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La cruauté du conte : les Contes cruels Villiers de L’Isle-Adam (résumé)

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conte

La cruauté du conte : les Contes cruels

 

« Surtout, pas de génie ». Devise moderne.

 

(Épigraphe de Deux Augures} « Je m'appelle légion ». Nouveau Testament.

 

(Épigraphe de Tribulat Bonhomet]

 

Comme l’invention de Tribulat Bonhomet, le conte cruel est d’abord une réponse. Si, comme on l’a vu, cette réponse trouve probablement sa source dans l’histoire de l’homme et de l’œuvre, elle finit par exister en elle-même, par « être » l'œuvre, génial discours sur la bêtise bourgeoise et sur sa violence. Car si le conte est cruel, c’est qu’il s’attaque à la cruauté des autres et la retourne, c’est que l’intelligence s’y défend légitimement contre l’entreprise de sa propre destruction. « Le Tueur de cygnes » propose de ce processus une allégorie étonnante : pour jouir de leur chant, Tribulat tue les cygnes — artistes inspirés — avec un raffinement sadique qui n’a d’égale que la vengeance du poète le décrivant dans l’exercice « à la bourgeoise » de sa monomanie. « Sombre Récit, conteur plus sombre » met en scène la cruauté inconsciente de l’échange littéraire commun, pour mieux désigner la perspective très particulière du narrateur. Le conte a pour objectif non le contenu de l’histoire énoncée, mais la cruauté de son énonciation et de sa réception. Il est riposte à l’agressivité terrifiante d’une société qui refuse de connaître son « arrière-pensée ».

Aussi traque-t-il partout la bonne conscience, le confort intellectuel, le bon sens sous toutes ses formes, tout ce qui fait « limite », tout ce qui arrête la réflexion, le mouvement de la pensée, sa puissance de renouvellement critique. Les Contes cruels s’ouvrent sur « les Demoiselles de Bienfilâtre » : en même temps que Vil-liers place en tête de son recueil ce conte déjà ancien, il introduit en son début un développement sur la diversité des coutumes humaines, mis sous le patronage de Pascal et renvoyant aussi bien à Montaigne. C’est ainsi l’ensemble des contes qui se trouve inscrit sous le signe de l’incapacité de la pensée à trouver son autonomie. Pressée de se soumettre à une loi, l’humanité ne voit pas que celle-ci est « perdue », et qu’elle se résout en principes contradictoires. A partir de là, tous les retournements ironiques sont possibles; par exemple celui de la morale bourgeoise qui nous enseigne comme premier devoir qu’il faut aider ses vieux parents, même si ce précepte bouscule en cascade tous les autres commandements de la même morale, jusqu’à inverser son fonctionnement

« (de l'« Ordre ») - , le récit se fait poème, le monde se réorganise selon les lois d'un langage assujetti par le poète. Avec les Contes cruels, Villiers semble se donner le malin plaisir d'utiliser toutes les ressources du langage pour signifier autrement. et pour proposer, avec la si vieille prose, un échange inouï. Il restaure la littérarité contre tous les Bonhomet du monde, tueurs de cygnes et de signes. Non réductible -à quelques exceptions près - au poème en prose, le conte villiérien invente ce que l'on pourrait appeler un «réalisme poétique>>, où le langage n'a plus pour objet de se soumettre le réel, mais de s'y soumettre, d'en faire miroiter les faces, de faire valoir son irréductibilité à un quelconque système. Si Villiers a excellemment perçu ce que son époque -et ceux que 1 'on rassembla sous l'épithète de « symbolis­ tes >>- avait de très spécifique et alors de très irreceva­ ble à dire, c'e�t tout autant dans les Contes cruels qu'il le manifeste que dans le poème philosophique ouvert sur l'in-fini d'Axël. »

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