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Gottfried Wilhelm Leibniz par Yvon Belaval Faculté de Lille La vie d'un philosophe constamment engagé dans l'activité sociale importerait plus à connaître que celle du philosophe enfermé seul dans un poêle : nous devons pourtant nous borner à situer la vie de Gottfried Wilhelm Leibniz.

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Gottfried Wilhelm Leibniz par Yvon Belaval Faculté de Lille La vie d'un philosophe constamment engagé dans l'activité sociale importerait plus à connaître que celle du philosophe enfermé seul dans un poêle : nous devons pourtant nous borner à situer la vie de Gottfried Wilhelm Leibniz. A sa naissance - le 1er juillet 1646, à Leipzig - la guerre de Trente ans n'est pas encore terminée (1648) : Huygens a 17 ans ; Spinoza, Locke, Leuwenhock 14 ; Malebranche 8 ; Newton 4 ; Bayle naîtra l'année suivante ; Galilée vient de disparaître (1642), Descartes s'éteindra en 1650. L'Allemagne est en ruines, divisée politiquement et religieusement. Dans la bibliothèque de son père (mort en 1652), Leibniz commence en autodidacte la culture encyclopédique à laquelle - contre les cartésiens - il rattachera sa liberté d'esprit et ce qu'on appellera son éclectisme. A 8 ans il balbutie le latin, à 10 le grec, vers 13 ans il aborde la Logique d'Aristote et des scolastiques, y cherchant non un Organon extérieur à la science, mais les arcanes de la nature : si, en effet, Dieu s'exprime à la fois dans l'homme et dans le monde, alors le microcosme exprime le cosmos, le monde, au fond, est rationnel, et les Catégories sont comme un catalogue où l'on doit trouver le modèle de toutes choses, eine Muster-Rolle. D'où, déjà, le rêve d'une Logique universelle, avec sa langue universelle et ses signes - sa Caractéristique - propres : les règles de combinaisons des signes exprimeraient les lois de combinaisons des choses. A Pâques 1661, Leibniz entre en Faculté : sa carrière (1661-1716) coïncidera avec le règne personnel de Louis XIV (1661-1715). Fontenelle a 4 ans ; Desargues et Pascal (1662) et Fermat (1665) touchent à leur terme. Renonçant aux formes substantielles, l'étudiant, qui découvre superficiellement les " modernes ", se plaît aux imaginations du mécanisme atomistique. L'enseignement, lui, demeure d'un traditionalisme éclairé, avec Adam Scherzer, nominaliste, Jacob Thomasius, un des fondateurs de l'histoire de la philosophie, etc. En 1663, Leibniz soutient sa thèse de baccalauréat : De principio individui. Après le semestre d'été à Iéna, il se plonge dans la jurisprudence qui lui donne occasion de méditer sur la logique du probable : le De arte combinatoria (1666) pousse remarquablement loin pour l'époque l'étude des arrangements, des combinaisons et des permutations circulaires. Gradué docteur en droit à Altdorf, Leibniz se rend à Nuremberg. En 1667, il rencontre le baron Jean-Christian de Boinebourg qui va l'initier à la vie politique et, après un séjour à Francfort, l'introduire, en 1668, comme juriste à la cour de l'Électeur-Archevêque de Mayence. Boinebourg, luthérien converti au catholicisme, hanté par la menace turque sur l'empire, inspire des essais de Démonstrations catholiques pour la réunion des Églises et un Projet d'expédition d'Égypte pour détourner de l'empire contre les Turcs les armes de Louis XIV. Les Démonstrations au sujet de la présence réelle font Leibniz réfléchir à la difficile doctrine du point, préparant ainsi les recherches sur l'infinitésimal et elles le poussent, du mécanisme atomistique dont elles lui montrent l'insuffisance, au mécanisme corpusculaire de l'Hypothesis physica nova (1670) : mais ce mécanisme n'est cartésien que dans la mesure où l'on y considère le mouvement-local (et non le mouvement-processus) dans un espace-substance. Chargé de mission - la guerre de Hollande rend d'emblée inutile le projet égyptien - Leibniz arrive à Paris en 1672. Boinebourg meurt en décembre 1672, l'Électeur en février 1673. Voici Leibniz privé de ses meilleurs appuis. Mais libre aussi. Il peut approfondir et reprendre de fond en comble sa culture scientifique. Un premier voyage à Londres le met en relation directe avec Oldenbourg, Boyle, Pell, peut-être Collins. A Paris il voit Arnauld, Clerselier qui lui communique les manuscrits de Pascal et de Descartes, Roberval qui disparaît l'année où S. Clarke vient au monde (1675), Malebranche, etc. : mais, surtout, Christian Huygens qui lui signale les inexactitudes des lois cartésiennes du choc et fait de lui un mathématicien. Dès 1673, il parvient à la formule de p/4 = 1/1 - 1/3 + 1/5 - 1/7 + ... et, en 1675, au calcul intégral (le 29 octobre) et différentiel (le 1er novembre) ; mais il ne révélera sa découverte qu'en 1684. Obligé de gagner sa vie, il doit quitter Paris en octobre 1676 pour Hanovre, où le prince Jean-Frédéric lui a offert la place de bibliothécaire. Il passe par Londres, sans se douter que l'on prendra prétexte de ses deux séjours dans la capitale anglaise pour l'accuser d'avoir surpris, des amis de Newton, le secret de la méthode infinitésimale. De Londres, il se rend à Amsterdam, puis à La Haye où il rencontre Spinoza - qui meurt l'année suivante, deux ans avant Hobbes (1679). Il arrive à Hanovre. 1678 le verra conseiller de justice. Sa philosophie se complète : désubstantialisation de l'espace ; établissement de la Dynamique qui substitue au mouvement local - c'est-à-dire à des trajectoires - tel qu'il figure dans le mécanisme cartésien, l'analyse infinitésimale du processus du mouvement et remplace, dans le principe de conservation, la force morte, mû, par la force vive mv2, doctrine de la substance individuelle (le terme de monade n'apparaîtra qu'en 1695) et de la liberté. Le Discours de Métaphysique (1685), commenté par la Correspondance avec Arnauld (1686-1690), expose le système dans sa forme presque définitive. Et pourtant, sous les trois princes qu'il sert - après Jean-Frédéric (mort en 1679), Ernest-Auguste (1680-1698), Georges-Louis (1698-1716) - Leibniz doit dérober les instants qu'il consacre à la philosophie. Que de travaux ou de besognes ! Consultations juridiques, assèchements de puits de mines dans le Harz (de ses observations géologiques, il tire la Protogeae qui inspirera Buffon), pourparlers - avec Spinola, Bossuet, etc. - pour tenter, vainement, de réunir catholiques et réformés, calvinistes et luthériens, luthériens et anglicans, Histoire de la Maison de Brunschwick - d'où les voyages d'information en Autriche et en Italie de 1687 à 1690 - intrigues pour l'élévation du Hanovre à l'Électorat, fondation d'académies surtout celle de Berlin - etc. ; il est impossible de suivre en toutes ses démarches l'activité d'un homme auquel aucune science, aucune affaire politique ou religieuse n'est étrangère et qui compte près de mille correspondants. Lorsqu'il s'éteint, le 14 novembre 1716, son secrétaire reste seul pour accompagner sa dépouille. Avec lui s'éteint le XVIIe siècle : Arnauld, Malpighi, Pufendorf sont morts en 1694, Huygens en 1695, Wallis en 1703, Bossuet et Locke en 1704, Bayle en 1706, Roemer en 1710, Shaftesbury en 1713, Louis XIV, Fénelon, Malebranche en 1715 et Newton va les suivre en 1717. Un nouveau siècle commence : Christian Wolff a 37 ans, Berkeley 31, Montesquieu 25, Voltaire 22, Buffon 9, Hume 5, Rousseau 4, Diderot 3 ; Condillac, Vauvenargues, Helvetius viennent de naître (1715). Dernier des grands scolastiques, des plus grands entre les modernes, Leibniz sera, avec Descartes et Newton, une des forces de ce nouveau siècle. Notre philosophe n'a pas laissé de sa doctrine un exposé systématique comparable aux Méditations : il procède le plus souvent par brefs articles, monades où le système se reflète selon différents points de vue : théologie, métaphysique, logique mathématique, physique, histoire, philologie, jurisprudence, etc. Sa méthode, observait Boutroux, est tour à tour expérimentale, mathématique, métaphysique. Descartes venait de renouveler cette dialectique platonicienne. Mais Leibniz préfère, avec la tr...

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