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Grand oral du bac : Les événements de mai 1968 - De la contestation étudiante à la crise généralisée

Publié le 10/11/2018

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LES SEMAINES QUI EBRANLERENT LA REPUBLIQUE

 

« Les Français s'ennuient, la jeunesse s'ennuie, le général de Gaulle s'ennuie.» Cet éditorial du Monde daté du 15 mars 1968 résume l'atmosphère qui règne en France en cette fin des années 1960 : un pays économiquement prospère et politiquement apaisé, mais marqué par un fort conservatisme social et moral, et l'absence d'un grand dessein propre à mobiliser les foules. Ces pesanteurs sont en particulier vivement ressenties par les étudiants, animés par un fort esprit de contestation. De fait, un vent de révolte souffle dans les universités, dont témoigne la floraison de groupuscules gauchistes. Ce malaise de la jeunesse est à l'origine de l'explosion qui va faire vaciller sur ses bases le régime gaulliste au printemps 1968.

 

Simple mouvement de protestation étudiante au départ, les événements de mai débouchent rapidement sur une crise majeure, sociale d'abord avec la mobilisation des salariés, politique ensuite avec la remise en cause de l'autorité du général de Gaulle, président de la République. La reprise en main de la situation par ce dernier mettra promptement fin à la crise. Toutefois, par ses implications politiques, morales, sociales, mai 1968 demeure une date charnière de l'histoire de la France contemporaine.

 

L'ORIGINE : LE MALAISE DE LA JEUNESSE

 

Le mouvement de mai 1968 a pour cause originelle la profonde crise que traverse le monde universitaire. Le doublement de la population étudiante en moins de dix ans a entraîné un engorgement des facultés. Les locaux et le personnel enseignant sont insuffisants pour faire face à la hausse des effectifs. Les conditions d'apprentissage s'inscrivent sous le signe de la précarité. Construite en 1964 dans la banlieue parisienne, à côté d'un bidonville, la faculté de Nanterre, berceau de la contestation, souffre déjà d'engorgement quatre ans plus tard. L'État n'a pris que tardivement la mesure du problème. Bien qu'en augmentation, le budget de l'Éducation nationale demeure en deçà des besoins. Ces difficultés matérielles ne sont pas l'unique cause du mécontentement. Plus généralement c'est la place et le rôle de l'Université qui soulèvent des questions. Nombre d'étudiants s'interrogent sur le contenu et la finalité de leurs études, qui ne sont plus désormais synonymes, démocratisation oblige, d'accession aux meilleurs postes. Problèmes des débouchés, peur des lendemains en cas d'échec scolaire attisent la frustration, qu'entretient également la persistance de règlements désuets à l'intérieur des enceintes universitaires : ainsi, l'instauration de la mixité dans les résidences étudiantes est, en ce début de 1968, l'une des principales revendications étudiantes. Enfin, le projet de réforme, initié par le ministre de l'Éducation nationale Alain Peyrefitte, visant à introduire une stricte sélection à l'entrée de l'université, suscite une profonde inquiétude.

 

Soif de liberté, esprit de révolte Le malaise de la jeunesse a aussi des causes plus profondes.

 

La génération du baby-boom, qui a grandi dans la prospérité économique des Trente Glorieuses, arrive à l’âge adulte dans une société en pleine mutation, marquée par l'apparition de la «société de consommation », concept forgé par le philosophe Herbert Marcuse, dont les écrits auront une forte influence sur le mouvement de Mai. Or beaucoup d'étudiants, majoritairement issus de la petite et moyenne bourgeoisie, remettent en cause cette évolution, s'effraient de la perspective d'un avenir de salarié uniquement destiné à produire et à consommer. Mais, plus largement, s'exprime une révolte tous azimuts contre l'ensemble des structures traditionnelles qui corsettent la société : le paternalisme, l'autorité, les institutions, la hiérarchie, les interdits moraux - en particulier sexuels - et les pesanteurs sociales. Dans cette société figée, la jeunesse revendique une plus grande liberté.

 

La nébuleuse idéologique

 

Cette soif de révolte se traduit dans la forte politisation des étudiants. Rejetant le rigorisme du parti communiste, ils cherchent des référents idéologiques à l'étranger, en particulier dans le tiers-monde.

