Devoir de Philosophie

Dissertation : « Enoncer des maximes s’accorde avec l’âge des vieillards, et les sujets sont ceux dont l’orateur a l’expérience ; car énoncer des maximes quand on n’a pas cet âge est malséant, comme de conter des fables ; et le faire sur des sujets dont on n’a pas l’expérience est sottise ou manque d’éducation » Aristote

Extrait du document

aristote
Littérature du XVIIe siècle Devoir maison Paul Valéry affirmait que « Nos grands auteurs sont tous plus ou moins des moralistes ». Autrement dit, de leur observation et de leur réflexion sur la nature humaine et les moeurs, ces hommes de lettres tirent une morale. Pour Paul Valéry, la morale semble omniprésente dans toutes les oeuvres des « grands auteurs », toutefois à des degrés différents. Ainsi, chaque auteur délivrerait une morale, « plus ou moins » présente, dans ses oeuvres. Pourtant, dans Rhétorique II, Aristote signale les dangers, ainsi conçus, de l'orateur de maximes et de fables lorsqu'il est inexpérimenté : « Enoncer des maximes s'accorde avec l'âge des vieillards, et les sujets sont ceux dont l'orateur a l'expérience ; car énoncer des maximes quand on n'a pas cet âge est malséant, comme de conter des fables ; et le faire sur des sujets dont on n'a pas l'expérience est sottise ou manque d'éducation ». Le philosophe grec attribue l'énonciation des maximes et des fables à « l'âge des vieillards », à un orateur d'expérience. Au contraire, pour le philosophe, formuler des préceptes moraux, par le biais de maximes ou de récits d'imagination, sans expérience ou sur des sujets méconnus serait « sottise ou manque d'éducation » et irait à l'encontre de la bienséance. Dès lors, tous les auteurs ne semblent pas aptes à délivrer une morale, même à des degrés différents, dans leurs oeuvres. Est-ce à dire que l'énonciation de préceptes moraux n'est envisageable que pour un orateur d'expérience ? Il s'agit donc de s'interroger sur la notion d'expérience et à la place qui lui est accordée dans les maximes et les fables. Mais, si l'expérience est la condition nécessaire pour énoncer des préceptes moraux, quelle place doit-on accorder à l'énonciation elle-même ? A lire L'Ecole des femmes de Molière ou Les Fables de La Fontaine, on constate en effet que les orateurs de ces oeuvres ont a priori une expérience, leur permettant ainsi d'énoncer des préceptes moraux, conformément au modèle empiriste. Toutefois, ces textes montrent que l'expérience ne garantie pas nécessairement la sagesse et l'expérience, lorsqu'elle est mal employée, est également, sinon plus, « sottise ou manque d'éducation ». Les effets de l'énonciation apparaissent ainsi dans toute leur puissance : si l'expérience tient une place considérable dans l'énonciation de maximes et de fables, la construction de l'ethos du personnage oratoire est d'autant plus fondamentale puisqu'elle permet au discours de revêtir une dimension pédagogique et à l'orateur, lui-même, d'asseoir son expérience. Les orateurs de L'Ecole des femmes ou des Fables, qu'il s'agisse de personnages ou de l'auteur lui-même, apparaissent comme des hommes d'expérience. Si Arnolphe, figure autoritaire, est avisé au sujet des infidélités des femmes, La Fontaine, de manière a priori similaire, tire une morale de ses expériences. L'exemple de l'émancipation d'Agnès, dans L'Ecole des femmes, semble prouver par ailleurs que les savoirs et les idées résultent largement de l'expérience, comme les philosophes empiristes l'énoncent. Aristote affecte l'énonciation des maximes et des fables à « l'âge des vieillards », autrement dit à une personne d'expérience, une figure d'autorité. Pour le philosophe grec, l'orateur qui propose et formule des discours gnomiques doit avoir acquis une certaine expérience, plus précisément une connaissance des êtres et des choses par leur pratique et par une confrontation de soi avec le monde. En exprimant des préceptes et des règles morales, l'énonciateur est a priori contraint de connaître son sujet compte tenu de la portée de celui-ci. Effectivement, la maxime et la fable énoncent des vérités morales, en d'autres termes, des principes recherchant le bien idéal, individuel ou collectif. De cette diffusion et de cette incarnation de valeurs, l'homme d'expérience s'impose en tant que figure d'autorité, largement considérée et invoquée. A bien des égards, le personnage d'Arnolphe, mis en scène par Molière dans L'Ecole des femmes, apparaît comme une personne d'expérience et une figure d'autorité, valeurs auxquelles se réfère Aristote. Pour preuve, ce quadragénaire se présente, dès la scène I de l'Acte I, comme un homme d'expérience : « Je sais les tours rusés et les subtiles trames Dont pour nous en planter savent user les femmes, Et comme on est dupé par leurs dextérités. Contre cet accident j'ai pris mes sûretés [...] ». D'emblée, on constate qu'Arnolphe se révèle au spectateur comme un homme avisé. Conscient des infidélités et des tromperies des femmes, il a su prendre ses précautions afin de les déjouer. De la même manière, dans la scène VII de l'Acte IV, Arnolphe se présente comme un homme averti des perfidies des femmes grâce à son expérience et aux enseignements qu'il a tiré des maris trompés : « En sage philosophe on m'a vu, vingt années, Contempler des maris les tristes destinées, Et m'instruire avec soin de tous les accidents Qui font dans le malheur tomber les plus prudents ; Des disgrâces d'autrui profitant dans mon âme, J'ai cherché les moyens, voulant prendre une femme, De pouvoir garantir mon front de tous affronts, Et le tirer de pair d'avec les autres fronts ». De ces expériences, Arnolphe en tire des maximes, à l'exemple de la sc&egr...

