Schopenhauer : L'Art d'avoir toujours raison
Publié le 01/09/2006
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Il est évident qu'alors la logique n'a d'autre objet que totalement a priori, sans adjonction empirique : les lois de la pensée, la méthode de la raison (du logos), qui se conforme à cette méthode, abandonnée à elle-même et sans rien qui vienne l'égarer, donc dans la solitude de la pensée d'un être raisonnable, que rien ne détournerait. La dialectique, au contraire, traiterait de la communication de deux êtres raisonnables, qui, par conséquent, pensent de compagnie, d'el-naît, dès qu'ils ne concordent pas, à la manière de deux montres réglées l'une sur l'autre, une controverse, donc un duel intellectuel. S'ils n'étaient que raison pure, ces deux êtres devraient tomber d'accord. Leurs variations résultent de la diversité qui est inséparable de l'individualité, et sont par conséquent un élément empirique. La logique, la science de la pensée, donc de la méthode de la raison pure, pourrait donc être édifiée a priori ; la dialectique ne pourrait l'être en grande partie qu'a posteriori, conformément à la connaissance empirique des troubles que subit la pensée pure lorsque deux êtres raisonnables pensent en commun, et des moyens que les individus emploient l'un contre l'autre, afin que chacun puisse imposer sa pensée individuelle comme pensée pure et objective. Car la nature humaine veut que, lors d'une pensée en commun, un dialegesthai, c'est-à-dire une communication d'opinion (à l'exclusion des discussions historiques), si A s'aperçoit que les pensées de B relatives au même objet diffèrent des siennes, il n'examine pas sa pensée propre pour en découvrir la faute, mais suppose que celle-ci se trouve dans la pensée d'autrui : autrement dit, l'homme est par nature convaincu d'avoir raison, et ce qui résulte de cette attitude, c'est ce qu'enseigne la discipline que je voudrais qualifier de dialectique, mais que j'appellerai « dialectique éristique «, afin de prévenir tout malentendu. Ce serait, par conséquent, la doctrine de la méthode adoptée par la certitude d'avoir raison, innée en l'homme. Arthur SCHOPENHAUER, L'Art d'avoir toujours raison, 1874.
Liens utiles
- Schopenhauer, extrait de l'Art d'avoir toujours raison. « La vanité innée, particulièrement irritable en ce qui concerne les facultés intellectuelles, ne veut pas accepter que notre affirmation se révèle fausse, ni que celle de l'adversaire soit juste. Par conséquent, chacun devrait simplement s'efforcer de n'exprimer que des jugements justes, ce qui devrait inciter à penser d'abord et à parler ensuite. Mais chez la plupart des hommes, la vanité innée s'accompagne d'un besoin de bavard
- « [...] La controverse est souvent bénéfique aux deux parties car elle leur permet de rectifier leurs propres idées et de se faire aussi de nouvelles opinions. » Schopenhauer, L'Art d'avoir toujours raison, 1864 (posthume). Commentez.
- « On peut en effet avoir objectivement raison quant au débat lui-même tout en ayant tort aux yeux des personnes présentes, et parfois même à ses propres yeux. » SCHOPENHAUER, L'Art d'avoir toujours raison, 1864 (posthume).
- Fiche de lecture d'un petit texte d' Arthur Schopenhauer: « l'art d'avoir toujours raison »ou « dialectique éristique ».
- QUADRUPLE RACINE DU PRINCIPE DE RAISON SUFFISANTE (DE LA), Arthur Schopenhauer