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Kean ou Désordre et Génie d'Alexandre Dumas (résumé de l'oeuvre & analyse détaillée)

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Kean ou Désordre et Génie. Comédie en cinq actes et en prose d'Alexandre Dumas (1802-1870), avec la collaboration de Frédéric de Courcy (17951862) et de Marie-Emmanuel Théau-lon de Lambert (1787-1841), créée à Paris au théâtre des Variétés le 31 août 1836, et publiée dans le Magasin théâtral, et en volume chez Barba la même année. En 1953, Jean-Paul Sartre adapta la pièce de Dumas ; la première, dans une mise en scène de Pierre Brasseur qui tenait le rôle de Kean, eut heu sur la scène du théâtre Sarah-Bernhardt le 14 novembre 1953.

 

Un fournisseur attitré des Variétés, Théaulon, fervent admirateur de Frédé-rick Lemaître qui venait d'entrer à ce théâtre, avait écrit pour lui une première mouture de Kean, aidé d'un autre « carcassier », F. de Courcy. Cette version s'étant révélée insuffisante, on décida d'un commun accord de la soumettre à Dumas qui, tenant lui-même Frédérick Lemaître, comme il le lui dira après la première, pour « le seul artiste dramatique de l'époque », vit immédiatement le parti qu'il pouvait tirer d'un tel sujet. Le grand comédien anglais Kean était mort en 1833, son souvenir était encore présent dans beaucoup de mémoires, et Frédérick Lemaître traînait comme lui une fâcheuse réputation de débauché, de

pochard, de faiseur de dettes, tout en promenant avec ostentation sa superbe et sa jactance. C'est peut-être Henri Heine qui parla le mieux de l'« étonnante affinité » liant ces « natures exceptionnelles » qui « rendent visibles, non pas les sentiments vulgaires de chaque jour, mais tout ce que le cœur d'un homme peut renfermer d'inouï, de bizarre, de ténébreux » (lettre à la Revue de Stuttgart). Gautier, quant à lui, acheva de rendre hommage à la performance de Frédérick Lemaître en affirmant : « Nous doutons que Kean en personne eût mieux joué son propre rôle » (Histoire de l'art dramatique, II).

 

La comtesse Éléna de Koefeld. femme de l’ambassadeur du Danemark, est amoureuse de l’acteur Kean qui défraye la chronique mondaine par ses frasques et ses débauches. Lors d'une soirée organisée par le comte de Koefeld, le prince de Galles apprend à la société que l'acteur se serait enfui avec Anna, une petite bourgeoise qui l’aurait suivi le jour même de ses noces avec lord Mewill. Coup de théâtre : Kean, qui s'était excusé de ne pouvoir participer à cette soirée, arrive et demande la permission au comte de ne révéler qu’à la comtesse seule le fin mot de son aventure avec Anna. Kean montre alors à Éléna une lettre d'Anna qui prouve son innocence, mais au dos, il lui fait aussi lire, sous les yeux de tous, une déclaration d'amour, pour elle, Éléna, lui donnant un rendez-vous dans sa loge (Acte I).

« Salomon, le souffleur, confident et ami de Kean, lui reproche ses nuits de beuverie, qui achèvent de le « brOier jusqu'au gilet de fla­ nelle». Mais Kean, dans sa vie privée , agit d'abord avec générosité : il accepte d'être le parrain d'un enfant de la t roupe de saltimba nque s dans laquelle il a débuté ; il donne à Anna. toujours poursuivie par les assiduités de lord Mewill, le conse il d'abando nner le métier de comédienne (Acte 11). À la taverne du Trou à charbon où précisé­ ment lord Mewi ll a tendu à Anna une souricière avec un faux billet signé Kean, il expédie pour le compte un boxeur f anfaron, accepte de jouer au bénéfice d'un histrion qui s'est démis l'épaule, évente le piège tendu par Mewill à Anna. et humilie celui-ci dans une tirade vengeresse oppo­ sant le nob le a u saltimban que (Acte Ill). É l éna vient au rendez-vous de Kean dans sa loge ; il lui déclare un amour passionné, mais le comte et le prince de Galles interrompent l 'entretien en frappant à l a porte. Éléna s'éc lipse par une issue dérobée, oubl i ant un éventa il que le comte va trouver . Kean profite de cette visite pour demander en particulier au prince de cesser de poursuivre aussi Éléna de ses assiduités. Ren­ tran t alors en scène et voyant Éléna dans la loge du prince de Gal les, il oubl ie son rôle et invective les deux hommes avant d'être emporté évanoui (Acte IV). À la suite de ce scandale, Kean se cloître chez lui et Salomon cherche à fair~: passer pour de la démence le comport e ment de son protégé. En réa lité, Kean attend un signe d'Éiéna qui finit par arriver, mais, par peur du scandale et · par souci des convenances, elle lui redemande son portrait e t le prie d'oubl ier cet amour . Fortement dépité, Kean cache de noweau Éléna car le comte, arrivé à l'impro viste , demande raison pour l'év e ntail de sa femme trouvé dans la loge. Kean reçoit au même instant une l ettre du prince de Gal les qui l'innocente pour cette affa ire d'éventail. Le princ e a en outre envoye une barque dans laquelle Éléna a pu sauter pour s'échapper . Il se présente enfin au comédien avec une lettre de grâce qui ne condamne l'effronté qu'à l'exil. Après avoir re merc ié le prince de son amitié et de sa clé­ m ·ence, Kean déc ide de parti r pour New York avec Anna qui éta it ven u e lu i · anno ncer qu' elle avait malgré tout choisi d'être comédie nne. Elle sera désonmais sa nowelle compagne (Acte V). . Taill ée à la démesure de Frédérick Lemaître , la pièce apparaît d'a bord comme un plaidoyer romantique (sou­ vent pro domo pour Dumas) contre la petitesse d'âme d'une société faite de codes et de convenances. Technique­ ment , l'ensemble se présente comme une série d'exercices de style emboîtés les uns dans les autres, selon le procédé habituel de la dramaturgie romantique qui cherch e souvent à mettre en valeur les qualités propres d' un act eur . Et « jamais comédien n 'eut plus d'oc taves à son clavier ,. (Th. Gauti e r) qu e Frédé­ rick Lemaitre. En effet, de ses débuts aux Funambules , il avait gardé un goût marqué pour la pantomime : on le verra ainsi exécuter des ronds de jambe dans un salon (1, 5), titub er d'ivresse (Il, 2), fair e le coup de poing dans une t ave rne (Ill, 4), se mettre aux genoux d 'une femme (N, 4) ou jouer au Pail­ lasse en riant dans ses larmes (IV, 8). Toutes ces ailées et venue s du bas en haut de l'échelle sociale lui faisant fré­ quent er le chourineur de tapis -franc et le prince du sang accréditaient en fait l ' idée d'un histrion protéiforme, domi­ nateur des autres et s urt out des Grands, digne de s'attribuer le urs maî­ tresses et leurs places puisque maître de singer leurs comportements . C'est aussi le registre vocal de Frédé­ rick Lemaître qui fut mis à contribu­ tion dans ces invectives où l'on sent que Dumas , avec l'alibi de peindre des r é alités anglaises , règle ses comptes avec la press e et les critiques ( Il, 2, 4), avec les puissants (Ill , 14) et tourn e en dérision l'insupportable vanité des f e mmes du monde (V, 5, 6). Dans t o ute s ces scènes, en particulier dans la mani ère de porter un toupet insolent ou de simplement nouer sa robe de c hambre , c'est encore de la défroque de Robert Macaire (héros de l'Auberge des Adr ets ) , qu'il avait fait triompher deux ans auparavant, qu e Frédéri ck Lemaître habillait Kean . Dans son adaptation de 1953, qui tantôt opère de nombreuses coupure.s »

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