Aristote critique la thèse relativiste
Publié le 22/09/2018
Extrait du document

Attacher une valeur égale aux opinions et aux imaginations de ceux qui sont en désaccord entre eux, c’est une sottise. Il est clair, en effet, que les uns ou les autres doivent nécessairement se tromper. On peut s’en rendre compte à la lumière de ce qui se passe dans la connaissance sensible : jamais, en effet, la même chose ne paraît, aux uns, douce, et aux autres, le contraire du doux, à moins que, chez les uns, l’organe sensoriel qui juge des saveurs en question ne soit vicié et endommagé. Mais s’il en est ainsi, ce sont les uns qu’il faut prendre pour mesure des choses, et non les autres. Et je le dis également pour le bien et le mal, le beau et le laid, et les autres qualités de ce genre. Professer, en effet, l’opinion dont il s’agit, revient à croire que les choses sont telles qu’elles apparaissent à ceux qui, pressant la partie inférieure du globe de l’œil avec le doigt, donnent ainsi à un seul objet l’apparence d’être double ; c’est croire qu’il existe deux objets, parce qu’on en voit deux, et qu’ensuite il n’y en a plus qu’un seul, puisque, pour ceux qui ne font pas mouvoir le globe de l’œil, l’objet un paraît un.
Aristote
QUESTIONS
1. À quelle thèse Aristote s’oppose-t-il et sur quels arguments appuie-t-il sa critique ?
2. Expliquez :
a. « les uns ou les autres doivent nécessairement se tromper » ;
b. « prendre pour mesure des choses ».
3. Chacun peut-il avoir sa vérité ?
Aristote critique la thèse relativiste, héritée du sophiste Protagoras, qui définit l’homme comme « la mesure de toute chose » (voir question 2, b.). Selon le relativiste, en effet, les choses sont telles qu’elles apparaissent. Et puisque les apparences varient en fonction des moments, des endroits et des personnes, il n’y a plus de vérité définitive sur les choses. On peut distinguer trois façons de nier la vérité lorsqu’on est relativiste : 1. La vérité une et universelle n’existe pas : il est donc inutile de la chercher. 2. La vérité existe, mais l’esprit humain, limité et fini, ne peut pas la trouver. 3. Même s’il était capable de la trouver, il ne la reconnaîtrait pas.
On pense communément que la vérité dépend de l’histoire, de l’expérience et de la constitution de chacun. Elle serait en ce cas une affaire individuelle, au sens où tout homme se forgerait sa propre conception du vrai, sans que celle-ci ne soit de fait et de droit communicable ni criti-cable. On dit ainsi que « les goûts et les couleurs ne se discutent pas ». C’est une façon à la fois de clore une hypothétique discussion avant qu’elle ait lieu, et de revendiquer

«
• connaissance sensible : ce sont les ensei gnements que nous délivrent
les cinq sens : l' ouïe, l'odorat, le goût, la vue et le toucher.
On affirme en
général que cette connai ssance est trom peuse, parce qu'elle varie selon les
moments et les individus (un bâton dans l'eau apparaît courbe, alors qu'il
est droit) .
Une des originalités du texte consiste à s'appuyer sur elle pour
montrer qu'elle délivre à tous la même vérité.
• Intérêt philosophique du texte
Ari stote veut montrer qu'il n' exi ste qu 'une seule vérité, commune à
to us.
On ne peut donc affirmer que toutes les opinions se valent, et que
chacun détient son propre critère pour juge r.
Car cela reviendrait à identi
fier la vérité aux simples apparences .
Et si chacun a sa vérité, aucune dis
cussion ni aucun accord ne sont plus possibles.
Le raciste a autant raison
que le philanthrope, et les choses peuvent être belles et laides ou encore
sucrées et salées à la foi s.
• Problématique de la quest ion 3
Ari stote nous met en garde contre le relativ isme, c'est-à- dire contre la
tendanc e, répandue et finalement démagogique, à affirmer que toutes les
opinions se valent.
Si l'on veut tenir ferme l'idée d'une vérité univers elle,
on ne peut affirmer « à chacun sa vérité ».
Pourtant, il n'y a pas de vérité
sans appropriation, par le suje t, de cette vér ité.
On doit pouvoir la faire
sienne et la revendiquer.
Faute de quoi on en reste au stade de l'opi
nion.
C'est tout l'en jeu de la question posée : chacun peut-il avoir
« sa » vérité ?
CORRIGÉ
QU ESTION 1
Ari stote critique la thèse relativiste, héritée du sophiste Protagoras, qui
définit l'homme comme« la mesure de toute chose» (voir question 2, b.).
Se lon le relati viste, en effet, les choses sont telles qu'elles apparai ssent.
Et
puisque les apparences varient en fonction des mom ents, des endroits et
des person nes, il n'y a plus de vérité définitive sur les chose s.
On peut dis
tinguer troi·s façons de nier la vérité lorsqu'on est relativiste : 1.
La vérité
une et unive rselle n'existe pas : il est donc inutile de la chercher.
2.
La
vérité existe, mais l'esprit humain, limité et fini, ne peut pas la trouver.
3.
Même s'il était capable de la trouver, il ne la reconna îtrait pas..
»
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