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d ans c ette m aison, l a p lus r iche e t l a p lus f lorissante d e t oute l a ville, il s erait h onteux d e n e r ien d ire q ui r éponde à c e q u'on a d roit p ar t outes c es r aisons d 'attendre d e n ous, ( 337e) e t d e n ous q uereller c omme l es d erniers d 'entre les h ommes.

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d ans c ette m aison, l a p lus r iche e t l a p lus f lorissante d e t oute l a ville, il s erait h onteux d e n e r ien d ire q ui r éponde à c e q u'on a d roit p ar t outes c es r aisons d 'attendre d e n ous, ( 337e) e t d e n ous q uereller c omme l es d erniers d 'entre les h ommes. A insi j e v ous c onjure e t v ous conseille, P rotagoras e t S ocrate, d e p asser u n a ccord e nsemble, v ous s oumettant à n ous c omme à d es a rbitres q ui v ous r approcheront é quitablement. ( 338a) Toi, S ocrate, n 'exige p oint c ette f orme r igoureuse d u d ialogue q ui r éduit t out à l a d ernière b rièveté si P rotagoras n e l a t ient p oint p our a gréable; m ais a ccorde q uelque l iberté a u discours, e t l âche-lui u n p eu l a b ride, p our q u'il se m ontre à n ous avec p lus d e g râce e t d e m ajesté. Toi, P rotagoras, n e d éploie p as t outes l es voiles, e t, t 'abandonnant a u v ent f avorable, n e g agne p as l a p leine m er d e l 'éloquence, j usqu'à p erdre l a t erre d e v ue; m ais p renez u n j uste m ilieu l 'un e t l 'autre e ntre c es d eux e xtrémités. Si v ous m 'en c royez d onc, voici c e q ue v ous f erez : v ous c hoisirez u n c enseur, u n j uge, u n p rytane ( 338b), q ui p rendra g arde q ue v ous n e s ortiez n i l 'un n i l 'autre d ans vos d iscours d es b ornes d e l a m odération. C et avis p lut à l a c ompagnie, e t t ous l 'approuvèrent. C allias m e r épéta q u'il n e m e l aisserait p oint aller, e t o n m e p ressa d e n ommer u n j uge. S ur q uoi, j e l eur d is q u'il y a urait d e l 'inconvenance à d ésigner q uelqu'un j uge d e n otre e ntretien e t q ue, s 'il n ous é tait i nférieur e n m érite, il n e c onvenait p as q u'il f ût l 'arbitre d e g ens q ui v alaient m ieux q ue l ui; s'il é tait n otre é gal, c ela n e c onvenait p as d avantage, p arce q ue, é tant t el q ue n ous, il f erait la m ême c hose, ainsi u n p areil c hoix s erait s uperflu. (338c) - Mais vous choisirez u n p lus habile h omme q ue vous. P our vous d ire c e q ue j e p ense, à l a v érité 55 , il m e p araît i mpossible q ue vous choisissiez u n p lus habile h omme q ue P rotagoras; si celui q ue vous n ommerez n 'est p as p lus habile q ue lui, e t q ue vous le d onniez p our tel, c 'est u n a ffront q ue v ous faites à P rotagoras, e n l e s oumettant c omme u n h omme vulgaire a u j ugement d 'un m odérateur : car, p our c e q ui e st d e m oi, l a c hose m 'est i ndifférente. Mais, afin q ue l 'assemblée n e se s épare p oint, e t q ue l a conversation se r enoue, c omme vous le souhaitez, voici à q uoi j e c onsens. Si P rotagoras n e v eut p as r épondre ( 338d), q u'il i nterroge,je r épondrai, e tje t âcherai e n m ême t emps d e l ui m ontrer c omment j e p ense q u'on d oit r épondre. Mais, après q ue j 'aurai r épondu à t outes les questions q u'il l ui p laira d e m e p roposer, q u'il m e fasse raison à s on t our d e l a m ême m anière. Alors, s'il n e p araît p as se p rêter d e b onne g râce à r épondre avec précision à c e q ue j e l ui d emanderai, n ous l ui f erons e n c ommun, v ous e t m oi, la m ême p rière q ue vous m e faites, d e n e p oint r ompre l a c onversation. Il n 'est pas besoin p our c ela d 'un a rbitre p articulier (338e) : vous e n f erez l'office tous ensemble. O n j ugea d 'une voix u nanime q ue c 'était l e parti q u'il fallait p rendre. P rotagoras q ui n 'en avait pas envie f ut f inalement f orcé d e p romettre q u'il m 'interrogerait, e t q ue, q uand il a urait s uffisamment i nterrogé, il r endrait r aison à s on t our e n r épondant e n p eu d e m ots. Il c ommença d onc à i nterroger d e c ette m anière. - Je p ense, m e dit-il, S ocrate, q ue l a principale partie d e l 'éducation c onsiste à ê tre s avant e n p oésie, c'est-à-dire (339a) à ê tre e n é tat d e c omprendre c e q u'ont d it les poètes, d e savoir d iscerner c e qu'ils o nt f ait d e b ien e t d e m al, e t d 'en r endre r aison lorsqu'on l e d emande. L a q uestion q ue j 'ai à t e p roposer a ura p our o bjet l a m atière m ême d e n otre d ispute, à savoir l a v ertu : t oute l a d ifférence q u'il y a ura, c 'est q ue j e l a t ransporterai s ur l e t errain d e l a p oésie. S imonide dit, d ans l 'une d e ses pièces adressées à S copas 56 , fils d e C réon l e Thessalien, (339b) q u'il e st « bien difficile, sans d oute, d e d evenir véritablement h omme d e b ien, c arré d es m ains, d es p ieds e t d e l 'esprit, f açonné sans n ul r eproche«. Saistu c ette o de, o u te la r éciteraije t out e ntière? - Cela n 'est p as nécessaire, lui d isje,je l a sais, e t j 'en ai fait u ne é tude p articulière. - Fort b ien, r eprit-il. Q u'en p enses-tu? Est-elle b elle e t v raie, o u n on? - Oui, b elle e t vraie. - Trouves-tu q u'elle s oit belle, si le p oète se c ontredit? (339c) - Non, assurément. - Eh b ien, dit-il, e xamine-la d onc m ieux. - Je l 'ai, m on c her, s uffisamment e xaminée. - Tu sais d onc q ue, d ans l a s uite d e l a pièce, il parle ainsi : « je n e t rouve pas j uste le m ot d e P ittacos 57 , q uoique p rononcé p ar u n h omme savant, q uand il d it q u'il e st difficile d 'être v aleureux.« R emarques-tu q ue c 'est l a m ême p ersonne q ui d it c ela e t les paroles p récédentes? - Je l e sais. - Te paraît-il q ue ces d eux e ndroits s 'accordent e nsemble? - Il m e s emble q ue o ui. E n m ême t emps, c omme j e c raignais q u'il n 'ajoutât q uelque c hose,je l ui d emandai : E t t oi, n e p enses-tu pas d e m ême? (339d) - Comment p ourrais-je p enser q u'un h omme q ui d it c es d eux c hoses s 'accorde avec l ui-même? Il p ose a u c ommencement p our c ertain q u'il e st difficile d e d evenir v éritablement h omme d e b ien; e t il o ublie u n p eu a près, d ans l a suite d e s on p oème, c e q u'il v ient d e d ire, r eprenant P ittacos p our avoir d it l a m ême c hose, savoir, q u'il e st difficile d 'être valeureux, e t d éclarant q u'il n 'approuve p oint sa p ensée, q uoiqu'elle s oit la m ême q ue l a sienne. Il est é vident q u'en b lâmant Pittacos, q ui p arle d ans le m ême s ens q ue lui, il se b lâme l ui-même. P ar c onséquent il a t ort d ans l e p remier e ndroit, o u d ans le second. À ces mots, il s'éleva u n g rand b ruit d ans l 'assemblée (3 39e), e t o n c ouvrit P rotagoras d ' a pplaudissements. D e m on c ôté, c omme si j 'avais é té f rappé p ar

