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Le bonheur est-il seulement une affaire privée ?

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La recherche du bonheur semble être ce qui incite, directement ou indirectement, toutes nos actions. L'homme, guidé par une sorte d'orientation, cherche en effet évidemment à être heureux. Chacun recherche donc à sa façon, et sans même se préoccuper des autres, son propre bonheur, lequel est donc original, inconscient, voire même unique. Dans ce cas, le bonheur serait bien l'affaire de chacun, un projet personnel qui ne regarde personne d'autre. Être agité signifie en effet être en action, agir, rechercher activement son bonheur et ne pas seulement l'espérer. Cependant, en raisonnant de la sorte, on fait comme si les hommes vivaient seuls. Or la vie en société est un fait et la recherche du bonheur ne peut donc se faire qu'avec les autres, ou du moins qu'en tenant compte des autres. Que je l'exige ou non, l'autre est une réalité qui déborde la simple présence physique. La présence d'autrui se fait pressente dans cette foule qui m'étouffe, mais même seul, chez moi, autrui est encore là à travers ces événements médiatiques qui m'attristent.. Que je le veuille ou non, la société a une influence sur les conditions de mon propre bonheur. Peut-être même que c'est à la société que revient le droit ou le devoir de constituer les conditions d'un bonheur commun. Ainsi, d'un côté le bonheur relève bien d'une inquiétude individuelle qui n'engage que soi mais d'un autre coté, cette acquisition et cette recherche nécessitent des conditions que seule la société peut satisfaire. Mais, si la société a elle aussi, un rôle à jouer dans la recherche du bonheur, comment pourra-t-on dès lors concilier les préoccupations individuelles de chacun et les conditions sociales ou politiques qui rendent possible le bonheur de tous? Un bonheur commun, unique pour tous, ne perd-t-il pas en richesse, en authenticité? De même, n'est-il pas absurde de penser que l'on puisse me rendre heureux malgré moi? Il paraît aller de soi que le bonheur est une &laqu...

« la chance.Cette idée que le bonheur puisse être une affaire souligne combien le bonheur est quelque chose de compliqué qui doit faire l'objet d'un calcul nous permettant de passer en revue tout ce qui pourrait nous rendre heureux et nous incitant à l'obtenir, sans quoi nous risquerions de n'être qu'à moitié satisfaits. On ne peut plus, de ce fait, se contenter de concevoir le bonheur comme l'expression de notre sensibilité, laquelle est subjective et variable d'un individu à l'autre. Il semble même, au contraire, que le bonheur soit l'expression de ce qu'exige notre humanité, c'est-à-dire de notre finalité raisonnable et morale. Ainsi, comme l'explique Aristote, la recherche du bonheur, autrement dit du Souverain Bien qui peut commander toutes nos actions, ne peut consister qu'en « une activité de l'âme et dans des actions accompagnées de raison ». Le bonheur n'est donc pas l'expression d'un plaisir égoïste et de la satisfaction pure et simple de tous nos désirs, puisque ce serait laisser insatisfaite la part de raison qui, en nous, exige quelque chose de plus élevé. Pour preuve, le fait qu'en cherchant leur bonheur dans le mal, les méchants ne peuvent pas être heureux car une partie d'eux seulement est satisfaite alors que l'autre est pleine d'amertume ; tandis qu'au contraire, les hommes vertueux sont heureux car, en agissant bien, ils sont en accord avec la raison et car leur action s'accompagne d'un réel plaisir : le plaisir de se sentir en accord avec la partie la plus achevée de leur être. Dès lors, on comprend que le bonheur devienne l'affaire de la société tout entière et puisse prendre une forme politique. S'il devient en effet possible de définir le bonheur de façon objective, comme pouvant être perçu et réalisé par tous les hommes de la même façon, il devient alors l'affaire de tous. Qui plus est, comme la nature morale du bon heur suggère qu'il y est question de justice et de droit, on peut donc penser que c'est à la société de contribuer à rendre les hommes vertueux et donc heureux. On pourrait même aller jusqu'à dire que ce serait à l'État d'imposer, à travers sa législation, un droit juste qui permettrait aux hommes qui le suivraient d'être justes et d'accomplir la moralité qui est en eux. En posant que « l'homme est un animal politique », Aristote suggère justement que ce n'est qu'au sein de la cité que l'homme peut s'accomplir morale ment et humainement, atteignant par là même le Souverain Bien. Dans ces conditions, le bonheur comme vertu n'est pas une affaire privée, mais il devient l'affaire de la société et même de l'État, à travers la mise en place de lois justes. La recherche de la constitution idéale montre qu'il s'agit bien d'une affaire politique et que rien n'est moins simple que de rendre les hommes heureux en créant une société parfaitement juste au sein de laquelle ils n'auraient plus qu'à accomplir leur moralité. L'importance du rôle que chaque individu a à jouer dans la recherche du bonheur est alors préservée puisqu'il appartient à chacun de faire valoir son aptitude à rechercher le bien. Et, certes, on ne peut attendre cela de l'État car cela reviendrait à ne plus faire son devoir par soi-même mais à le faire en obéissant à des intérêts qui seraient étrangers à notre volonté, ce qui reviendrait, comme le montre Kant, à enlever à notre acte moral ce qui précisément le rend moral. En effet, si le bonheur conçu comme vertu devenait l'affaire de l'État, il perdrait alors son caractère de vertu puisqu'on n'agirait que « conformément à la loi (morale) » et non plus « par devoir », c'est-à-dire en puisant en soi- même la volonté d'agir bien. Il s'ensuit que c'est à l'individu de s'occuper lui-même de son accomplissement moral, même si cela ne peut se faire | qu'au sein de la société, dans la mesure où ce n'est que parmi ses semblables que I l'homme peut faire valoir sa moralité. Cependant, c'est à l'État d'assurer à l'homme le respect de certains droits qui satisferont ses besoins fondamentaux et matériels et que l'individu ne pourrait satisfaire seul. Sans cela, l'homme risquerait d'être trop malheureux pour être vertueux. Ainsi, il revient à l'État, par exemple, de permettre à ses citoyens de vivre dignement, en leur donnant droit à tout ce qui peut contribuer à rendre leur vie convenable (logement, travail, éducation, santé, etc.). II y a paradoxalement dans le bonheur une part d'égoïsme et une part de vertu morale. On pourrait croire que la part égoïste relèverait uniquement de l'affaire de chacun et que le bonheur conçu comme vertu serait l'affaire de la société et de l'État. Or il est possible de réconcilier ces deux »

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