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On oppose souvent le roman autobiographique où l’écrivain, se campant lui-même sous les traits d’un de ses héros, fait revivre dans d’autres personnages ses proches et ses familiers et le roman où l’auteur, prenant sa revanche sur la vie, prête à l’un de ses héros des qualités et une forme d’existence dont il n’a pas bénéficié lui-même. Connaissez-vous une œuvre romanesque où s’associent heureusement ces deux types de roman ?

Publié le 22/09/2018

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La personnalité d’un romancier est toujours présente dans son œuvre. Dans une certaine mesure il ne peut s’empêcher de faire appel à ses souvenirs vécus et sous les personnages qu’il met en scène on retrouve assez aisément l’image fidèle de gens qui, de près ou de loin, ont été mêlés à son existence. Il arrive aussi que dans l’un de ses acteurs principaux, il mette beaucoup de lui-même; ainsi Stendhaldans Le Rouge et le Noir a transposé certains de ses familiers et pour une large part il a créé Julien Sorel à son image. Mais le pouvoir créateur du romancier va plus loin. Son œuvre est aussi l’occasion d’une revanche : il s’y peint tel qu’il aurait voulu être, il incarne dans un de ses héros tel aspect de son caractère qu’il regrette de n’avoir pu laisser s’épanouir librement et victorieusement dans le champ de la réalité. En ce sens, par l’intermédiaire de Julien Sorel, Stendhal se plaît à prendre dans le domaine de la fiction une revanche sur la vie.

« a puisé certains traits de figures peu sympathiques, le père de Julien Sorel et Monsieur de Rênal. Pour des personnages plus importants, en revanche , il s'inspir e à l a fois de plusieurs ori­ ginaux. Pour camper Mathilde de La Mole dans sa riche complexité il rassemble des éléments empruntés à deux de ses maîtr esses. L' une, Alberte de Rub empré, une cousine du peintre Delacroix qui menait une vie libre, en marge des convenan ces sociales, a légué à la jeune héroïne son anti-co nformisme. Elle aurait pu prendr e pour devise une phrase que Stendhal fait pronon cer à Ma thilde : «T out doit être singulier dans le destin d'une fille co mme moi. » L'a utre est Giulia Rinieri, une jeune fille de vingt ans qui offrit délib érément son amour à Stendhal et s' employa victorieusement à vain cre ses hésitations et sa résis­ tance : par sa fougue, son opini âtreté étonnante chez un être si jeune, elle s'ap parente aussi étroitement à Ma demoisell e de La Mole. Enfin l'écrivain a lui-m ême avoué dans une lettre à l' un de ses amis, Mareste, que lorsqu'il rédigeait la seconde pa rtie de son roman, il avait consta mment « devant les yeux » Mary de Neuville , une jeune aristo crate qui s'était fait enlever par un jeune homme de famill e bourgeoise, Édouard Grasset. En elle il avait reconnu un être de la trempe de son héroïne et il déclarait à son propos qu'« elle eût agi comme Mathilde ». Ainsi le pouvoir créateur du romancier a librement disposé des éléments que l'ob servat ion lui offrait. Mais quelle que soit la mani ère dont il a copié, dispersé, rassemblé ces élém ents, ce qui est manifeste c'est la constance avec laquelle il a uti lisé les donn ées de l'expérie nce véc ue. II. JULIEN, IMAGE DE STENDHAL Mais les éléments empruntés au réel s'accusent encore mieux dans le por trait que Stendhal trace de Julien Sorel. Déjà, dès les prem ières pages du roman, on s'avise qu'il le fait vivre dans le cadre familial, au sein de la même atmosphère de contrainte sévère, de méfiance et d'hostili té qu'i l a connue lui-même auprès de son père et de sa tante . Il lui fait partager ses admirations littéraires : les livres de chevet de Julien sont ceux pour lesquels Stendhal professe une dilection particulière, le Mémorial de Saint-H élène, les Conf essions et fa Nouvelle Héloïse que, de son propr e aveu, il savait par cœur à vingt ans. Et comme on pouvait s'y attendre à partir d'un tel choix de lectures, 1 'un et l'a utre ont un culte pour Napol éon. En commun ils ont aussi des antipa­ thies profondes. Stendhal détestait l'abbé Raillane que son père »

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