Lecture linéaire de l’extrait tiré du chapitre IV, livre I du roman de Stendhal Le Rouge et le Noir.
Publié le 21/11/2025
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Séquence 2 : Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830
Parcours : Le personnage de roman, esthétiques et valeurs
Problématique : Comment, à travers la construction des personnages, le roman exprime-t-il une
vision du monde – modèles humains, valeurs, critiques ?
Lecture linéaire : Texte n°1 « Un père et un fils », Livre I, chapitre IV
Construction de l’enjeu de la lecture :
Eléments de contexte
Stendhal a publié Le Rouge et le Noir en 1830.
Il a alors quarante-sept ans.
Le Rouge et
le Noir est son second roman.
L'intrigue de ce roman a été inspirée à Stendhal par un fait divers dont
le dénouement eut pour cadre les assises de l'Isère, son département d'origine.
En 1827, Berthet,
fils d'un artisan et jeune séminariste a été jugé et condamné à mort pour avoir assassiné en pleine
messe son ancienne maîtresse , l'épouse d'un notable qui l'avait engagé comme précepteur de ses
enfants.
L'action se passe sous la Restauration, à Verrières, une petite ville (fictive) du Jura.
Julien
Sorel a dix-neuf ans.
C'est un jeune homme d'origine modeste.
Il est le troisième fils d'un charpentier
nommé Sorel.
Au moment où commence le passage que nous avons à analyser, Julien Sorel n’a pas
encore été présenté au lecteur : on a juste entendu parler de lui et on sait que ce fils de charpentier
est doué pour les études : il étudie le latin pour entrer au séminaire.
Ici, son père vient lui annoncer que le maire de la ville, M.
de Rênal, veut l’embaucher
comme précepteur pour ses deux fils.
Mais Julien n’est pas à la place qu’il est censé occuper à la
scierie : il est perché sur un poutre en train de lire.
Lecture à voix haute
Mouvements du texte
On peut distinguer un 1er mouvement qui suit (comme en un travelling) l’avancée du
père Sorel dans son usine à la recherche de Julien : il tombe sur ses fils aînés (l.1 à l.5).
Un 2nd
mouvement correspond à l’avancée du père Sorel « vers le hangar » où il finit pas voir Julien (l.5 à
l.11).
Dans le 3ème et dernier mouvement, le père Sorel monte à la rencontre de Julien pour le faire
descendre (l.12 à l.23).
Enjeu de l’explication
C’est un portrait de Julien en situation qui est proposé dans le passage..
Éléments d’explication linéaire
• Premier mouvement : de « En approchant de son usine » à « la voix de leur père » (l.1-5)
Dans ce premier mouvement, le lecteur suit le père Sorel (sujet des 2 premières phrases) dans son
mouvement d’approche de l’usine et il voit ce que le père Sorel voit : « Il ne vit que ses fils aînés ».
Le père Sorel et ses fils aînés sont présentés comme des êtres presque monstrueux, comme sortis
d’un conte : le père se distingue par « sa voix de stentor » et ses fils appartiennent à une « espèce
de géants ».
C’est une impression de puissance brutale qui se dégage de ces êtres :
- une puissance qui fait du bruit : voix de stentor + bruits des coups de haches, si forts que les fils
« n’entendirent pas la voix de leur père » (l.5) ;
1
- une puissance qui se voit par les actions accomplies par les fils : « armés de lourdes haches,
équarrissaient les troncs de sapin, qu’ils allaient porter à la scie » (l.2-3)
+ le fait que leurs coups de hache produisent « des copeaux énormes » (l.5).
• Deuxième mouvement : de « Celui-ci se dirigea » à « Il ne savait pas lire lui-même »
Le lecteur est toujours dans le point de vue du père Sorel, qui continue sa progression à l’intérieur
de l’usine « vers le hangar » et son regard se pose sur celui qu’il cherche : Julien → « il chercha
vainement Julien … Il l’aperçut « (l.6-7).
Dans le point de vue du père Sorel, Julien est présenté comme en faute : désobéissant à l’autorité
paternelle qui a assigné ce fils à une « place » : ce fils n’est pas « à la place qu’il aurait dû occuper,
à côté de la scie ».
À cette « place », Julien serait censé « surveiller attentivement l’action de tout le
mécanisme ».
Autant dire que Julien, à cette « place », ferait partie du mécanisme ou ne serait
qu’une partie du mécanisme, attaché à une action purement physique…
Or Julien a symboliquement déjà quitté cette « place » : il est bien au-dessus de son père qui le voit
d’en bas, « à cinq ou six pieds plus haut, à cheval sur l’une des pièces de la toiture » → Julien est
élevé, comme suspendu en l’air, détaché du monde matériel d’en bas où vivent ses frères géants
brutaux et son père à la voix de stentor ; et c’est dans cet espace élevé, espace de spiritualité, que
Julien s’adonne à la lecture.
« Julien lisait ».
L’imparfait qui exprime un aspect temporel illimité
correspond à la description d’un état qui s’oppose radicalement au passé simple de toutes les
actions accomplies par le père (depuis le début du passage) : appela, vit, se dirigea, chercha,
aperçut… Cet état de lecture / de lecteur représente comme une force d’inertie à opposer aux
actions/agitations du père.
Agitations physiques auxquelles s’ajoutent les mouvements (internes)
d’humeur qui saisissent le père Sorel en voyant ainsi Julien : le père trouve cette activité de lecture
superlativement « antipathique »
→ forme superlative : « Rien n’était plus antipathique au vieux Sorel »
+ vocabulaire superlatif et péjoratif : « antipathique » : le préfixe « anti » suffit à lui seul à exprimer
l’opposition radicale entre le père Sorel et Julien (et il n’est pas question d’affection filiale…)
+ « cette manie de lecture lui était....
»
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