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Idéal du moi

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Idéal du moi (angl. Ego Ideal; allem. Ich-Ideal). Instance psychique qui choisit parmi les valeurs morales et éthiques requises par le surmoi celles qui constituent un idéal auquel le sujet aspire.

L'idéal du moi apparaît tout d'abord pour S. Freud (Pour introduire le narcis¬sisme, 1914) comme un substitut du moi idéal. Sous l'influence des critiques parentales et du milieu extérieur, les premières satisfactions narcissiques procurées par le moi idéal sont progres¬sivement abandonnées et c'est sous forme de ce nouvel idéal du moi que le sujet cherche à les reconquérir. Ulté¬rieurement, après l'élaboration de la seconde topique, l'idéal du moi devient une instance momentanément confondue avec le surmoi en raison de sa fonction d'auto-observation, de jugement et de censure qui augmente les exigences du moi et favorise le refoulement. Cependant, elle s'en dif¬férencie dans la mesure où elle essaie de concilier les exigences libidinales et les exigences culturelles, ce en quoi elle intervient dans le processus de la subli¬mation. Pour Freud, le fanatisme, l'hypnose ou l'état amoureux repré¬sentent trois cas où un objet extérieur: le chef, l'hypnotiseur, l'aimé, vient 

 

occuper la place de l'idéal du moi au point même où le sujet projette son moi idéal. Pour J. Lacan, l'idéal du moi désigne cette instance de la personna-lité dont la fonction sur le plan sym-bolique est de réguler la structure imaginaire du moi, les identifications et les conflits qui régissent ses rapports à ses semblables.

identification n.f. (angl. Identifica¬tion; allem. Identifizierung). Assimi¬lation d'un moi étranger dont la conséquence est que le premier se comporte comme l'autre à certains points de vue, qu'il limite, en quelque sorte, et qu'il l'accueille en lui-même sans s'en rendre compte.

L'IDENTIFICATION CHEZ FREUD

«Qui copiez-vous là?« demande S. Freud à Dora à l'occasion de douleurs aiguës d'estomac. Il apprend alors que Dora a rendu visite la veille à ses cousines, dont la cadette venait de se fiancer, et l'aînée, à cette occasion, s'était mise à souffrir de l'estomac, ce que Dora impute immédiatement à la jalousie. Freud nous dit alors que Dora s'identi¬fie à sa cousine. Toute la distance qui sépare la notion d'imitation de celle d'identification, au sens particulier que

 

lui donne Freud, se trouve ici illustrée. La question de Freud à Dora met en valeur, derrière le sens familier et intui-tif qui parasite habituellement l'usage du terme identification, ce qui en rend l'emploi ou dérisoire ou extrêmement difficile. Dans ce texte, Freud n'use du terme identification que dans un sens descriptif et, dans les pages qui suivent, lorsqu'il expose sa conception de la formation du symptôme, c'est aux deux éléments déjà connus qu'il fait appel: la complaisance somatique et la représentation d'un fantasme à conte-nu sexuel.

Ce n'est que tardivement, lors du bouleversement de sa doctrine, autour de 1920, que Freud va mettre au pre-mier plan l'identification, sans parvenir cependant à lui donner véritablement son statut. Elle est, en tout cas, le point autour duquel s'ordonne la totalité du texte Psychologie collective et analyse du moi (1921). Le chapitre VII lui est spé¬cialement consacré, chapitre dans lequel Freud en décrit trois formes.

La deuxième et la troisième sont mises en place par Freud à partir d'exemples cliniques de symptômes névrotiques. La deuxième identifica-tion rend compte du symptôme par une substitution du sujet, soit à la per-sonne qui suscite son hostilité, soit à celle qui est l'objet d'un penchant éro-tique. L'exemple est celui de la toux, celle de Dora justement, dans le deuxième cas. C'est à propos de ce deuxième type d'identification que Freud insiste sur son caractère partiel (hâchst beschriinkt, extrêmement limité) et emploie l'expression d'einziger Zug (--> trait unaire), qui servira de départ à J. Lacan pour un usage beaucoup plus ample. La troisième, dite hystérique, Freud l'appelle «identification par le symptôme« et la motive par la ren-contre fortuite d'un élément analogue et refoulé dans les deux moi en cause.

On peut faire deux remarques. L'identification se trouve ici décrite 

 

comme l'emprunt d'un élément ponc-tuel à une autre personne, détestée, aimée ou indifférente, rendant compte d'une formation symptomatique. Rien ne s'oppose à ce que cet emprunt soit tel qu'il ne comporte aucun désagré-ment pour le sujet. Freud nous dit d'ail-leurs, dans d'autres textes, que le moi est en grande partie constitué par ces emprunts, ce qui équivaut à lui donner la valeur d'une formation symptoma-tique.

Les deux facteurs constituants du symptôme rappelés au début, la com¬plaisance somatique et la représenta¬tion d'un fantasme inconscient, ont disparu. Ce qui s'y trouve maintenu, par contre, d'une certaine manière, c'est le caractère de compromis per-mettant la satisfaction pulsionnelle sous une forme déguisée.

La forme d'identification décrite en premier par Freud est la plus énigma-tique. Quel sens donner en effet à la formule : attachement affectif le plus ancien à une autre personne puisque, justement, il n'y a pas encore d'objet constitué au sens de la doctrine ? De quel ordre est ce père que le petit gar-çon constitue comme son idéal alors que, dans une note de l'ouvrage le Moi et le Ça (1923), Freud dit qu'il vaudrait mieux parler des parents à ce moment où la différence des sexes n'a pas encore été prise en considération? Rien de sexuel n'intervient ici puisqu'il n'y a rien de «passif ni de féminin«. Il s'agit incontestablement de quelque chose qui est premier et qui nous est donné comme la condition de la mise en place de l'cedipe, faute de quoi le sujet ne pourrait même pas accéder à cette pro-blématique. Son devenir dans le sujet, selon Freud, peut nous éclairer. Le sur-moi, c'est d'abord cette première iden-tification et il «gardera durant toute la vie le caractère qui lui est conféré par son origine dans le complexe pater¬nel «. Il sera simplement modifié par le complexe d'CEdipe et il ne peut «renier son origine acoustique «.

 

La question se trouve alors posée: y a-t-il un rapport ou non entre cette identification et les deux autres, celles-ci ne se distinguant que par la nature libidinale ou non du rapport à l'objet inducteur? Dans l'application qu'il en fait à la constitution d'une foule, Freud maintient une séparation puisque, le même objet ayant remplacé l'idéal du moi de chacun des membres de la foule, l'identification du troisième type va alors pouvoir se manifester entre chacun d'eux. Il y a donc bien, ici, sous la même dénomination, deux modalités qu'il convient de maintenir distinctes. Cette position est confirmée dans le Moi et le Ça, lorsque Freud fait dépendre les identifications constitu-tives du moi de l'idéal du moi.

Dans l'usage que Freud fait des iden-tifications successives au cours de diverses situations cliniques, la diffé-rence s'accentue. L'idéal du moi garde immuablement son caractère origi-naire, mais les autres formes d'identi-fication entretiennent avec l'investis-sement objectal des rapports problématiques. L'identification suc-cède à un investissement objectal auquel le sujet doit renoncer, ce renon-cement dans la réalité allant de pair avec une forme de maintien dans l'in-conscient qu'assure l'identification. Il en est ainsi, selon Freud, dans le cas de l'homosexualité masculine.

Mais ailleurs, dans Deuil et Mélan-colie, Freud présente l'identification comme le stade préliminaire du choix objectal. Il en serait ainsi dans la mélan¬colie, où Freud donne à ce qu'il appelle «le conflit ambivalentiel« un rôle plus essentiel qu'au phénomène identifica-toire, comme plus tard aussi dans la paranoïa de persécution où la trans¬formation paranoïaque de l'amour en haine est justifiée par le «déplacement réactionnel de l'investissement« à par¬tir d'une ambivalence de fond. Mais il s'agit ici pour Freud d'exclure le pas¬sage direct de l'amour à la haine, c'est- 

 

à-dire de maintenir la validité de l'hypothèse qu'il vient de formuler récemment en opposant aux instincts sexuels l'instinct de mort. Mais le point qui importe ici est la sorte de réversibi¬lité, de concomitance à l'occasion, qui semble ressortir de la lecture de Freud entre l'identification et l'investisse¬ment d'objet.

Certes, Freud répète avec insistance qu'il importe de maintenir la distinc-tion: l'identification, c'est ce qu'on voudrait être, l'objet, ce qu'on voudrait avoir. Bien sûr, le fait d'instituer deux notions distinctes n'exclut pas a priori qu'on puisse faire valoir des rapports entre elles, des passages de l'une à l'autre. Il n'en reste pas moins qu'un embarras persiste quant à la notion d'identification, Freud lui-même ayant explicitement renoncé à l'« élaborer métapsychologiquement« tout en lui conservant une fonction importante. Ce qui apparaît de plus assuré, c'est une différence radicale entre la pre-mière identification, issue du com¬plexe paternel, et les autres, dont la fonction principale semble être de la résoudre en la fixant à une tension rela¬tionnelle avec un objet. C'est bien ce qui ressort de tout cet échafaudage identificatoire par quoi le moi se constitue et voit définir son caractère. On peut admettre que là se trouve ébauché ce qui servira de départ à Lacan. Une des thèses du Moi et le Ça, c'est que le moi se construit en em¬pruntant au ça l'énergie nécessaire pour s'identifier aux objets choisis par le ça, réalisant ainsi un compromis entre les exigences pulsionnelles de l'idéal du moi et avouant ainsi sa nature de symptôme. C'est dire, en même temps, le caractère fondamentalement narcissique de l'identification et la nécessité de trouver pour l'idéal du moi un statut qui le distingue radicalement.

L'IDENTIFICATION CHEZ LAcAN

Il est tout à fait remarquable que le terme d'identification soit repris par

 

Lacan dès le début de sa réflexion théo¬rique puisque la thèse concernant la phase du miroir (1936) se trouve rame¬née pour conclure à l'assomption de l'image spéculaire conçue comme fon¬datrice de l'instance du moi.

Celui-ci voit donc son statut défini¬tivement assuré dans l'ordre imagi¬naire. Cette identification narcissique originaire sera le point de départ des séries identificatoires dont le moi se trouvera constitué, leur fonction étant une fonction de «normalisation libidi¬nale «. L'image spéculaire, enfin, for¬mera, pour le sujet, le seuil du monde visible.

Ce n'est que beaucoup plus tard que Lacan introduira la distinction essen¬tielle entre moi idéal et idéal du moi, nécessaire pour une lecture cohérente de Freud, la proximité des deux expres¬sions masquant trop facilement leur nature fondamentalement différente, imaginaire pour la première, symbo¬lique pour la seconde.

Mais c'est avec le séminaire qui lui est entièrement consacré (1961-62) que Lacan essaie de faire valoir les consé¬quences les plus radicales des positions de Freud.

L'identification y est envisagée comme «identification de signifiant«, ce que son opposition à l'identification narcissique permet de situer provisoi¬rement. La vraie question, posée d'em¬blée en fait, est de dire comment il convient d'entendre chacun des deux termes, identification et signifiant, et, dans la mesure où nous allons avoir affaire à quelque chose de fondamental quant à l'ordonnancement correct de l'expérience, il n'y aura pas lieu de s'étonner que la démarche ici soit d'al¬lure « logicisante «. Le signifiant est dans la langue au croisement de la parole et du langage, croisement que Lacan appelle « lalangue «. Le signifiant connote la différence à l'état pur; la lettre qui le manifeste dans l'écriture le distingue radicalement du signe.

 

Avant tout, il convient de rappeler, faute de quoi l'élaboration de Lacan serait impossible ou insoutenable, que le sujet se trouve «profondément rema¬nié par les effets de rétroaction du signifiant impliqués dans la parole.«

Il faut, comme le propose Lacan, par¬tir de l'idéal du moi envisagé comme point concret d'identification du sujet au signifiant radical. Le sujet, du fait qu'il parle, avance dans la chaîne des énoncés qui définissent la marge de liberté qui sera laissée à son énoncia¬tion. Celle-ci élide quelque chose qu'il ne peut pas savoir, le nom de ce qu'il est comme sujet de l'énonciation. Le signi¬fiant ainsi élidé est au mieux exemplifié par le «trait unaire «, et cette élision est constituante pour le sujet. «Autrement dit, si jamais le sujet, ce qui est son but depuis le temps de Parménide, arrive à l'identification, à l'affirmation que c'est le même que de penser et être, à ce moment-là, il se trouvera lui-même irrémédiablement divisé entre son désir et son idéal.«

Ainsi se trouve constituée une pre¬mière morphologie subjective que Lacan symbolise à l'aide de l'image du tore, le sujet, représenté par un signi-fiant, se trouvant alors en position d'ex¬tériorité par rapport à son Autre, où se trouvent rassemblés tous les autres signifiants. Alors va pouvoir s'inaugu¬rer, sous l'effet de l'automatisme de répétition, la dialectique des demandes du sujet et de l'Autre, celle-ci incluant d'entrée de jeu l'objet du désir.

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