Devoir de Philosophie

Le Romantisme musical par Alfred Cortot " Le romantisme n'est pas une question d'étrangeté ou de recherche de formes surprenantes.

Publié le 05/04/2015

Extrait du document

question
Le Romantisme musical par Alfred Cortot " Le romantisme n'est pas une question d'étrangeté ou de recherche de formes surprenantes. Sa qualité essentielle, c'est qu'il permet au musicien d'être aussi un poète. " (Lettre de Robert Schumann à Clara Wieck.) L'histoire de la Musique occidentale - exceptions faites pour les apports divinateurs d'un Monteverdi, d'un Palestrina, d'un Schütz ou d'un Jean-Sébastien Bach - n'enregistre pas de moment qui, plus et mieux que la période romantique, ait fait plonger à nouveau les expressions de notre art au plus profond du secret de ses origines. Née, et sans doute avant la parole, des manifestations physiologiques du cri, des larmes ou du rire, la modulation des sonorités devait retrouver à cette époque et sous cette rubrique, après des siècles de patientes interrogations techniques, comme un écho de ces accents élémentaires qui, primitivement, et dans l'ignorance de toute condition esthétique, ne tendaient qu'à confesser une douleur ou une joie, qu'à avouer par le truchement des mélopées embryonnaires un " moi " irrépressible et frémissant. L'art musical remontait ainsi instinctivement à sa source - sinon dans son moyen, devenu peu à peu tributaire de tous les particularismes de la civilisation - du moins dans sa signification essentielle. Et alors même que, sollicitée par les données d'un nouveau comportement intellectuel, une proche génération n'allait pas tarder à se manifester en réaction contre les tendances du mouvement littéraire, pictural ou dramatique qui, depuis Jean-Jacques et, à l'imitation de Byron ou de Chateaubriand, s'employait sous toutes les latitudes et d'un zèle quasi universel à chanter les inquiétudes de l'âme, les aspirations excessives du coeur, tout de même qu'un certain désordre de l'esprit, le romantisme musical, par contre, trouvait dans son adaptation à un climat psychique de semblable nature, dans un pareil recours aux modalités les plus exaltées comme les plus confidentielles du sentiment humain, les raisons d'être d'une floraison de chefs-d'oeuvre dont le rayonnement initial se témoigne encore d'une singulière intensité au travers des exemples les plus significatifs de la production contemporaine. " Rêveries et Passions ". Ce sera par l'emploi de ces deux termes suggestifs que Berlioz affirmera, dès 1830, le caractère délibérément évocateur dont se réclame la conception du premier mouvement de la Fantastique - oeuvre-clef du style Jeune France - définissant ainsi, en un raccourci symbolique, les données spécifiques de la profonde évolution qui va tendre à situer la musique hors la norme des enseignements éprouvés et l'entraîner vers d'audacieuses réalisations sous le signe d'une intime conjonction de l'idée et du son, de l'impression et de l'expression. Car il ne s'agissait plus pour les vibrants adeptes de ce Sturm und Drang, des harmonies et des rythmes dont l'apport se confondait avec celui du verbe enflammé et de la pensée palpitante, de conformer l'inspiration musicale à la mesure raffinée d'un jeu apollinien, paré des plus savantes recherches de l'expérience et du goût, et tel qu'un XVIIIe siècle sur lequel avaient pesé, et d'une manière quasi impérative, les contraintes largement tolérées de l'imitation, venait d'en multiplier les modèles, empreints tout à la fois des plus rares privilèges de la perfection comme de la plupart des décevants attributs de l'anonymat ; mais, au contraire, et libérant hardiment le langage musical de ses attaches d'école ou de ses habitudes traditionnelles, de lui donner à traduire toute la diversité des ardeurs secrètes qui vivent en nous. L'intuition, ici, se faisait fort de remplacer la connaissance et la sincérité spontanée des élans idéologiques, de suppléer les démarches concertées d'une experte rhétorique. La musique se voyait ainsi à nouveau, conformément à ses propos d'origine et quelque témérité qu'il y ait à vouloir accoupler en une même formule deux termes contradictoires, redevenue dépositaire de " l'expression de l'inexprimable "....
question

« par Alfred Cortot. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles