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La fin de Satan Vous avez tué l'homme et laissé l'enfant vivre!

Publié le 12/04/2014

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La fin de Satan Vous avez tué l'homme et laissé l'enfant vivre! Soyez maudits! Je hais. Ma propre horreur m'enivre. Malheur à ce qui vit! Malheur à ce qui luit! Je suis le mal, je suis le deuil, je suis la nuit. Malheur! Pendant qu'au bois le loup étreint la louve, Pendant que l'ours ému cherche l'ourse et la trouve, Que la femme est à l'homme, et le nid à l'oiseau, Que l'air féconde l'eau tremblante, le ruisseau L'herbe, et que le ramier s'accouple à la colombe, Moi l'eunuque, j'ai pris pour épouse une tombe! II Et dans le même bois et de l'autre côté Un lépreux s'écriait: Nature! immensité! Etoiles! profondeurs! fleurs qu'en tremblant je nomme, Ne maudissez pas que moi! soyez bonnes pour l'homme! O Dieu, quand je suis né, vous ne regardiez pas. La lèpre, rat hideux de la cave trépas, Me ronge, et j'ai la chair toute déchiquetée. Je suis la créature immonde et redoutée. La terre ne m'a pris que pour me rejeter. Les buissons ont pitié de me voir végéter; Ce qu'ils ont en bourgeons sur moi croît en pustules. Ma peau, quand je suis nu, fait peur aux tarentules. De loin, au chevrier, au pâtre, au laboureur, J'apparais, spectre, avec le masque de l'horreur. La lèpre erre sur moi comme un lierre sur l'orme. La sève qui, gonflant tout de son flot énorme, Emplit de lionceaux les antres, les doux nids De soupirs, de rameaux les arbres rajeunis, La rose de parfums et l'espace de mondes, Me fait manger vivant par des bêtes immondes! Je suis le souffle peste et le toucher poison; Je suis dans une plaie un esprit en prison, Ame qui pleure au fond d'une fange qui saigne, Je suis ce que le pied foule, écrase et dédaigne, L'ordure, le rebut, le crapaud du chemin, Le crachat de la vie au front du genre humain. Je me tords, enviant la beauté des chenilles. Mon reflet rend la source horrible; mes guenilles Montrent ma chair, ma chair montre mes os; je suis L'abjection du jour, l'infection des nuits. Ainsi qu'un fruit pourri, la vie est dans ma bouche. J'ai beau me retourner sur la cendre où je couche, Je ressemble au remords qui ne peut pas dormir. Quand je sors, ma maison a l'air de me vomir; Quand je rentre, je sens me résister ma porte. Seigneur! Seigneur! je suis importun au cloporte, Le chien me fuit, l'oiseau craint mon front qui pâlit, STROPHE DEUXIEME. CEUX QUI PARLAIENT DANS LE BOIS 19 La fin de Satan Et le porc monstrueux regarde mal mon lit. Sous le ciel profond et bleu, mon âme est seule. Ma bouche n'ose pas même baiser la gueule. L'antre en me voyant gronde et devient soucieux. Chaque jour rayonnant qui passe sous les cieux Est un bourreau qui vient me traîner dans la claie. Le tesson du bourbier, dont j'ai raclé ma plaie, Va s'en plaindre à la fange et dit: il m'a sali. Tout est votre pensée et je suis votre oubli, Seigneur; le mal me tient sous sa griffe cruelle. Des enfants en riant m'ont cassé mon écuelle; Je n'ai plus que ma main lépreuse pour puiser L'eau dans le creux du roc où l'air vient la verser, De sorte qu'à présent je bois dans mon ulcère. Seigneur! Seigneur! je suis dans le cachot misère. La création voit ma face et dit: dehors! La ville des vivants me repousse, et les morts Ne veulent pas de moi, dégoût des catacombes. Le ver des lèpres fait horreur au ver des tombes. Dieu! je ne suis pas mort et ne suis pas vivant. Je suis l'ombre qui souffre, et les hommes trouvant Que pour l'être qui pleure et qui rampe et se traîne, C'était trop peu du chancre, ont ajouté la haine. Leur foule, ô Dieu, qui rit et qui chante, en passant Me lapide saignant, expirant, innocent; Ils vont marchant sur moi comme sur de la terre; Je n'ai pas une plaie où ne tombe une pierre. Eh bien! je suis content, Dieu, si je souffre seul! Eh bien! je tire à moi tous les plis du linceul Pour qu'il n'en flotte rien sur la tête des autres! Eh bien! je ne sais pas quelles lois sont les vôtres, Mais, dans mon anathème et mon accablement, Je le dis, puisse, ô Dieu du profond firmament, Du fond de ma nuit noire, en ce monde où nous sommes, Mon malheur rayonner en bonheur sur les hommes! Qu'ils vivent dans la joie et l'oubli, jamais las! Ce qu'il vous doit, ô Dieu, l'homme l'ignore hélas! Oh! que je sois celui qui pleure et qui rachète! Laissez-moi vous payer leur rançon en cachette, Dieu bon, par qui Noë connut le raisin mûr! Femmes qui, si ma tête ose passer mon mur, Si je tâche en passant de voir votre lumière, Frémissantes, crachez sur ma pauvre chaumière, Et qui vous enfuyez avec des cris d'effroi, Que Dieu vous donne, hélas! L'amour qu'il m'ôte à moi! Je vous bénis. Chantez dans cette vie amère. Petit enfant qui tiens la robe de ta mère, Et qui, si tu me vois songeant sous l'infini, Dis: Mère, quel est donc ce monstre? sois béni. Vous hommes, qui riez des pleurs de mes paupières, O mes frères lointains qui me jetez des pierres, STROPHE DEUXIEME. CEUX QUI PARLAIENT DANS LE BOIS 20

« Et le porc monstrueux regarde mal mon lit.

Sous le ciel profond et bleu, mon âme est seule.

Ma bouche n'ose pas même baiser la gueule.

L'antre en me voyant gronde et devient soucieux.

Chaque jour rayonnant qui passe sous les cieux Est un bourreau qui vient me traîner dans la claie.

Le tesson du bourbier, dont j'ai raclé ma plaie, Va s'en plaindre à la fange et dit: il m'a sali.

Tout est votre pensée et je suis votre oubli, Seigneur; le mal me tient sous sa griffe cruelle.

Des enfants en riant m'ont cassé mon écuelle; Je n'ai plus que ma main lépreuse pour puiser L'eau dans le creux du roc où l'air vient la verser, De sorte qu'à présent je bois dans mon ulcère.

Seigneur! Seigneur! je suis dans le cachot misère.

La création voit ma face et dit: dehors! La ville des vivants me repousse, et les morts Ne veulent pas de moi, dégoût des catacombes.

Le ver des lèpres fait horreur au ver des tombes.

Dieu! je ne suis pas mort et ne suis pas vivant.

Je suis l'ombre qui souffre, et les hommes trouvant Que pour l'être qui pleure et qui rampe et se traîne, C'était trop peu du chancre, ont ajouté la haine.

Leur foule, ô Dieu, qui rit et qui chante, en passant Me lapide saignant, expirant, innocent; Ils vont marchant sur moi comme sur de la terre; Je n'ai pas une plaie où ne tombe une pierre.

Eh bien! je suis content, Dieu, si je souffre seul! Eh bien! je tire à moi tous les plis du linceul Pour qu'il n'en flotte rien sur la tête des autres! Eh bien! je ne sais pas quelles lois sont les vôtres, Mais, dans mon anathème et mon accablement, Je le dis, puisse, ô Dieu du profond firmament, Du fond de ma nuit noire, en ce monde où nous sommes, Mon malheur rayonner en bonheur sur les hommes! Qu'ils vivent dans la joie et l'oubli, jamais las! Ce qu'il vous doit, ô Dieu, l'homme l'ignore hélas! Oh! que je sois celui qui pleure et qui rachète! Laissez-moi vous payer leur rançon en cachette, Dieu bon, par qui Noë connut le raisin mûr! Femmes qui, si ma tête ose passer mon mur, Si je tâche en passant de voir votre lumière, Frémissantes, crachez sur ma pauvre chaumière, Et qui vous enfuyez avec des cris d'effroi, Que Dieu vous donne, hélas! L'amour qu'il m'ôte à moi! Je vous bénis.

Chantez dans cette vie amère.

Petit enfant qui tiens la robe de ta mère, Et qui, si tu me vois songeant sous l'infini, Dis: Mère, quel est donc ce monstre? sois béni.

Vous hommes, qui riez des pleurs de mes paupières, O mes frères lointains qui me jetez des pierres, La fin de Satan STROPHE DEUXIEME.

CEUX QUI PARLAIENT DANS LE BOIS 20. »

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