« Camille Cobb Aristote affecte l’énonciation des maximes et des fables à « l’âge des vieillards », autrement dit à une personne d’expérience, une figure d’autorité. Pour le philosophe grec, l’orateur qui propose et formule des discours gnomiques doit avoir acquis une certaine expérience, plus précisément une connaissance des êtres et des choses par leur pratique et par une confrontation de soi avec le monde. En exprimant des préceptes et des règles morales, l’énonciateur est a priori contraint de connaître son sujet compte tenu de la portée de celui-ci. Effectivement, la maxime et la fable énoncent des vérités morales, en d’autres termes, des principes recherchant le bien idéal, individuel ou collectif. De cette diffusion et de cette incarnation de valeurs, l’homme d’expérience s’impose en tant que figure d’autorité, largement considérée et invoquée. A bien des égards, le personnage d’Arnolphe, mis en scène par Molière dans L’Ecole des femmes , apparaît comme une personne d’expérience et une figure d’autorité, valeurs auxquelles se réfère Aristote. Pour preuve, ce quadragénaire se présente, dès la scène I de l’Acte I, comme un homme d’expérience : « Je sais les tours rusés et les subtiles trames Dont pour nous en planter savent user les femmes, Et comme on est dupé par leurs dextérités. Contre cet accident j’ai pris mes sûretés […] ». D’emblée, on constate qu’Arnolphe se révèle au spectateur comme un homme avisé. Conscient des infidélités et des tromperies des femmes, il a su prendre ses précautions afin de les déjouer. De la même manière, dans la scène VII de l’Acte IV, Arnolphe se présente comme un homme averti des perfidies des femmes grâce à son expérience et aux enseignements qu’il a tiré des maris trompés : « En sage philosophe on m’a vu, vingt années, Contempler des maris les tristes destinées, Et m’instruire avec soin de tous les accidents Qui font dans le malheur tomber les plus prudents ; Des disgrâces d’autrui profitant dans mon âme, J’ai cherché les moyens, voulant prendre une femme, De pouvoir garantir mon front de tous affronts, Et le tirer de pair d’avec les autres fronts ». De ces expériences, Arnolphe en tire des maximes, à l’exemple de la scène I de l’Acte I dans laquelle il déclare à Chrysalde : « Epouser une sotte pour n’être point sot ». Ce précepte, véhiculant une vérité générale, tient en un seul vers, conférant ainsi à la maxime une autorité considérable et incontestable. Ainsi, si Arnolphe s’impose comme un homme d’expérience, il se présente également comme une figure d’autorité, ce que la nature même de la maxime permet, associée au statut, lui-même, d’homme intransigeant, qui n’hésite pas à interrompre son ami. Mais si Arnolphe, dans L’Ecole des femmes , énonce ses maximes à partir de son expérience, La Fontaine, dans ses Fables , semble agir de manière identique. En effet, selon la tradition des fabulistes dont s’inspire La Fontaine, la morale délivrée par la fable n’est pas dogmatique mais familière et issue de l’expérience. En effet, La Fontaine, d’abord maître des eaux et des forêts, est au contact de la vie rurale et acquière ainsi, grâce à son expérience professionnelle, une connaissance de la vie provinciale au contact des gens de la compagne et de la forêt. Cette expérience inspire probablement certaines de ses fables qui dressent un tableau complet de la vie rustique, à l’instar de La Laitière et le Pot au lait 1 dans laquelle La Fontaine décrit une jeune fermière se hâtant vers la ville. Active et entreprenante, la jeune femme rêve de volailles et de troupeaux. Bien que cette paysanne soit éloignée de la bourgeoise, qui rêve de toilettes et de bijoux, elle incarne tout de même le fond de la nature humaine, à savoir la puissance de l’imagination, commune à tous les hommes. La Fontaine énonce ainsi une morale à partir de son expérience de la vie provinciale et démontre, dès lors, que l’expérience peut être à l’origine de l’énonciation de préceptes moraux. A plus fortes raisons, la philosophie empiriste du XVIII e siècle semble confirmer l’idée d’Aristote selon laquelle l’expérience serait essentielle dans l’énonciation de maximes et de fables puisque, de cette expérience externe, l’orateur peut en tirer des préceptes moraux. Locke, dans son Essai sur l’entendement humain (1690), soutient, contre la doctrine des idées innées, que toutes les idées viennent de l’expérience. L’intelligence de l’homme serait, à l’origine, une feuille vierge, sur 11 Jean de La Fontaine, Fables , Livre VII, Fable 9 2 »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles