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Homère - L’Odyssée : place et structure des récits chez Alcinoos dans l’économie générale de L’Odyssée

Publié le 11/09/2018

Extrait du document

2- La concentration se vérifie dans l’espace
a) A l’échelle macroscopique de l’ensemble de l’épopée, l’espace se resserre sur Ithaque.
b) Dans la partie du programme, il se dilate de la Phéacie à l’ensemble de la Méditerranée, du monde connu et inconnu, pour revenir à la Phéacie.
La Phéacie : le lieu où se déroule principalement l’action, si l’on excepte trajets de l’antre de Calypso à l’île des Phéaciens et de l’île des Phéaciens à Ithaque.
Pourtant les récits d’Ulysse, bien que faits en Phéacie, élargissent démesurément l’espace, puisqu’ils entraînent les auditeurs comme les lecteurs tout autour de la Méditerranée et même dans les contrées imaginaires. Le roman ajoute donc à l’espace du mégaron d’Alcinoos et au périmètre de l’île de Chéie, tout le reste du monde connu et inconnu.

3-Mais le + spectaculaire est la durée de l’action, resserrée en 41 jours :
a) U a besoin de 17 jours de navigation et de 3 jours de dérive pour atteindre le rivage phéacien. Il passe 3 nuits et 2 jours en Phéacie. La 3ème nuit à bord d’un navire phéacien le ramène à Ithaque. Le récit de la partie auprogramme couvre 22 jours, auxquels il faut ajouter les 5 jours de préparatifs chez Calypso.
b) Mais là encore les deux jours phéaciens servent d’écrin au récit des 10 ans d’errance depuis le départ de Troie : aux 7 ans chez Calypso, il faut ajouter les 35 mois de pérégrination, dont 1 année passée chez Circé, 1 mois chez Eole et presque autant sur l’île du Soleil.
( Temps ramassé dans récit primaire enchâsse temps + long et + dispersé qui donne profondeur de champ au récit secondaire. Le poète verse toute l’histoire d’Ulysse, les 10 ans d’absence à la guerre de Troie, suivis des 10 années d’errance, dans les 40 derniers jours de tribulations, du départ de l’île d’Ogygie au rétablissement de l’ordre et de la paix à Ithaque.

IV -Les voyages d’Ulysse, noyau à la structure très lisible
1- Chants V et XIII encadrent séjour d’Ulysse chez les Phéaciens
Chant V expose circonstances et préparatifs d’un départ, puis trajet.
Chant XIII relate trajet, puis préparatifs que nécessite retour d’U à Ithaque.
La fin des voyages est fortement indiquée par un jeu d’échos entre les deux chants : avec le navire qui avait transporté le héros, le poète ramène son auditoire en Phéacie (XIII, 125), c.à.d. au point où il l’avait conduit à la fin du chant V. Mais avant que le navire n’arrive en vue des côtes de Phéacie, le récit fait un détour parl’Olympe avec un dialogue entre Zeus et Poséidon (XIII, 125-158), pendant à l’assemblée des dieux au chant V. La reprise presque littérale de la formule qui avait introduit Ulysse dans le prologue (« il souffrit beaucoup d’angoisse en son cœur ») aux vers 89-90 du chant XIII (« lui qui souffrit tant d’angoisses en son cœur ») crée un effet de composition circulaire qui contribue à isoler la 1ère partie de l’Odyssée.

2- Chants VI à VIII assument le récit de la « réception phéacienne » réservée à Ulysse, peut-être rallongée dans le chant VIII avec les jeux, les dons et les chants redoublés de Démodocos. Ces discours de Démodocos, qui tirent les larmes à Ulysse, expliquent la longueur du chant (586 v). Si on fait abstraction de cette interpolation centrale, qui regroupe l’épisode des jeux (93-265 et 970-531) et récit des amours d’Arès et d’Aphrodite (266-369), U pourrait ne rester qu’un soir et une journée au palais d’A, conformément aux promesses faites à la fin du chant VII : « Aussi bien, sache-le, je fixe ce soir ton départ/ A demain, étendu et dompté par le sommeil,/ Nos hommes rameront par calme plat pour te conduire,/ A ta patrie, à ta maison, là où il te plaira ». Malgré cette annonce, du fait de cet ajout, U reste 2 jours au lieu d’1 en Phéacie.

3-Chants IX, X, XII occupés par le récit que fait Ulysse de son périple antérieur. Chacun de ces chantscomprend 3 épisodes :
- les Cicones, les Lotophages et le Cyclope (chant IX)
- Eole, les Lestrygons et Circé (chant X)
- Les Sirènes, Charybde et Scylla et l’île du Soleil (chant XII)

4- Statut particulier du chant XI, hypertrophié
- Circé avait parlé de l’évocation des morts, remontée des âmes à la surface de la terre une fois les sacrifices rituels accomplis.
- Mais à la fin de l’entretien d’U avec sa mère, il semble bien sous terre, puisqu’elle lui conseille de « retourner à la lumière » (225).
- Après intermède d’un retour à la salle (333-385), défilé des héros achéens ( Agamemnon, Achille, Ajax), puis rencontre au cœur des Enfers de Minos, Orion et des grands suppliciés. Cela nous éloigne de l’intrigue principale : U n’était allé dans les champs Phlégréens que pour y entendre l’âme de Tirérias susceptible de le conseiller pour son retour. Concession des aèdes au goût d’un public friand de légendes infernales ?

