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Avoir une idée et construire un concept, est-ce la même chose ?

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En ce sens, le concept possède une extension et une intension (ou définition). L'intension énumère les caractéristiques propre au concept (le chien aboie, a quatre pattes), tandis que l'extension désigne toutes les réalités qui se rangent derrière une telle définition (les chiens eux-mêmes). Le concept contraste donc par sa méthode de construction avec la ponctualité de l'idée. Leur fonction n'est d'ailleurs pas la même. Alors que le concept permet l'élaboration du langage et la manipulation du réel au moyen de signes, l'idée ne semble pas posséder de telle vertu. Que dire de l'idée : « Et si on mangeait chinois ce soir ? ». Cependant, l'idée se résume-t-elle à une pensée spontanée. Lorsque, par exemple, on dit de quelqu'un qu' « il se fait une haute idée de l'art » ou bien qu'il « a une certaine idée de la politique », cela ne revient-il pas à formuler un concept d'art ou de la politique ? En ce sens, quelqu'un ayant une certaine idée de la politique décrétera certains régimes comme non pertinents (une dictature ne sera par exemple pas considérée comme un régime politique), eu égard aux critères qu'il retient dans sa définition (intension conceptuelle).

Idée et concept sont des contenus de l'esprit. L'idée apparaît spontanément dans sa totalité, le concept est le résultat d'une élaboration progressive, qui passe par la représentation de tous ses éléments. Le concept de triangle, c'est sa définition.

L’idée et le concept renvoient à des formations de l’esprit : on a une idée ou on construit un concept pour autant que l’on pense. Cependant, ces deux notions sont-elles identiques ? Pour nous aider dans notre réflexion, la présence des verbes « avoir « et « construire « est primordiale. En effet, alors que la construction implique une méthode, c’est-à-dire un chemin à suivre, le fait d’ « avoir « une idée implique souvent une certaine spontanéité : « J’ai une idée «, dit-on alors. Cependant, si les deux opérations, on s’en doute, ne sont pas strictement superposables, sont-elles pour autant disjointes toto genere? Nous allons dès lors envisager en quoi le concept peut prêter sa matière à l’idée et, inversement, l'idée se développer en concepts. Ainsi, par la détermination de la spécificité de chacune des opérations, nous en dégagerons les liens éventuels.

 

« un raisonnement (Tous les hommes sont mortels, Or Socrate est un homme, Donc Socrate est mortel). On peut, àpartir de là, distinguer le jugement de fait du jugement de valeur : le premier énonce ce qui est (« je suiscontent »), le deuxième ce qui doit être (« ceci n'est pas de l'art », sous-entendu « ceci ne devrait pas figurercomme œuvre d'art »). En ce sens, l'idée revient à formuler un jugement de valeur. En effet, tandis que le concept abstrait lescaractéristiques essentielles propres à une réalité et fonctionne dans le sens d'une plus grande abstraction, l'idéeemprunte le chemin inverse. Elle part de concepts donnés afin d'en élargir ou d'en étrécir le sens : par exemple,prenant le concept d'art, je décide de ne pas considérer comme pertinent tout ce qui ne relève pas de la figuration.L'art abstrait se trouve alors exclu pour moi du champ de l'art ; mais il ne s'agit que d'un jugement de valeursubjectif, dont la fonction n'est pas d'indiquer ce qui est de l'art (les objets qui répondent à ce concept), mais cequi pour moi en tient lieu. Dès lors, l'idée est bien seconde par rapport au concept mais, en un sens, apparaît identique à celui-ci, puisque se faire une idée de quelque chose, c'est en construire le concept. Pour éviter l'équivoque, il suffit alors,ainsi que le préconisait Pascal dans De l'esprit géométrique , de définir les termes qu'on utilise. Ainsi, parlant de l'idée que je me fais de l'art, j'annoncerais tenir en plus haute estime la figuration, par rapport à l'abstraction, celle-làexprimant mieux à mon sens l'art. III – La valeur projective de l'idée et le rôle du concept Dans ce que nous venons de dire, nous avons omis de prendre en considération le verbe qui s'attache àl'idée : « avoir ». Que signifie « avoir » une idée ? Ce que nous avons dit renvoie bien aux idées que nous avons,mais au sens où l'on se fait une idée de quelque chose. Or, avoir une idée renvoie, avant même tout jugement de valeur, au surgissement, au jaillissement d'une pensée. Avoir une idée, c'est soudainement penser à quelque chose,c'est-à-dire avoir une intuition avant toute élaboration conceptuelle. Ici, l'esprit n'élabore pas ou ne construit pasun concept, il crée ou découvre quelque chose qui lui apparaît de manière indivisible et la seule manière qu'il a à sadisposition pour la rendre sensible, c'est le concept. Bergson retranscrit bien cette idée dans son article sur L'intuition philosophique . Pour lui, chaque système philosophique n'est que le développement, l'expression au moyen du langage et des concepts, d'uneintuition fondamentale. Il est certes bien possible de construire un nouveauconcept, dans le but de prendre acte de l'idée que l'on cherche à développer,mais il ne s'agit toujours là que d'une formation seconde par rapport à l'idéepremière. D'ailleurs, de ce point de vue, l'usage flottant que l'on fait du concepten dehors de la philosophie ne doit pas nous égarer. En effet, comme le fontremarquer Deleuze et Guattari dans leur ouvrage Qu'est-ce que la philosophie ? , le concept se trouve arraisonné par la publicité. On parle alors volontiers d'un« nouveau concept » signifiant par-là une nouvelle idée plutôt qu'un concept àproprement parler. L'idée est donc bien proprement l'élément novateur etcréateur, dont le concept n'est qu'une saisie tardive et a posteriori. Quoi qu'il en soit, avoir une idée, c'est donc voir surgir une nouvelleintuition, irréductible à toute autre, mais c'est surtout la posséder en propre. Defait, nous ne disons pas « avoir un concept », puisqu'il s'agit d'un outil dont lagénéralité et l'impersonnalité ne dénote rien d'individuel ou de singulier. Àl'inverse, l'idée possède cette particularité d'exprimer une vision idiosyncrasiquesur le monde. L'idée d'un tel est irréductible à celui de tel autre, au point que les voleurs d'idées ne parviennent jamais à les développer au-delà de ce qui en a été dit par le penseur original. Quoiqu'il en soit, de ce point de vue, avoir une idée et construire un concept s'opposent comme l'abstrait et le concret,le général et le particulier, l'originaire et le secondaire, l'universel et le singulier. Conclusion : Ainsi, le surgissement de l'idée diffère de la construction d'un concept. Le premier renvoie à la génialité del'esprit, c'est-à-dire à la saisie d'une intuition singulière par l'esprit, tandis que la second évoque le processusrationnel et méthodique de mise au point d'un outil mis au service de la pensée. Cependant, il demeure possible devoir dans l'idée une construction plus élaborée que le concept: un jugement de valeur émis sur la base de concepts,et dont l'objectif est de former un nouveau concept ou, du moins, de remodeler les contours d'un ancien conceptdans un but précis; à l'inverse, il est loisible, de faire de l'idée ce jaillissement singulier, proprement créateur, dont laconceptualisation assure à la fois la transmission, mais également le « refroidissement », au sens où le concept figece qu'a de vivant l'idée. »

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