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De L'ESPRIT DES LOIS de Montesquieu (résume et analyse complète)

Publié le 24/10/2018

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esprit

De L'ESPRIT DES LOIS. Traité de philosophie politique de Charles-Louis de Secondât, baron de Montesquieu (1689-1755), dont le titre complet est : De l'esprit des lois, ou Du rapport que les lois doivent avoir avec la Constitution de chaque gouvernement, les mœurs, le climat, la religion, le commerce, etc., à quoi l'auteur a ajouté des recherches nouvelles sur les lois romaines touchant les successions, sur les lois françaises, et sur les lois féodales, publié sans nom d'auteur à Genève chez Barrillot en 1748; réédi-

tion corrigée à « Londres » (alias Paris) en 1757.

 

Si la genèse de ce livre fameux est l'œuvre d'une vie, sa composition apparaît somme toute étonnamment rapide : moins de dix ans. Le célèbre livre XI sur les constitutions anglaise et romaine est sans doute contemporain, dans sa première version, vers 1733, des * Considérations sur les causes de la grandeur des Romains [...], mais précède le projet précis de l'Esprit des lois, qui n'est guère antérieur à 1739 (la décision initiale remontant à la fin de 1734). Le texte de base a été composé à Paris entre 1740 et 1743, soigneusement corrigé à deux reprises entre 1743 et 1746. Le gros de l'ouvrage - derniers livres mis à part - était achevé dès 1746. On ne mettra donc pas au compte d'une interminable rédaction les contradictions, impasses ou incohérences que bien des lecteurs ont cru relever dans le plan ou le détail de cet édifice aussi génial que fuyant. De l'esprit des lois n'est pas le journal à la Montaigne d'une pensée qui se cherche et se complaît dans ses méandres. Ce n'est pas non plus, Montesquieu le dit ouvertement, un livre qui s'offre au premier venu, en dépit (ou à cause, diront certains) des trésors d'esprit et du prodigieux travail stylistique mis en œuvre. Mais comprendre De l'esprit des lois, ce n'est pas seulement saisir la logique interne d'une chaîne de concepts ; c'est aussi goûter une manière unique d'écrire la philosophie. La philosophie du droit rivale de Tacite, nul n'y avait songé !

 

Compris ou incompris, le livre plut : au moins quinze éditions en 1748 et 1749. Il déplut aussi vivement aux jésuites et aux jansénistes. « Ce qui semble peu croyable, dira Voltaire, c'est que Montesquieu daigna [leur] répondre » : la Défense de « l'Esprit des lois » parut en février 1750, sans proposer la profession de foi catholique quel'on espérait. L'ouvrage fut mis à l'Index, mais la mort de son auteur lui épargna une censure de la Sorbonne.

 

Le plan de l'ouvrage a toujours fait problème. Montesquieu le résume au chapitre 3 du livre I. Mais pouvait-il en être autrement, quand il s’agit d’embrasser et d’expliquer «toutes les institutions qui sont reçues parmi les hommes»? L’œuvre propose une division en six parties (omise dans l’édition originale) et en 31 livres (dont les deux derniers, sur les lois féodales, furent rajoutés in extremis), eux-mêmes subdivisés en chapitres extrêmement inégaux (le fameux chapitre 13 du livre V n’atteint pas trois lignes !).

 

Le livre I (« Des lois en général ») constitue une introduction, dont la concision fait toute la difficulté (définition de la loi comme rapport nécessaire dérivant de la « nature des choses », et résumé du droit naturel).

 

La première partie, des livres II à VIII, s'attache aux lois qui «se rapportent à la nature et au principe du gouvernement» : gouvernement républicain (démocratie et aristocratie), monarchique, despotique, se distinguent en effet par leur nature et leur principe : « L’une est sa structure particulière, et l’autre les passions humaines qui le font mouvoir. » « Il est clair toutefois que Montesquieu a fait entrer dans cet exposé de la théorie des trois gouvernements des matières qui pouvaient en être séparées : les lois de l’éducation (IV), les lois civiles et criminelles (VI), les lois somptuaires (VII) », note R. Derathé.

 

Les lois doivent aussi « se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souffrir». C’est l’objet de la deuxième partie (IX-XIII) : lois liées à la force défensive (IX) et offensive (X), lois qui forment la liberté politique dans son rapport avec la constitution (XI), avec le citoyen (XII), avec les impôts (XIII). Le plan peut surprendre, mais c’est qu’il n’y a pas de liberté des citoyens sans sûreté de l’État.

 

La troisième partie (XIV-XIX) s’attache aux rapports des lois avec le climat (XIV-XVII) et avec la nature du terrain (XVIII). Montesquieu y ajoute un livre essentiel qu'il aurait pu aussi placer ailleurs : « Des lois dans le rapport qu’elles ont avec les principes qui forment l’esprit général, les mœurs et les manières d’une nation » (XIX). C’est peut-être une façon de souligner encore davantage l’importance, au milieu du livre, de la théorie du déterminisme physique, si controver-

sée. À l’analyse de la liberté politique (deuxième partie), succède donc celle de l’esclavage et de la servitude, placée sous l’emprise accablante des forces brutes de la nature.

 

La quatrième partie (XX-XXIII) examine les relations des lois avec l’économie : commerce (XX-XXI), monnaie (XXII), démographie (XXIII).

 

La cinquième partie traite des rapports entre lois et religion (XXIV-XXV), mais y ajoute un livre de technique juridique (XXVI) : « Des lois dans le rapport qu’elles doivent avoir avec l’ordre des choses sur lesquelles elles statuent». Il est clair que l'auteur ne pratique pas le culte professoral du plan, et cultive peut-être même la coquetterie désinvolte du hiatus. Car il n’était pas bien difficile, mais sans doute un peu scolaire, de coupler les livres XXVI et XXIX.

 

La sixième partie (XXVII-XXXI) s’intéresse aux rapports des lois avec leur origine et leur génération. Il s'agit donc de la formation des lois et de leurs transformations incessantes : matière sans fond. Montesquieu avait choisi un exemple, celui des lois romaines de succession (XXVII). Puis il décida au dernier moment, en 1748, d’y adjoindre l’exemple des lois civiles françaises (XXVIII). Ces deux livres d’histoire du droit, « espèce de méthode pour ceux qui voudront étudier la jurisprudence », devaient précéder la Conclusion, l’actuel livre XXIX (« De la manière de composer les lois»). Mais Montesquieu y ajouta, sans doute en cours d’impression, deux autres livres sur les lois féodales, d’un grand intérêt politique pour sa théorie de la monarchie, mais d'une lecture difficile ; livres qui encadrent la Conclusion (XXIX) et font pendant aux livres XXVII et XXVIII. Si cette sixième partie demande un effort au lecteur, elle a beaucoup plus coûté à l’auteur : «J’ai pensé me tuer depuis trois mois...» (28 mars 1748). Il est certain que De l’esprit des iois, sur la fin, perd de son inimitable brio. Mais on mesure mieux, à le lire jusqu’au bout, quels en furent la gageure et le prix.

esprit

« l'on espérait.

L'ouvrage fut mis à l'Index, mais la mort de son auteur lui épargna une censure de la Sorbonne.

Le plan de l'ouvrage a toujours fait problème.

Montesquieu le résume au chapitre 3 du livre 1.

Mais pouvait-il en être autrement, quand il s'agit d'embrasser et d'expliquer «toutes les institu­ tions qui sont reçues parmi les hommes » ? L'œuvre propose une division en six parties (omise dans l'édition originale) et en 31 livres (dont les deux derniers, sur les lois féodales, furent rajoutés in extremis), eux-mêmes subdivi­ sés en chapitres extrêmement inégaux (le fameux chapitre 13 du livre V n'atteint pas trois lignes!).

Le livre 1 («Des lois en général») constitue une introduction, dont la concision fait toute la difficulté (définition de la loi comme rapport nécessaire dérivant de la « nature des choses », et résumé du droit naturel).