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[1] « Quand tu verras pousser la barbe à notre fils, quitte la maison pour épouser qui tu voudras » (XVIII, 269-270)
[2] « Maintenant, je ne puis ni fuir ces noces, ni trouver une autre ruse. Instamment mes parents me pressent de me marier, mon fils s’irrite à voir ses biens mangés. Il se rend compte : c’est déjà un homme fort capable soin de sa maison si Zeus lui donne chance » (XIX, 115-117)

« les dernières épreuves, plus intimes, avant de s’y faire reconnaître et de se faire accepter. Dès le chant I, le poète fait un jeu de mots entre le nom du personnage, Odysseus, et le verbe odysseumai , « être irrité contre quelqu’un », lui en vouloir (I, 62, p.14 « pourquoi te serait-il odieux ? »).

Il y reviendra quand on verra Ulysse se débattre dans la tempête (« Pourquoi l’Ebranleur de la Terre –Poséidon- te hait -il tant, t’accable -t -il de tant de maux ? » V, 340 p.93 ; « je sais combien me hait celui qui fait trembler la Terre », V,423, p.96), puis vers la fin du poème, quand il parle à Pénélope (XIX, 275 -276).

Mention sera alors faite des raisons pour lesquelles son grand-père lui a donné ce nom avec rappel explicite du sens (« Mon gendre et vous, ma fille, donnez -lui donc ce nom : comme j’arrive ici fâché contre beaucoup de gens, hommes et femmes sur la terre qui nourrit les hommes, que cet enfant se nomme le Fâché, pour moi quand il aura grandi… » XIX, 407 -409, p.

317).

Tous ces moments correspondent à des tournants.

Le dieu qui lui en veut est à chaque fois différent (Zeus, Poséidon, Zeus, le Soleil), comme s’il fallait tenir le lecteur/ l’auditeur en haleine en ménageant les effets. Le poète affectionne aussi un autre rapprochement entre le nom du héros et le substantif odynai , « les douleurs », les « pertes », pour retarder la visite d’Ulysse déguisé en mendiant à Pénélope (XVII, 567, p.289) susciter la pitié de la reine et permettre au mendiant de se pas se nommer (« j’ai beaucoup enduré », XIX, 117,p.309). Ces rapprochements sont faux : il n’y a pas de lien étymologique entre le nom du héros, ce verbe et ce substantif. Mais il sont expressifs et traduisent, le 1er les obstacles que lève la colère d’un dieu irrité sur la route d’Ulysse (Poséidon, puis le Soleil), le second les malheurs du personnage cherchant à rentrer chez lui.

On peut dire que l’Odyssée est un poème des souffrances et des tribulations du héros et que son nom, qui reflète ce schéma, est une sorte de destin crypté du personnage. II- Economie générale de L’Odyssée Cette subtilité se retrouve dans la structure tressée de l’épopée, beaucoup + élaborée que celle de L’Iliade, comme le faisait déjà remarquer Aristote dans sa Poétique.

De fait, le retour d’Ulysse, qui n’occupe que les chants V à XIII, est précédé par le récit des « voyages de Télémaque », provoqués par Athéna et annoncés par elle au cours de la 1ère assemblée des dieux (I, 85-95).

Ce double point de départ se traduit par une double assemblée des dieux aux chants I et V, suivie du départ de deux divinités qui, avec l’accord de Zeus, se rendent l’une auprès de Télémaque, et l’autre auprès de Calypso. 1-La Télémachie ou l’absence d’Ulysse Mais avant de suivre les aventures de Télémaque, dans les chants III et IV, le récit se centre, pendant les chants I et II, sur la situation à Ithaque.

Le poème ne s’ouvre donc pas sur le personnage éponyme, mais sur son absence : dans les 2ers chants, nous sommes à Ithaque, mais Ulysse n’y est pas.

Le poète, qui prélude par Ithaque et conclura par Ithaque, part d’un creux douloureux, d’une disparition.

Il montre ce que l’absence d’Ulysse signifie pour sa famille et pour son royaume, puis, à Pylos et à Sparte, pour ses anciens compagnons, Nestor et Ménélas, qui, eux, + chanceux, sont rentrés, l’un sans encombres, l’autre non sans quelques péripéties. Lorsque Ménélas raconte son propre retour, son récit donne un avant-goût des périls encourus par Ulysse lui - même, mais aussi de ses nouvelles : c’est par Ménélas que Télémaque apprend que son père est vivant, retenu dans l’île de Calypso, sans moyen de rentrer.

Le poète montre alors la douleur de l’absence, le besoin que le fils adolescent a du père, le souvenir d’Ulysse toujours vivant pour Pénélope.

Il dresse le portrait des prétendants, montre leur vilenie, le danger qu’ils représentent (ils complotent la mort de Télémaque), en anticipant sur la mort qui pourrait attendre Ulysse dans son propre palais.

Suspens, attente, prémonitions, ces techniques, qui feront école, attisent la curiosité du. »

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