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lui ses principaux champs d'action, elle se rattrapera sur des querelles de détail.

Publié le 23/10/2012

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lui ses principaux champs d'action, elle se rattrapera sur des querelles de détail. Bien plus, chassez-la du sein de l'État, elle se rejettera sur le dehors : il n'y aura plus de conflits individuels, le gouvernement les ayant bannis ; mais les conflits reviendront du dehors, sous forme de guerres entre peuples ; et la discorde exigera en gros et en un seul paiement, comme une dette accumulée, la dîme sanglante qu'on croyait lui avoir dérobée en détail par un sage gouvernement. (Monde, I, 366.) 4. LA « JUSTICE ÉTERNELLE « ET LA SAGESSE HINDOUE Nous avons étudié la justice temporelle, celle qui siège au sein de l'État ; nous l'avons vue récompenser et punir, et nous avons compris que si, dans cette fonction, elle n'avait les yeux fixés sur l'avenir, elle ne serait pas une justice : sans la pensée de l'avenir, tout châtiment, toute punition infligée pour une faute serait injustifiable, comme ne faisant qu'ajouter purement et simplement un second malheur au premier ; ce qui est un non-sens et une sottise sans effet. Mais quant à la justice éternelle, il en est tout autrement ; déjà nous en avons donné une idée : c'est elle qui gouverne non plus l'État, mais l'univers ; elle ne dépend pas des institutions humaines, elle n'est pas en butte au hasard ni à l'erreur ; elle n'est pas incertaine, vacillante et flottante : elle est infaillible, invariable et sûre... Cette justice éternelle, elle existe bien réellement, elle est dans l'essence de l'univers : c'est ce qui résulte de toute notre pensée telle que nous l'avons exposée jusqu'ici, et quiconque l'aura suivie est éclairé à cet égard. Voulez-vous savoir ce que valent, au sens moral du mot, les hommes, pris en général et d'ensemble ? Considérez leur destinée, d'ensemble et en général. Cette destinée, la voici : besoin, misère, plaintes, douleur, mort. C'est que l'éternelle justice veille : si, pris en masse, ils ne valaient pas si peu, leur destinée moyenne ne serait pas si affreuse. C'est dans ce sens que nous pouvons dire : le tribunal de l'univers, c'est l'univers même. S'il était possible de mettre dans une balance, sur l'un des plateaux toutes les souffrances du monde, et sur l'autre toutes les fautes du monde, l'aiguille de la balance resterait perpendiculaire, fixement. Maintenant, il est bien vrai que, pour les yeux de l'intelligence, telle qu'elle est dans l'individu, soumise au service de la volonté, le monde ne se montre pas avec la même figure que lorsqu'il finit par se révéler au chercheur, qui reconnaît en lui la forme objective de la volonté unique et indivisible, à laquelle il se sent identique lui-même. Non, le monde étend devant le regard de l'individu brut le voile de Maya, dont parlent les Hindous : ce qui se montre à lui, à la place de la chose en soi, c'est le phénomène seul, sous les conditions du temps et de l'espace, du principe d'individuation, et sous celle des autres formes du principe de raison suffisante. Et avec cette intelligence ainsi bornée, il ne voit pas l'essence des choses, qui est une ; il en voit les apparences, il les voit distinctes, divisées, innombrables, prodigieusement variées, opposées même. Son plaisir du moment, voilà la seule réalité qui existe pour lui : c'est pour sauver cela, qu'il fait tout, jusqu'au moment où une notion plus vraie des choses dessille ses yeux. Jusque-là, il faut descendre dans les profondeurs dernières de sa conscience pour y trouver l'idée, bien obscurcie, que tout cela ne lui est point tant étranger, qu'entre le reste et lui il y a des liens dont le principe d'individuation ne saurait le débarrasser. Là est l'origine de ce sentiment, si irrésistible, si naturel à l'homme (et peut-être aussi aux plus intelligents des animaux), cette horreur qui nous saisit soudain quand, par quelque accident, nous nous trompons dans l'usage du principe d'individuation, et que le principe de raison suffisante, sous une quelconque de ses formes, semble souffrir une exception ; par exemple, si quelque changement paraît se produire sans cause, si l'on croit voir un mort qui revient, le passé ou le futur devenir présent, ce qui est loin se trouver près. Ce qui nous cause en ces occasions une si prodigieuse terreur, c'est que nous doutons tout à coup de ces formes qui sont les conditions de la connaissance du phénomène, et qui seules établissent une distinction entre notre individu et le reste du monde. Mais justement cette distinction n'est vraie que du phénomène et non de la chose en soi : et c'est sur quoi repose l'existence d'une justice éternelle... Pour une intelligence qui ne marche qu'à la suite du principe de raison suffisante, et qui est prisonnière du principe d'individuation, la justice éternelle n'est pas saisissable : ou bien elle la méconnaît, ou bien elle la défigure de ses fictions. Elle voit le méchant, après des forfaits et des cruautés de tout genre, vivre dans la joie et sortir du monde sans avoir été frappé. Elle voit l'opprimé traîner jusqu'à la fin une vie douloureuse, sans rencontrer un vengeur, un justicier. Pour concevoir, pour comprendre la justice éternelle, il faut abandonner le fil conducteur du principe de raison suffisante, monter au-dessus de cette connaissance qui s'attache toute au particulier, s'élever jusqu'à la vision des Idées, percer de part en part le principe d'individuation, et se convaincre qu'aux réalités prises en elles-mêmes ne peuvent plus s'appliquer les formes du phénomène. De là seulement, il est permis de voir, d'atteindre, par la connaissance même, l'essence véritable de la vertu, telle que nous serons amenés par le cours de notre doctrine à la contempler ; ce qui n'empêche point que, pour la pratiquer, cette connaissance abstraite n'est pas nécessaire. Mais une fois arrivé à ce point de vue, on voit avec clarté que, la volonté étant ce qui existe en soi dans tout phénomène, la souffrance, celle qu'on inflige et celle qu'on endure, la malice et le mal, sont attachés à un seul et même être : c'est en vain que, dans le phénomène en qui l'un et l'autre se manifestent, ils apparaissent comme appartenant à des individus distincts, et même séparés par de grands intervalles d'espace et de temps. Celui qui sait voit que la distinction entre l'individu qui fait le mal et celui qui le souffre est une simple apparence, qu'elle n'atteint point la chose en soi, que celle-ci, la volonté, est à la fois vivante chez tous deux ; seulement, dupée par l'entendement, son serviteur naturel, cette volonté se méconnaît elle-même ; dans l'un des individus qui la manifestent, elle cherche un accroissement de son bien-être, et en même temps chez l'autre elle produit une cuisante souffrance ; dans sa violence, elle enfonce en sa propre chair ses dents, sans voir que c'est encore elle qu'elle déchire ; et par là, grâce à l'individuation, elle met au jour cette hostilité intérieure qu'elle porte dans son essence. Le bourreau et le patient ne font qu'un. Celui-là se trompe en croyant qu'il n'a pas sa part de la torture ; et celui-ci, en croyant qu'il n'a pas sa part de la cruauté. Si leurs yeux se levaient en haut, ils verraient ceci : le tortureur, qu'il vit lui-même

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