« quelqu'un juge de notre entretien et que, s'il nous était inférieur en mérite, il ne convenait pas qu'il fût l'arbitre de gens qui valaient mieux que lui; s'il était notre égal, cela ne convenait pas davantage, parce que, étant tel que nous, il ferait la même chose, ainsi un pareil choix serait superflu. (338c) -Mais vous choisirez un plus habile homme que vous. Pour vous dire ce que je pense, à la vérité 55 , il me paraît impos­ sible que vous choisissiez un plus habile homme que Protagoras; si celui que vous nommerez n'est pas plus habile que lui, et que vous le donniez pour tel, c'est un affront que vous faites à Protagoras, en le soumettant comme un homme vulgaire au jugement d'un modérateur : car, pour ce qui est de moi, la chose m'est indifférente. Mais, afin que l'assemblée ne se sépare point, et que la conversation se renoue, comme vous le souhaitez, voici à quoi je consens. Si Protagoras ne veut pas répondre (338d), qu'il inter­ roge,je répondrai, etje tâcherai en même temps de lui montrer comment je pense qu'on doit répondre. Mais, après que j'aurai répondu à toutes les questions qu'il lui plaira de me proposer, qu'il me fasse raison à son tour de la même manière. Alors, s'il ne paraît pas se prêter de bonne grâce à répondre avec préci­ sion à ce que je lui demanderai, nous lui ferons en commun, vous et moi, la même prière que vous me faites, de ne point rompre la conversation. Il n'est »

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