleurs, l'ambitieux projet d'une ligne de chemin de fer reliant ce port soudanais à Addis-Abeba est àl'étude. FRANCIS SOLER Le Monde du 6 février 2001 CD-ROM L'Histoire au jour le jour © 2002, coédition Le Monde, Emme et IDM - Tous droits réservés. »

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