Occupation de la faculté de Nanterre

Évacuation de la Sorbonne

Barricades au

Quartier latin

 

Manifestations unitaires

Début des grèves et occupations d'usines

8 millions de grévistes

 

Accords de Grenelle

 

Meeting de la gauche à Charléty

Grande manifestation gaulliste

Décès de deux ouvriers de Peugeot-Sochaux législatives

Succès de la droite aux élections

Mendés France, figure morale de la gauche, est ovationné par les étudiants. Le lendemain, François Mitterrand, principal dirigeant socialiste, annonce sa candidature aux élections présidentielles en cas de démission du général de Gaulle. Pour contrer l'initiative et montrer sa force, le PCF répond par un grand défilé, le 29 mai, en appelant à la formation d'un «gouvernement populaire». Ainsi la gauche demeure divisée et ne parvient pas à capter l'ensemble du mouvement contestataire.

Le pouvoir gaulliste désorienté

L'échec de sa tentative de reprise en main a laissé le gouvernement désemparé. Les manifestations se poursuivent, la confusion est totale. Pire, le 29 mai, le général de Gaulle quitte l'Élysée. Pendant deux jours, nul ne sait où il se trouve. On apprendra par la suite qu'il s'est rendu à Baden-Baden, siège des forces d'occupation françaises en Allemagne, que commande le général Massu. Pour beaucoup, sa «disparition» laisse entrevoir une probable démission. La situation semble plus que jamais bloquée.

RETOUR À L'ORDRE

De Gaulle reprend l'initiative

Le président de la République rentre

galvanisé de Baden-Baden, le 30 mai, dans l'après-midi. Dans une brève allocution radiodiffusée d’une grande fermeté, il annonce aussitôt son maintien à la tête de l'État, le report sine die du référendum et surtout la dissolution de l'Assemblée nationale et l'organisation d’élections anticipées. Il dénonce énergiquement l'œuvre de subversion qui menace la France et appelle à l'«action civique». Cette intervention a un impact immédiat sur ses partisans. Quelques heures plus tard, 500 000 à 1 million de gaullistes, avec à leur tête André Malraux, défilent sur les Champs-Élysées.

« étudiants.

Elle devient, avec le théâtre de l'Odéon, lui aussi investi , une sorte de forum permanen~ où, dans une ambiance joyeuse et enfiévrée , la jeunesse refait le monde à grands coups de discours révolutionnaires.

GAUCHISTES CONTRE COMMUNISTES Le défilé commun du 13 mai, qui fait basculer la France dans la crise sociale, ne doit pas masquer la profonde méfiance entre les leaders étudiants les plus politisés et la direction du parti communiste et de la CGT.

Georges Marchais , membre du bureau du PCF, a dès le début des troubles stigmatisé la contestation étudiante perçue comme une révolte de «petit-bourgeois».

Autoproclamé détenteur du monopole révolutionnaire, le Parti dénonce les agissements des groupuscules gauchistes et se refuse à toute négociation avec les étudiants, par crainte surtout qu'ils ne contaminent la jeunesse ouvrière .

Tel va pourtant être le cas.

HUIT MILLIONS OE 'RtlflmS Dès le 14 mai en effet commencent les premiers débrayages.

À l'imitation des étudiants, les ouvriers occupent leurs usines , de leur propre initiative.

Les directions de la CGT et du PCF, qui n'ont lancé aucun mot d'ordre , sont vite débordées par leur base .

Les lieux de travail occupés deviennent , à leur tour , des agoras où l'on débat intensément.

Rapidement , la grève s'étend dans tout le pays .

De 600 000 le 17 mai, le nombre de grévistes atteint 8 millions trois jours plus tard .

Le secteur public rejoint bientôt les salariés du privé.

Les cheminots puis les fonctionnaires cessent le travail.

Au bout de quelques jours, la France est entièrement paralysée par le plus important mouvement de grève de son histoire .

Les services publics et les transports en commun ne fonctionnent plus , l'essence manque dans les pompes .

L'économie du pays se bloque .

À leur tour, une centaine de journalistes de l'ORTF , la radiotélévision d'État, se mettent en grève .

Le pouvoir est impuissant.

Le 20 mai, le Festival de Cannes , en proie à une vive agitation menée par les jeunes cinéastes de la Nouvelle Vague (Truffaut, Godard, Malle ...

), est interrompu par les organisateurs .

ABSENCE D'UN FRONT UNI DE CONTESTATION Êtudiants et ouvriers ne partagent cependant pas les mêmes aspirations .

