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CRISE DE 1929 (Histoire)

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De 1929 à 1936, tous les pays industrialisés et certains pays d'Amérique latine et d'Asie sont plongés dans une profonde dépression économique et financière dont les manifestations les plus marquantes sont une très forte baisse de la production (selon les pays, entre - 10 % et - 50 % entre 1929 et 1932), le krach boursier (les actifs boursiers perdent de 50 % à 80 % de leur valeur en moyenne) et la très forte montée du chômage (touchant de 15 % à 30 % de la population active selon les pays en 1933). Cette grande dépression, bien plus forte que celle de la fin du xixe siècle, débouche sur une crise majeure (d'où l'appellation de « Grande Crise ») qui bouleverse les systèmes de régulation économiques nationaux et internationaux. Si la crise peut être considérée comme à peu près résorbée à partir de 1936-1937 (de nombreux pays retrouvent à cette date leur niveau de production et d'emploi de 1929), elle ne se referme qu'après le dénouement de la Seconde Guerre mondiale. Surproduction et instabilité financière internationale. La crise qui éclate résulte d'une situation économique minée à la fois par la tendance à la surproduction, qui se généralise dans les années 1920, et par l'instabilité financière internationale, liée notamment à la fragilité du système bancaire et au pourrissement du règlement des dommages et des dettes de la Grande Guerre. Entre 1921 et 1929, les pays industrialisés ont connu une croissance économique exceptionnelle : la production industrielle croît de plus de 70 % en Allemagne et en France, de 55 % aux États-Unis et de 36 % en Angleterre. Mais l'expansion est fragile : dès 1928 en Allemagne, 1929 pour les autres pays, cette croissance s'enraye, puis la production s'effondre, car la demande se révèle défaillante. La faiblesse des salaires limite la consommation des ménages (par exemple, aux États-Unis, près de 70 % des ménages perçoivent un revenu annuel inférieur au minimum de confort acceptable) ; dans tous les pays industrialisés, l'agriculture marchande subit une crise de surproduction à cause des investissements importants effectués à la fin de la guerre, ce qui limite d'autant les débouchés pour l'industrie ; en outre, à cause de ces tendances à la surproduction, les prix des marchés internationaux se dégradent (en moyenne, les prix du commerce mondial des produits de base perdent 25 % de leur valeur - 20 % pour les produits manufacturés - entre la période 1921-1925 et 1930). Les premiers signes de faiblesse (ralentissement ou baisse des prix et des profits) apparaissent dès 1926, mais 1929 marque un basculement général. Les prix de gros chutent en France de 17 % entre 1928 et 1930 ; les prix à la consommation, en Angleterre et aux États-Unis, reculent dès 1927, et plongent à partir de 1930 (- 25 % entre 1930 et 1932 aux États-Unis). Cette baisse des prix due à la mévente entraîne une dégradation des résultats des entreprises (les profits apparaissent en baisse dès le premier trimestre 1929) : les plus fragiles font faillite, les autres réduisent leur activité, licencient et baissent les salaires. Mais ces ajustements, en réduisant les débouchés, ne font qu'aggraver la crise. Celle-ci se propage de secteur en secteur. En France, la production industrielle commence à baisser, selon les secteurs, entre septembre 1928 et avril 1930 : après l'industrie textile (laine, soie, puis coton) et celle du cuir, la récession frappe la sidérurgie et l'industrie automobile au deuxième trimestre 1929. Cet enchaînement cumulatif, enclenché dans tous les pays industrialisés dès le début de l'année 1929, s'emballe à partir du krach boursier américain d'octobre. Jeudi noir à Wall Street. Au cours de l'été 1929, de nombreux investisseurs et spéculateurs commencent à s'inquiéter du décalage croissant entre la dégradation des résultats de l'industrie et la hausse vertigineuse de la Bourse de New York (Wall Street) où le cours des principales actions a doublé entre 1926 et 1929. La panique saisit les opérateurs le jeudi 24 octobre 1929 (dit « jeudi noir », Black Thursday) : treize millions de titres sont présentés à la vente et le cours moyen des actions plonge de 13 %. Une accalmie s'ensuit, mais dès le mardi suivant (29 octobre), 33 millions de titres sont mis en vente, et de nombreuses actions perdent la totalité de leur valeur. En deux mois, Wall Street perd un tiers de sa valeur moyenne ; en 1932, au point le plus bas, le cours moyen ne vaudra plus que 15 % de celui de 1929. Le krach provoque la faillite en cascade de nombreuses banques car les spéculateurs opéraient de plus en plus à crédit : leur ruine entraîne la banqueroute d'établissements alors beaucoup trop petits pour absorber de telles pertes (on compte environ 28 000 banques aux États-Unis, déjà fragilisées par la crise agricole) ; beaucoup trop timide, le Federal Reserve System (le Fed est le système fédéral de Banque centrale chargé depuis 1913 de fiabiliser le système bancaire) ne peut enrayer la crise. Cette nouvelle onde de choc accentue la récession de l'industrie américaine et se répercute aussi sur des économies européennes déjà bien affaiblies. En effet, manquant de capitaux à cause du krach et des faillites bancaires, les investisseurs américains rapatrient leurs avoirs d'Europe. Cela provoque alors l'asphyxie du système bancaire européen. Le 14 mai 1931, la plus importante banque autrichienne (la Kredit Anstalt de Vienne) fait faillite, entraînant dans sa chute les banques allemandes qui lui avaient fait crédit. Seule l'intervention de l'État empêche la faillite généralisée. Mais, par contrecoup, le 6 juin, l'Allemagne se déclare incapable de payer ses dettes, bien que le paiement des réparations de guerre ait été allégé par le plan Dawes en 1924 puis par le plan Young en 1930. La conférence de Lausanne, en juin 1932, règle définitivement la question (l'Allemagne versant trois milliards de marks à la Banque des règlements internationaux [BRI] qui a succédé en 1930 à la Commission des réparations née du traité de Versailles), mais trop tard : par réaction à la décision allemande, la France a cessé d'honorer le remboursement des dettes contractées pendant la guerre. Dévaluation de la livre sterling et du dollar. À la suite, la Grande-Bretagne réagit en dévaluant la livre en septembre 1931 afin de restaurer sa compétitivité commerciale, décide de sa non-convertibilité en or, puis décrète par les accords d'Ottawa en 1932 la préférence impériale, c'est-à-dire une politique d'échanges commerciaux préférentiels entre la Grande-Bretagne et les dominions de l'Empire britannique (étendu aux colonies de la Couronne), et se dote d'un système général de droits de douane qu'elle avait abandonné depuis 1846. Associée à la politique protectionniste renforcée des États-Unis (le tarif Hawley-Smoot de 1930 porte les droits de douane américains en moyenne à 50 %), cette décision contribue à propager la crise à l'Amérique latine et à l'Asie, y compris le Japon : le commerce mondial entre 1932 et 1936 n'est plus que de 80 % en volume et 35 % en valeur par rapport à ce qu'il était en 1929. Elle sonne aussi le glas du système financier international instauré par la conférence de Gênes en 1922, qui reposait sur la convertibilité en or des deux devises clés (le dollar et la livre sterling) : la livre est dévaluée et n'est plus convertible en 1931, le dollar est dévalué d'environ 50 % en janvier 1934. La France, qui avait amorti la crise grâce à son commerce privilégié avec les colonies, au poids de son secteur agricole et à l'afflux de capitaux à court terme attirés par la bonne santé du franc, se retrouve alors handicapée par la défense de la parité-or du franc Poincaré de 1928 : la crise s'aggrave et se prolonge au moment où les autres économies industrialisées redémarrent peu à peu à partir de 1934-1935. Ainsi, le produit intérieur brut (PIB) des États-Unis, qui avait atteint un niveau record en 1929 puis chuté de 34 % en volume jusqu'en 1933, se redresse dès 1934. Le PIB allemand, qui avait reculé- légèrement - dès 1928 et plongé de 18 % entre 1930 et 1932, redémarre aussi en 1934. En Angleterre, la croissance, qui avait été plus faible que dans les autres pays de 1927 à 1930, redémarre mollement dès 1932 (après un recul de 7 % en 1931). Seule la France, dont le PIB a reculé de 13 % entre 1929 et 1932, ne repart pas : le PIB stagne (avec même un nouveau recul de 4 % entre 1933 et 1936) et la croissance ne revient qu'à la fin 1937. Rupture dans les politiques publiques. Le chômage massif apparaît comme la conséquence la plus grave de la crise. En 1933, il atteint 24 % de la population active aux États-Unis contre 3 % en 1929, 15,5 % en Angleterre (en 1932) contre 7 % en 1929, et 29 % en Allemagne contre 4 % en 1928. L'ampleur de ce chômage et la détresse matérielle, morale et politique qu'il entraîne pèsent d'un poids décisif sur le destin de l'Allemagne (où l'arrivée au pouvoir des nazis en est la sanction immédiate), et contribue partout à imposer, entre 1932 et 1936, des politiques publiques de lutte contre la crise qui constituent une double rupture majeure avec la doctrine libérale antérieure : d'une part, l'acceptation même de l'interventionnisme public ; d'autre part, l'analyse que la crise ne résulte pas tant d'un niveau trop élevé des salaires, qui pénaliserait les entreprises et provoquerait leurs faillites, mais d'une insuffisance de la demande, ce qui limite les débouchés. Faute de l'avoir compris suffisamment tôt, la plupart des États ont multiplié d'abord les politiques déflationnistes (compression des prix, de la masse monétaire et des salaires) avant d'adopter des politiques plus expansionnistes dont John Maynard Keynes fera la théorie en 1936 et dont le New Deal (1933-1941) du président américain Franklin D. Roosevelt (1933-1945) constitue un modèle. De ce fait, la résorption du chômage est relativement rapide : dès 1937, il retombe à 9 % aux États-Unis, à 7,5 % en Angleterre et à 6,5 % en Allemagne. Pour ce dernier pays, les politiques menées ont reposé sur les « batailles du travail » lancées par les nazis en 1933-1934 (plan Reinhardt de lutte contre le chômage, programme de construction d'autoroutes…) et l'économie de guerre qui se met peu à peu en place à partir de 1935-1936, visant clairement au réarmement et à l'autosuffisance économique de l'Allemagne. Ainsi, la Grande Dépression se comble avant la fin des années 1930 (1937 pour la plupart des grandes économies qui retrouvent leur niveau de 1929), mais la crise n'est pas terminée pour autant. Les relations internationales (système financier, échanges commerciaux) sont alors désorganisées et la stabilisation économique réussie par l'interventionnisme public n'est pas généralisée comme elle le sera après guerre, avec l'État-providence. Jean-Pierre CHANTEAU

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