La première partie, des livres Il à VIII, s'attache aux lois qui « se rapportent à la nature et au principe du gouvernement» : gouvernement républicain (démocratie et aristocratie), monar­ chique, despotique, se distinguent en effet par leur nature et leur principe : « L'une est sa struc­ ture particulière, et l'autre les passions humaines qui le font mouvoir.

» « Il est clair toutefois que Montesquieu a fait entrer dans cet exposé de la théorie des trois gouvernements des matières qui pouvaient en être séparées: les lois de l'édu­ cation (IV), les lois civiles et criminelles (VI), les lois somptuaires (Vil) », note R.

Derathé.

Les lois doivent aussi « se rapporter au degré de liberté que la constitution peut souffrir».

C'est l'objet de la deuxième partie (IX-Xlii) : lois liées à la force défensive (IX) et offensive (X), lois qui forment la liberté politique dans son rap­ port avec la constitution (Xl), avec le citoyen (Xli), avec les impôts (Xlii).

Le plan peut surpren­ dre, mais c'est qu'il n'y a pas de liberté des citoyens sans sûreté de l'État.

La troisième partie (XIV-XIX) s'attache aux rapports des lois avec le climat (XIV-XVII) et avec la nature du tenrain (XVIII).

Montesquieu y ajoute un livre essentiel qu'il aurait pu aussi placer ailleurs : « Des lois dans le rapport qu'elles ont avec les principes qui forment l'esprit général, les mœurs et les manières d'une nation » (XIX).

C'est peut-être une façon de souligner encore davantage l'importance, au milieu du livre, de la théorie du déterminisme physique, si controver- sée.

À l'analyse de la liberté politique (deuxième partie), succède donc celle de l'esclavage et de la servitude, placée sous l'emprise accablante des forces brutes de la nature.

La quatrième partie (XX-XXIII) examine les relations des lois avec l'économie : commerce (XX-XXI), monnaie (XXII), démographie (XXIII).

La cinquième partie· traite des rapports entre lois et religion (XXIV-XXV), mais y ajoute un livre de technique juridique (XXVI) : « Des lois dans le rapport qu'elles doivent avoir avec l'ordre des choses sur lesquelles elles statuent ».

Il est clair que l'auteur ne pratique pas le culte profes­ soral du plan, et cultive peut-être même la coquetterie désinvolte du hiatus.

Car il n'était pas bien difficile, mais sans doute un peu scolaire, de coupler les livres XXVI et XXIX.

La sixième partie (XXVII-XXXI) s'intéresse aux rapports des lois avec leur origine et leur génération.

Il s'agit donc de la formation des lois et de leurs transformations incessantes : matière sans fond.

Montesquieu avait choisi un exemple, celui des lois romaines de succession (XXVII).

Puis il décida au demier moment, en 1748, d'y adjoindre l'exemple des lois civiles françaises (XXVIII).

Ces deux livres d'histoire du droit, « espèce de méthode pour ceux qui voudront étudier la jurisprudence », devaient précéder la Conclusion, l'actuel livre XXIX (« De la manière de composer les lois»).

Mais Montesquieu y ajouta, sans doute en cours d'impression, deux autres livres sur les lois féodales, d'un grand inté­ rêt politique pour sa théorie de la monarchie, mais d'une lecture difficile ; livres qui encadrent la Conclusion (XXIX) et font pendant aux livres XXVII et XXVIII.

Si cette sixième partie demande un effort au lecteur, elle a beaucoup plus coûté à l'auteur : «j'ai pensé me tuer depuis trois mois ...

» (28 mars 1748).

Il est certain que De l'esprit des fois, sur la fin, perd de son inimitable brio.

Mais on mesure mieux, à le lire jusqu'au bout, quels en furent la gageure et le prix.

La première difficulté de l'Esprit des lois tient à sa qualité littéraire, inégalée en de telles matières.

D'accord en cela avec Voltaire, par ailleurs si critique à l'égard de l'ouvrage et de sa méthode (de son absence de méthode), Montes­ quieu pense que les bons livres laissent au lecteur la moitié du travail : « Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires, assez pour n'être pas. »

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