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Expliquez et commentez ce jugement de Thierry Maulnier sur le personnage tragique :« Ces héros sont vraiment des héros, séparés des hommes par la même vénération qui les rend familiers aux hommes, accessibles seulement par l'étrange culte tragique. Ils n'ont jamais fait partie de la véritable cité humaine. Affranchis des travaux de la vie, de ses contraintes et de ses servitudes, doués d'une liberté extraordinaire, ils n'ont rien de commun avec le spectateur; ils ne sont liés à lui que par d'innombrables contacts et une longue connaissance. Le bord de la scène est le seuil interdit d'une humanité fictive, réduite à l'essentiel de sa nature et de son malheur, qui ne demande rien au spectateur qu'un tribut habituel, immémorial, de pitié, d'horreur, ou d'admiration. »

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1. Cette définition repose sur un paradoxe : « Les héros tragiques sont séparés des hommes, mais familiers aux hommes «; — « ils n'ont rien de commun, mais ils sont liés. « 2. Développement du paradoxe. a) Le héros tragique est profondément différent de nous : il ne fait pas partie de la société humaine, mais d'une humanité fictive ; il est affranchi des contraintes et jouit d'une totale liberté ; il n'est pas une existence, mais une essence : « réduit à l'essentiel de sa nature et de son malheur «. b) Le héros tragique est néanmoins rapproché de nous : de façon rationnelle : par notre connaissance et notre culture ; de façon affective : pitié, horreur, admiration ; de façon mystique : on lui voue un culte (vénération, culte tragique).

« mythologie : celle-ci a valeur de symbole.b) Ce théâtre suscite notre participation affective.En effet, les actes tragiques découlent de sentiments analogues aux nôtres dont nous sentons confusément ennous les germes. Ainsi la tragédie nous présente une synthèse de l'être humain (pour autant qu'il est dominé par sespassions) et de la condition humaine (dominée par les fatalités qui pèsent sur nous). Le spectacle tragique provoquedonc en nous un bouleversement qui nous met dans un état d'âme proche de celui du héros, de sorte qu'il y a pournous participation mi-consciente et cette participation est d'autant plus active que le conflit ne tient pas comptedes données spatiales et temporelles qui pourraient nous distraire. A la pitié et à la terreur antiques, Corneille ajoutel'admiration, c'est-à-dire la réaction que provoque en nous le spectacle du grand et du sublime auquel ses hérosaccèdent en partant de l'humanité commune. Ainsi nous pénétrons dans un univers qui nous est à la fois immanentet transcendant, c'est-à-dire qui ressemble à notre être intérieur, mais qui aussi dépasse celui-ci.c) Mais il s'opère aussi une participation mystique.On sait que Thierry Maulnier interprète ainsi la catharsis ou purification d'Aristote. La tragédie racinienne est, pour lecritique français, une sorte de cérémonie ou plutôt de culte. Or tout culte repose sur l'idée d'une participation desfidèles à un mystère, en vue d'obtenir la purification. On pourrait aussi interpréter cette purification comme leravissement esthétique qui fait taire momentanément dans l'âme tout désir e t toute passion. APPLICATION AU THEATRE DE RACINE 1. Ce théâtre évolue vers le mythe comme vers son terme idéal.Il ne se ramène nullement à ce que Taine a voulu y voir : « la reproduction des moeurs mondaines de son temps ».Racine, d'autre part, ne crée des pièces historiques que pour entrer en compétition avec Corneille. Il s'orienteprogressivement vers des mythes de plus en plus reculés. Si Andromaque est encore l'épopée humaine, Iphigénie estl'épopée divine, Phèdre l'épopée cosmique (les divinités y représentent les éléments : le Soleil, la Mer, les Enfers);les dieux et les héros cessent d'être des symboles ou des allégories : ils vivent à la fois dans la conscience deshommes et à proximité des hommes. Phèdre est d'une essence non comparable à la nôtre. 2. Ce théâtre accorde de plus en plus d'importance à la fatalité.Comme chez Homère, l'action tragique admet conjointement une explication humaine et une explication divine. Unmonde fantastique affleure en chacun des personnages. Le destin cesse d'être un thème littéraire : il nourrit etsoutient le drame. Dans Athalie il devient prédestination et sa célébration est celle de la foi. Il se crée une espècede communauté des acteurs et des spectateurs, au service d'un même culte. On a dit que la révélation de Joad estpeut-être le moment le plus grand du théâtre universel : à ce moment Dieu seul est devant le spectateur. 3. Ce théâtre suscite de plus en plus la participation de notre cœur et de notre âme.Le spectateur se dépouille de toute admiration uniquement intellectuelle, vouée à l'habileté technique de l'auteur, etla tragédie nous ramène devant les grandes et insolubles questions que pose notre condition : liberté oudéterminisme. Nous sortons des contingences spatiales et temporelles pour nous envisager nous-mêmes dans notremisère d'êtres humains confrontés avec des réalités qui nous dépassent infiniment. La tragédie historique ne donnepas lieu à de pareils prolongements métaphysiques : son cadre est trop restreint et ses circonstances tropnettement déterminées. APPLICATION AU THEATRE FRANÇAIS CONTEMPORAIN 1. Le retour au mythe est le fait caractéristique du théâtre français contemporain.En effet les auteurs dramatiques du XXe siècle (Claudel, Cocteau, Sartre, Anouilh) abandonnent la formule du dramebourgeois et nous ramènent aux grandes questions que se posait déjà le héros antique : liberté ou fatalité? Résignation ou révolte? Ils opèrent même une simplification de la légende, en n'en gardant que les grandes lignes, cequi leur permet de repenser les situations antiques et de les présenter en termes modernes. Cocteau va mêmejusqu'à condenser en un seul la matière de plusieurs drames antiques ( La Machine infernale). Giraudoux trouve dansles héros grecs des symboles pour les principales attitudes humaines devant la vie : « Le spectacle est la seuleforme d'éducation morale ou artistique d'une nation... Il est le seul moyen par lequel le public le plus humble et leplus lettré peut être mis en contact avec les plus hauts conflits. » 2. Le public à son tour cherche dans le style son sens profond.Nous savons aujourd'hui qu'il n'y a aucune commune mesure entre le mythe et l'histoire. Aux yeux de beaucoup deModernes, les Grecs ont bénéficié d'une sorte de révélation primitive et les mythes helléniques contiennent uneanticipation de la vérité, presque au même titre que les récits . bibliques : . ce sont des drames qui se jouent dans« l'inconscient collectif » de l'espèce humaine. Il s'agit donc de retrouver et leur origine et leur portée et de lesrefaire à notre usage. Nous vivons à une époque d'anxiété avide de connaître l'évolution future de l'âme humaine età laquelle la science, ayant déshumanisé l'univers, n'apporte pas de solution satisfaisante. On se réfère doncvolontiers à une époque lointaine où le seul souci des hommes était la connaissance de soi. »

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