Les premiers discutent à l'infini sur la nécessité de construire un autre monde, de trouver une alternative à la «société de consommation», de s'affranchir des règles et de l'autorité.

Les innombrables affiches et graffitis qui fleurissent sur les murs des grandes villes témoignent de cette soif de liberté: •dl est interdit d'interdire» , «Jouissez sans entrave» , «Prenez vos désirs pour des réalités ».

Tout autres sont les attentes de la plupart des ouvriers .

Loin de rejeter la société, ils entendent au contraire profiter des fruits de la croissance , en obtenant revalorisation salariale et amélioration des conditions de travail.

LES ACCORDS DE GRENELLE Un moment apathique, le pouvoir réagit le 24 mai.

En voyage officiel en Roumanie depuis dix jours, de Gaulle rentre en France et annonce une série de réformes qu'il soumettra par référendum , tout en dénonçant la «Chienlit » contestataire .

Son discours reste cependant sans effet.

Dans le même temps , Georges Pompidou, qui veut remettre la France en marche , réunit syndicats et patronat au ministère du Travail , rue de Grenelle .

La CGT, soucieuse de reprendre le contrôle dans les usines, accepte d'y participer .

Les négociations aboutissent rapidement : revalorisation du salaire minimum (SMIG ), augmentation des salaires de 10 %, reconnaissance du droit syndical dans les entreprises , abaissement de la durée du temps de travail hebdomadaire .

LA CRISE POLITIQUE L'OFFENSIVE DES PARTIS DE 'AUCHE Voyant le régime vaciller sur ses bases , l ' opposition parlementaire , jusque-là plutôt discrète et tenue à l 'écart par les étudiants, croit son heure venue .

Le 27 mai, l'ensemble des forces de gauche non communistes organise un grand meeting au stade Charléty, à Paris , où Pierre Mendès France , figure morale de la gauche, est ovationné par les étudiants .

Le lendemain, François Mitterrand, principal dirigeant socialiste, annonce sa candidature aux élections présidentielles en cas de démission du général de Gaulle.

Pour contrer l'initiative et montrer sa force , le PCF répond par un grand défilé, le 29 mai, en appelant à la formation d 'un «gouvernement populaire ».

Ainsi la gauche demeure divisée et ne parvient pas à capter l'ensemble du mouvement contestataire.

LE POUVOIR 'AULLiffi DtSORIENrt L'échec de sa tentative de reprise en main a laissé le gouvernement désemparé.

Les manifestations se poursuivent , la confusion est totale .

Pire, le 29 mai, le général de Gaulle quitte l 'Élysée .

Pendant deux jours, nul ne sait où il se trouve .

On apprendra par la suite qu'il s'est rendu à Baden­ Baden , siège des forces d 'occupation françaises en Allemagne , que commande le général Massu .

Pour beaucoup, sa «disparition » laisse entrevoir une probable démission.

La situation semble plus que jamais bloquée.

Le président dela République rentre galvanisé de Baden-Baden , le 30 mai, dans l'après­ midi.

Dans une brève allocution radiodiffusée d'une grande fermeté , il annonce aussitôt son maintien à la tête de l'État, le report sine die du référendum et s urt o ut la dissolution de l'Assem bl ée nationale et l'organisation d'élection s anticipées .

Il dénonce énergiquement l'œuvre de subversion qui menace la France et appelle à 1'« action civique».

Cette intervention a un impact immédiat sur ses partisan s.

Quelques heures plus tard , 500 000 à 1 million de gaullistes, avec à leur tête André Malraux , défilent sur les Champs-Élysées .

Cette manHestation RETOURNEMENT DE L'OPINION L'appel du Général a été entendu par les gaullistes mais, plus largement , par cette «majorité silencieuse», qui, depuis le début des troubles, assiste impuissante aux combats de rue, subit les grèves et la pénurie et aspire à un retour à la normale.

En quelques jours a lieu un spectacu laire retournement de l'opinion.

La situation quasi insurrectionnelle apeure la France profonde .

Des comités de défense de la République sont constitués, qui incitent , parfois violemment.

à la reprise du travail.

Réconforté, le patronat durcit le ton.

L'approvisionnement en essence reprend , relançant doucement la machine économique.

Une dizaine d'organisations d'extrême gauche sont interdites et dissoutes , l'ORTF est remise au pas.

DERNIERS SOUBRESAUTS Malgré la fermeté gouvernementale, la reprise du travail s'échelonnera cependant sur plusieurs semaines.

Dans certaines usines, les grévistes, déçus par la tournure des événements malgré les avancées de Grenelle , s'opposent violemment aux forces de l'ordre venues les évacuer.

Le 11 juin, à Sochaux deux ouvriers de Peugeot sont tués au cours de ces affrontements .

La veille déjà , un jeune lycéen avait trouvé la mort au cours d'une manifestation qui avait une nouvelle fois tourné à la bataille rangée .

Ce seront les seules victimes de mai 1968 outre un commissaire de police écrasé par un camion à Lyon .

TRIOMPHE DE LA DROITE AUX hECTIONS Les aspirations à l'ordre trouvent leur expression dans les urnes .

Les législatives des 23 et 30 juin se soldent par une écrasante victoire de la droite, L.._a.;;;;.; ;;;.;o-t-.;.A qui obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale .

l:opposition parlementaire.

DANIEL COHN-BENDIT Les célèbres photos de Dtnl#tl Colm­ BHdlt narguant les forces de l'ordre demeurent parmi les plus emblématiques de la révolte de mai 1968.

Elles mettent en scène celui qui ~ et demeure , le symbole de la contestation étudiante.

Né en 1945 à Montauban de parents juifs allemands réfugiés en France , il choisit à dix-huit ans la nationalité allemande pour échapper au service militaire.

En 1968, étudiant en sociologie à Nanterre, membre d'un groupuscule d'inspiration anarcho-libertaire, il est l'un des leaders du Mouvement du 22 mars , à l'origine de l'occupation de la faculté .

qui avait mis la droite en ballottage lors du scru tin législatif de 1967 , subit une cuisante délaite.

Dans la foulée, Georges Pompidou est remplacé (10 juillet) à la tête du gouvernement par Maurice Couve de Murville .

Cependant, la crise a profondément ébran lé le pouvoir et.

moins d'un an plus tard , le général de Gaulle décidait de se retirer après l'échec du référendum sur la régional isation et la réforme du Sénat.

L'HtRITA'E DE MAl 1968 «Les choses ne seront plus jamais comme avant » : la sentence de Georges Pompidou illustre la profonde rupture induite par les événements de mai 1968 dans la France d 'après guerre.

C ertes, a priori , le mouvement a pu apparaître comme «une grande fête », joyeuse et débridée , où, l'espace de quelques semaines, les Français ont paru s'affranchir des contraintes pesantes du monde moderne , où la parole s'est soudainement partout libérée, avant que le pouvoir siffle la fin de la récréation.

Pourtant , malgré sa brièveté et le retour à l'ordre qui s'en est suivi, les idées et les revendications des « soixante-huitards » irrigueront lentemen t mais profondément la société française pendant les années suivantes .

Dans de multiples domaines , il y aura désormais un avant et un après-Ma i 68 :à l'université (auto nom ie, cogestion ...

), dans l'éducation (remise en cause de l'autorité professorale , nouvelles méthode s d'enseignement centrées sur l'enfant ), dans le monde du travail (liberté syndicale), dans le rapport des citoyens à la politique et, peut-être plus encore, dans les mœurs (fin de l'autorité familiale, libérali sation sexuelle .

..

) et les mentalités (affirmati o n de la primauté de l'individu sur le groupe, égalité des sexes...).

Presque quatre décennies plus tard, les échos de la déflagration se font encore entendre : mai 1968 suscite toujours débats et controverses passionnés .

Celui que l'on surnomme Dany le Rouge est expulsé de France à la fin mai vers l'Allemagne -l'interdiction de territoire ne sera levée qu'en 1978.

Éducateur dans une crèche autogérée, libraire puis journaliste, il rompt avec l'anarchisme en 1984 pour adhérer au parti écologiste d'outre-Rhin.

Maire adjoint aux affaires multiculturelles de Frandort, il est élu député européen en 1993.

En 1999 , il fait son retour sur la scène politique française en prenant la tête de liste des Verts aux élections européennes.

Alljofml'lull, Daniel Cohn-Bendit est coprésident du groupe écologiste au Parlement européen.

Il est également l'auteur de nombreux ouvrages , notamment Nous l'avons tant aim ée, la révolution (1987), évocation de son passé militant. »

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